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Profils de pays - Zimbabwe

zimbabwe

Autrefois grenier à blé de l'Afrique australe, le Zimbabwe a vu son secteur agricole péricliter. La conjonction de plusieurs facteurs est à la source de ce déclin : crises politiques, réformes foncières controversées, hyperinflation et sécheresses récurrentes. Ces difficultés ont entraîné un accès limité aux intrants et aux financements à taux réduit pour les producteurs, tant pour les exploitations commerciales que pour les petits agriculteurs, de même qu'un manque de politiques de soutien pour leur production. De plus, un climat de crainte généralisée liée à l'insécurité des titres fonciers s'est installé.

Vue d'ensemble

Entre 1990 et 2003, le taux de pauvreté est passé de 25 à 63 %. Après une décennie de restrictions et malgré un climat politique toujours incertain, l'économie du Zimbabwe commence toutefois à se relever, avec une croissance de 6 % en 2010. Cette croissance économique n'empêche cependant pas le Zimbabwe de figurer cette même année à la dernière place du classement établi par l'Indicateur de développement humain des Nations Unies. Selon les données relevées, l'espérance de vie à la naissance a chuté de 12 ans entre 1980 et 2000, et le produit national brut du pays a baissé de 34 %. Le taux de prévalence HIV/SIDA occupe le 5ème rang mondial (14 %). Quant au taux de chômage, il est le plus élevé au monde, atteignant 95 pour cent en 2009. Nombre de Zimbabwéens continuent d'émigrer en Afrique du Sud et au Botswana en quête d'un meilleur environnement économique.

Les petits agriculteurs sont des acteurs clé dans la production agricole (© FAO/Desmond Kwande)
Les petits agriculteurs sont des acteurs clé dans la production agricole
© FAO/Desmond Kwande

Dans le passé, l'économie zimbabwéenne se répartissait entre des exploitations commerciales à grande échelle, centrées sur des cultures de rapport telles que le tabac, et les petits agriculteurs produisaient des cultures vivrières, essentiellement du maïs, aliment de base national. En 1980, les grandes exploitations agricoles occupaient environ 15 millions d'hectares de la surface du territoire et étaient la propriété de quelques 6.000 agriculteurs, principalement des fermiers blancs. Après l'accès du Zimbabwe à l'indépendance en 1980, l'épineuse question foncière n'a pu être résolue de manière adéquate malgré une succession de politiques de réforme, de lois, de marchés fonciers et d'interventions internationales. Le Président Robert Mugabe a alors introduit en 2000 un système de redistribution des terres, en application duquel des milliers d'agriculteurs blancs ont été expropriés et quelques 8 millions d'hectares de terre ont été transférés à ce jour à pas moins de 160.000 ménages.

Les petits exploitants sont des acteurs importants dans la production agricole, principalement actifs dans la culture du maïs, du blé, du sorgho, du mil, des arachides, du coton et du tabac. Les nouveaux agriculteurs, qui ont bénéficié du programme de redistribution des terres, ont obtenu des résultats mitigés suite à leur entrée sur le marché agricole du pays. Beaucoup ont été paralysés par leurs connaissances limitées en matière agricole, le manque d'équipement et d'intrants adaptés livrés en temps et en heure. L'augmentation du prix des carburants a retardé le calendrier de labour pour les fermiers qui dépendent des tracteurs mis à leur disposition par le gouvernement, les locations d'animaux de traits appartenant à des particuliers, pour substituer les tracteurs, s'avérant plus couteuses compte tenu d'une disponibilité limitée.On notera encore que certains de ces nouveaux agriculteurs n'ayant pas de titre de propriété, ils ne peuvent mettre leurs terres en garantie pour l'obtention de prêts bancaires. Toutefois, certaines régions du Zimbabwe enregistrent une augmentation de 62 % de la production de céréales à petits grains chez les petits agriculteurs ayant bénéficié du programme de redistribution des terres.

