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L'élevage : un produit agricole?

Le bétail est source de nourriture et de revenus (© ILRI/Steve Mann)
Le bétail est source de nourriture et de revenus
© ILRI/Steve Mann

Le bétail est source de nourriture et de revenus; les animaux permettent d'économiser, d'accéder à l'argent liquide si nécessaire et de faire face en cas de risques. « Si nous voulons totalement exploiter le potentiel de l'élevage, nous avons besoin de politiques qui portent sur tous les services fournis par l'élevage », explique le Dr. Simplice Nouala, Responsable de la production animale au bureau interafricain des ressources animales (AU/IBAR).

C'est en ces termes que le Dr. Nouala s'adresse aux bailleurs de fonds suite à la publication de son document de travail rédigé en collaboration avec l'Initiative de l'Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD) relative aux politiques de l'élevage dans la Corne de l'Afrique. Il souhaite en effet attirer l'attention sur le fait que les politiques relatives à l'élevage soutiennent efficacement ceux qui sont en mesure d'augmenter leur production et vendent leur surplus de produits issus de l'élevage au marché mais négligent les autres au bas de la chaîne de valeur en élevage. « Les politiques concues pour augmenter la production ne profitent pas nécessairement aux éleveurs plus pauvres qui visent leur survie avant la production », estime Nouala. Si les décideurs comprennent comment hommes et femmes utilisent leur bétail pour se sortir de la pauvreté, ils concevront des politiques relatives à l'élevage visant réellement la réduction de la pauvreté. Actuellement, les implications de ce travail sont largement acceptées en Afrique de l'Est grâce aux actions entreprises par l'IGAD.

Mettre les plate-formes politiques en place

Alors que le secteur de l'élevage de la région croît de façon constante à un taux de 4% depuis les années 90, la pauvreté parmi la population dépendante de l'élevage semble aller de mal en pis. Face à cette situation complexe, l'IGAD a établi une Initiative relative aux politiques de l'élevage (LPI) à Djibouti, en Ethiopie,au Kenya, en Somalia, au Soudan et en Ouganda. « Le premier objectif du projet a été de mettre les capacités en place afin de déveloper des politiques liées à l'élevage qui réduisent efficacement la pauvreté », explique Abebe Demissie, le responsable de la communication du projet IGAD-LPI.

IGAD-LPI met des capacités en place afin de développer les politiques liées à l'élevage (© ILRI/Steve Mann)
IGAD-LPI met des capacités en place afin de développer les politiques liées à l'élevage
© ILRI/Steve Mann

Un des aspects essentiels de l'initiative consiste à faire entendre les voix des éleveurs particulièrement pauvres lors de la conception des politiques. « Nous avons des groupes dans chaque pays qui comprennent environ 40 personnes provenant d'institutions gouvernementales, du secteur privé, de communautés d'éleveurs, d'ONG, d'organisations locales qui ensemble constitue une 'plate-forme politique' », ajoute Demissie. « La représentation à tous les niveaux est un élément clé du projet. Mais ce n'est pas toujours facile. Nous tâchons toujours d'augmenter la participation des organisations de base et celle des femmes dans la plupart des pays ».

« Rendre le processus politique plus inclusif a déjà permis quelques changements notables quant au regard porté sur les politiques et plusieurs de nos partenaires envisagent maintenant le développement de l'élevage de façon différente », commente Dil Peeling, Conseiller technique principal du projet. « Apprécier l'importance de tous les services fournis par l'élevage, particulièrement aux plus pauvres, en est un exemple », explique Peeling. « Mais il est aussi évident que ce qui améliorera les conditions de vie des éleveurs dépend de facteurs dépassant les attributions d'un Ministère de l'Elevage ».

Rassembler différents secteurs du gouvernement pour discuter avec les éleveurs a permis d'aborder des sujets tels que l'accès aux pâturages ou à l'eau, des problèmes liés à l'environnement ou de contrats. Suite à ces rencontres, certains problèmes ont été identifiés et traités au niveau régional et le projet a facilité l'accord d'un cadre politique régional parmi les états membres de l'IGAD pour les aborder. « Les gouvernements reconnaissent maintenant l'importance de cette action et allouent dès lors plus de resources pour soutenir ce qui a toujours été considéré comme un secteur marginalisé », se réjouit Peeling.

Valorisation de l'élevage

L'élevage permet aux plus pauvres de s'en sortir (© ILRI/Steve Mann)
L'élevage permet aux plus pauvres de s'en sortir
© ILRI/Steve Mann

Se référant au document du Dr Nouala qui conteste la domination de la production et les politiques de santé animales, Demessie fait remarquer qu'une des raisons pour lesquelles les marchés et la production ont toujours dominé les politiques liées à l'élevage tient au fait que leurs bénéfices peuvent être calculés en terme de revenus alors que poser une valeur sur, par exemple, un capital social nécessite une approche différente. C'est pourtant ce capital social qui aide les communautés étroitement soudées à survivre et à surmonter des conditions pénibles.

« Nous avons tenté de remédier à cela en recalculant la contribution de l'élevage à l'économie nationale », poursuit Demessie. Les résultats en Ethiopie, par exemple, indiquent que si le Minsitère des Finances et du développement économique avait assigné une valeur de 32 milliards de Birr Ethiopiens à la production de bétail en 2008-2009, les autres services fournis par l'élevage et améliorant les conditions de vie des plus pauvres valaient environ deux fois plus.

« Tout ceci indique que pour les 43 millions d'éleveurs pauvres de la région IGAD, l'élevage n'est pas un 'produit agricole'. C'est d'abord une moto ou un compte en banque, une politique d'assurance et une série d'autres choses qui permettent aux plus pauvres de s'en sortir, de se prendre en main », ajoute Dil Peeling. Les gouvernements de la région entament à présent des démarches pratiques pour développer une nouvelle génération de politiques qui visent à institutionnaliser les processus participatifs et davantage basés sur les faits. De nouvelles ressources devraient aussi être allouées par les gouvernements, plus conscients de la valeur réelle de l'élevage dans leurs états.

Et Peeling de conclure : « nous travaillons également avec AU-IBAR pour mettre ces leçons en pratique au niveau panafricain ».

Date de publication: juillet 2011

 

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