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Mami Wata, Mère des eaux - Nature et communautés du littoral ouest-africain

Mami Wata

Par Pierre Campredon
Photographies de Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen
Actes sud nature/Coédition PRCM, WWF
Site web : www.actes-sud.fr
2010, 219 pp, ISBN 978 2 74279 3280, 39 €

Depuis les marges du désert jusqu'aux forêts les plus denses de la Mauritanie à la Sierra Leone en passant par le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée, le littoral ouest-africain offre une diversité de paysages étonnants. Mangroves, îles ou forêts sur quelques 3000 kilomètres de côte sont habitées par des communautés humaines dont les cultures traduisent une grande complicité avec leur environnement.

Dans 'Mami Wata, mère des eaux', Pierre Campredon, conseiller technique de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en Guinée-Bissau, évoque en profondeur cette nature et ses habitants, mettant en évidence les liens millénaires qui unissent l'homme, la faune et la flore au paysage et au climat. Sous-titré Nature et communautés du littoral ouest-africain, cet ouvrage est aussi magnifiquement illustré des très belles images de Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen, photographes spécialistes des zones humides du globe.

Campredon décrit d'abord la richesse des savoirs traditionnels et leur rôle déterminant dans la conservation de la biodiversité, s'attardant sur le golfe d'Arguin notamment, caractérisé de 'carrefour biogéographique'. Il décrit « un monde en mutation rapide qui voit se perdre des savoirs traditionnels précieux et des ressources naturelles cruciales pour le bien être des communautés (pour l'alimentation, l'artisanat, la pharmacopée, les arts et traditions), l'ensemble constituant des patrimoines culturels et naturels qui sont une richesse et une sécurité dans ce monde en changement ».

Puis il consacre un chapitre, intitulé 'Sociétés en souffrance', aux transformations actuelles qui bouleversent les équilibres sociaux, culturels, économiques et environnementaux de la région. Campredon cite en exemple « les règles qui régissent les modalités de pêche promulguées à l'échelle nationale, négligeant le pouvoir des autorités traditionnelles. Ainsi un pêcheur qui aura épuisé ses propres ressources pourra-t-il commettre ailleurs ses méfaits, respectant d'autant moins les usages locaux qu'il est simplement de passage et n'aura pas à se soucier des dégâts laissés derrière lui ». Si l'auteur est pessimiste, à cause du pillage des ressources, de la corruption, de la croissance démographique et des changements climatiques, il estime que « notre devoir est de rester actif et de promouvoir des solutions qui permettront d'atténuer les impacts des évolutions actuelles : éducation environnementale, renforcement de la gestion communautaire, régimes de droits d'accès aux ressources en priorité aux communautés locales, par exemple ».

Le rapport entre les communautés et la nature change également avec le départ de la jeunesse, estime Campredon. Comme tout le monde, les communautés locales cherchent à développer leur niveau de vie et, sauf exception, ont tendance à épuiser les ressources naturelles à leur tour dès que la technologie le leur permet. « En revanche », déclare t-il, « lorsque ces communautés sont propriétaires de droits d'accès exclusifs sur des portions de territoires, elles ont tendance à en gérer les ressources de façon plus durable ».

Enfin, plusieurs expériences menées dans le cadre du PRCM* sont ensuite évoquées comme autant de pistes d'espoir pour un développement réellement durable. « La plupart des grands ensembles naturels du littoral ouest-africain font l'objet de protections particulières, ce sont les aires protégées, les réserves de biosphères, explique Campredon. « Et l'Afrique de l'ouest a développé un modèle de gestion de ces aires protégées original en impliquant les communautés dans des processus de gouvernance partagée. Ces espaces sont devenus de véritables laboratoires du développement durable où l'on montre que la protection de l'environnement est une condition sine qua non du développement : sans un environnement en bonne santé pas de développement ».

Cet ouvrage de qualité est un témoignage touchant et juste face à une région et à une nature que l'auteur connaît bien. Allant dans ce sens, la conclusion insiste sur la nécessité d'une plus grande justice dans les termes de l'échange entre ceux qui exploitent les ressources naturelles dans une logique industrielle et ceux qui en dépendent pour leur existence, pour que la terre de Mami Wata profite à tous ceux qui l'habitent.

* 'Programme régional de conservation de la zone côtière et marine' veillant à défendre les intérêts des communautés et de l'environnement du littoral, coalition composée d'organisations telles WWF, FIBA, UICN, Wetlands International, mais aussi une organisation inter-étatique pour harmoniser les politiques de pêche, des acteurs gouvernementaux, laboratoires de recherche et représentants de la société civile ou du secteur privé.

Date de publication: octobre 2011

 

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