Les effets de la redistribution des terres

Bien que saluée comme une mesure opportune, le programme de redistribution des terres est la source de divers problèmes environnementaux : déforestation, braconnage sur les terres d'anciennes fermes d'élevage et infertilité persistante des sols, conséquence de l'érosion et de l'impossibilité pour les agriculteurs de se procurer des engrais.

L'économie du Zimbabwe redémarre lentement (© FAO/Desmond Kwande)
L'économie du Zimbabwe redémarre lentement
© FAO/Desmond Kwande

Pendant plus de dix ans, les investisseurs n'ont plus osé risquer leurs capitaux au Zimbabwe en raison de la violence, des menaces et des meurtres dont certains exploitants blancs ont été les victimes. Mais alors que les cultures du blé, du tabac et du café ont souffert de cette situation, la production de céréales à petits grains a connu une croissance de 163 % comparé à la moyenne des années 1990, et celle des haricots secs a augmenté de 282 %. Il ressort de ces résultats, publiés dans un récent ouvrage intitulé Réforme foncière : mythes et réalités, que même si le secteur agricole a subi des transformations évidentes, et que certaines régions doivent faire face à de graves difficultés, ce secteur ne s'est pas non plus complètement effondré.

La question foncière demeure un des défis majeurs au Zimbabwe. Un audit foncier dont l'objectif est de contrôler la propriété des terres, a été annoncé. Il n'a toutefois pas encore démarré. La mise en œuvre efficace de cet audit devrait permettre d'attester que les terres sont utilisées de façon rentable et que les agriculteurs jouissent de titres de propriété et ceci afin de leur permettre d'utiliser leurs terres en garantie de financements : le manque de financement pour réhabiliter les exploitations et procéder à l'achat d'intrants et de matériel constitue en effet une des difficultés principales pour les agriculteurs.

Potentiel d'exportation des produits agricoles

Jusqu'en 2000, l'agriculture était la seconde source la plus importante de recettes d'exportation, contribuant à concurrence de 36 % au PIB national. Ce chiffre a pratiquement été divisé par deux au cours des dix dernières années, pour atteindre 19,5 %.

Les principales cultures d'exportation du pays sont le tabac, le coton, le sucre et le café, avec en tête le tabac de Virginie. En 2000, 237 millions de kilos de tabac ont été produits. Après une chute de la production à 47 millions de kilos en 2008, les exportations sont remontées en 2011 à environ 140 millions de kilos.

L'Europe tente de lutter contre une chute de la production de la canne à sucre. Elle subventionne à cette fin un programme de réhabilitation des champs de cannes abandonnés et d'amélioration des infrastructures, à concurrence de 45 millions d'euros répartis entre 2008 et 2013. L'objectif est de faire passer la production des 300.000 tonnes réalisées en 2009 à 1 million de tonnes.

L'industrie zimbabwéenne du café a également vu sa production chuter de 10.000 tonnes en 2002 à 300 tonnes en 2010. La cause principale est à chercher dans la réforme foncière qui a eu pour conséquence le remplacement des caféiers par des plants de maïs dans les exploitations commerciales.

Longtemps la viande a été un produit d'export important pour le Zimbabwe (© FAO/Antonello Proto)
Longtemps la viande a été un produit d'export important pour le Zimbabwe
© FAO/Antonello Proto

Le Zimbabwe est le seul pays producteur de coton où la récolte est encore intégralement faite à la main, garantie d'un produit de très grande qualité grâce à ses longues fibres. Environ 80 % du coton zimbabwéen est exporté égrené brut, seul 5 % sont transformés en tissu en vue de l'exportation. La valeur ajoutée dans le secteur agricole est faible du fait du peu d'installations de transformation des produits agricoles.

Longtemps la viande a été un produit d'export important pour le Zimbabwe, lequel a disposé jusqu'en 2001 d'un quota d'exportation vers l'Europe de 9.100 tonnes. L'apparition d'une épizootie de fièvre aphteuse a toutefois entrainé la suppression de ce quota. L'UE a alors imposé des mesures de contrôles sanitaires rigoureuses que le Zimbabwe n'avait pas les moyens de respecter. Depuis lors, la reconstitution du cheptel national a été entravée par les sécheresses, le déstockage effectué par les agriculteurs commerciaux incertains quant à leurs droits fonciers, une pénurie d'animaux reproducteurs, le coût élevé des intrants et la déréglementation qui affecte les abattoirs.

Le Zimbabwe jouit d'une industrie sylvicole bien développée. Eucalyptus et acacias couvrent la majeure partie des terrains forestiers autochtones. Le bois de teck quant à lui est produit dans des zones forestières qui appartiennent à l'Etat, notamment au Matabeleland. Plus de 90 % du bois exporté est du bois brut scié, seule une très petite partie de la production est transformée en mobilier.

Relever les défis

De nombreux défis environnementaux rendent l'exploitation agricole de plus en plus compliquée au Zimbabwe. La déforestation, la dégradation des terres et l'érosion des sols se sont fortement aggravées ces dix dernières années, conséquences d'une augmentation de la demande en bois de chauffage, matériaux de construction et séchage du tabac. Le Ministère de l'Environnement a encouragé l'utilisation de bois provenant de parcelles de bois exotique et l'usage du charbon pour le séchage du tabac. La situation a empiré à cause des irrégularités dans l'alimentation énergétique. En outre, de mauvaises pratiques d'exploitation minières ont entraîné dans certaines régions des rejets de déchets toxiques et de métaux lourds.

Dans son budget 2011, le gouvernement zimbabwéen a alloué 122 millions US$ au secteur agricole. Selon l'analyste économique Eric Bloch, il faudrait toutefois près de 2,5 milliards US$ pour relancer le secteur, pour autant que cet investissement s'accompagne d'une modification des orientations économiques et politiques du gouvernement.Des organisations agricoles et des médiateurs internationaux font pression sur le gouvernement pour qu'il dégage un accord politique satisfaisant permettant au pays de bénéficier de capitaux et d'investissements internationaux. Le Zimbabwe est un pays riche en ressources naturelles et l'avenir de son secteur agricole dépend de la résolution de la question foncière et d'une certaine stabilité politique.

Statistiques
  • Pays: Zimbabwe
  • Capitale: Harare
  • Superficie: 390.757 km2
  • Population: 12.084.304 (est. juil 2011)
  • Croissance démographique: 4,31 % (est. 2011)
  • Espérance de vie: 47,6 ans
  • Groupes ethniques: africains 98 % (Shona 82 %, Ndebele 14 %, autres 2 %), asiatiques et autres 1 %, blancs moins de 1 %
  • Langues: Anglais (officiel), Shona, Sindebele, et nombreux dialectes mineurs
  • Inflation: 59 % (est. 2010)
  • Parité du pouvoir d'achat du PIB: 4,27 milliards US$ (est. 2010)
  • PIB par habitant: 400 US$ (est. 2010)
  • Composition du PIB par secteur: agriculture: 19,5 %; industries: 24 %; services: 56,5 % (est. 2006)
  • Utilisation des terres: terres arables: 8,24 %; cultures permanentes: 0,33 %; autre: 91,43 % (2005)
  • Industries principales: mines (charbon, or, platine, cuivre, nickel, étain, diamant, argile, nombreux minerais métalliques et non-métalliques), acier; bois brut, ciment, produits chimiques, engrais, vêtements et chaussures, produits alimentaires, boissons
  • Produits agricoles: maïs, coton, tabac, blé, café, canne à sucre, cacahuètes; moutons, chèvres, porcs
  • Ressources naturelles: charbon, minerai de chrome, amiante, or, nickel, cuivre, minerai de fer, vanadium, lithium, étain, métaux du groupe platine
  • Produits d'exportation: platine, coton, tabac, or, alliages ferreux, textiles/habillement
  • Partenaires à l'export: République démocratique du Congo 14,82 %, Afrique du Sud 13,39 %, Botswana 13,23 %, Chine 7,82 %, Zambie 7,3 %, Pays-Bas 5,39 %, GB 4,93 % (2009)

Ecrit par: Busani Bafana

Date de publication: juillet 2011

 

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