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Des terres réhabilitées par et pour les femmes au Sahel

Les zaï permettent de concentrer l'eau et la fumure (© Dov Pasternak)
Les zaï permettent de concentrer l'eau et la fumure
© Dov Pasternak

Comme beaucoup de femmes au Niger, Salmou Boureima ne possède pas de terres agricoles à elle. Tous les jours, elle doit nourrir sa famille, aider son mari avec les cultures de mil en plus de moudre le grain, collecter le bois et l'eau. Pendant longtemps, ils n'ont pas toujours eu assez à manger à cause des sécheresses fréquentes ou des faibles précipitations. Puis en 2007 Boureima a rejoint un groupe de femmes pour apprendre à augmenter la productivité des terres dégradées du village.

Plus de la moitié des terres du Sahel sont dégradées. « Le manque de terres cultivables entraîne une insécurité alimentaire et des problèmes de nutrition », explique Dov Pasternak*, « situation qui devrait empirer au vu de la croissance démographique rapide dans la région ». Afin d'augmenter la production alimentaire, l'Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) a développé plusieurs façons d'utiliser les techniques locales de collecte d'eau pour améliorer la nutrition mais aussi le statut et les revenus des femmes qui cultivent les terres dégradées.

Restaurer les terres dégradées

Les sols latéritiques encroûtés, imperméables à l'eau, occupent une vaste partie des terres dégradées. Toutefois, leur capacité de rétention d'eau y est plus importante que dans les sols sablonneux, ce qui a permis à l'ICRISAT de mettre au point un système d'irrigation adapté, le Bioreclamation Degraded Land (BDL), qui combine la récupération ingénieuse d'eau de pluie à la culture de plantes supportant la période de sécheresse.

Le gombo est un des légumes résistants cultivés par les femmes (© Dov Pasternak)
Le gombo est un des légumes résistants cultivés par les femmes
© Dov Pasternak

Ce système utilise des cuvettes en forme de demi-lunes qui permettent de recueillir l'eau de ruissellement. Des Ziziphus mauritania (ou pomme du Sahel) petits arbustes très répandus au Sahel, sont plantés dans l'ouverture de l'arc du cercle pour éviter un engorgement du sol. Entre les rangées de demi-lunes, les femmes agricultrices plantent des légumes comme le gombo ou la roselle dans des trous de plantations ou zaï de 20 x 20 cm, qui permettent de concentrer l'eau et la fumure. Ensuite des arbres tels le Moringa (Moringa oleiphera) sont placés dans des tranchées creusées tous les 20 m afin de recueillir toute eau de ruissellement supplémentaire.

Grâce à ses racines profondes, Ziziphus mauritania utilise l'eau stockée dans le sol et produit des fruits sucrés riches en vitamine C, en fer, en calcium et en phosphore. Les feuilles du Moringa sont aussi très nutritives et contiennent sept fois plus de vitamine C que les oranges, quatre fois plus de vitamine A que les carottes, quatre fois plus de calcium que le lait et trois fois plus de potassium que les bananes. « En Afrique de l'Ouest, entre 13 et 15 % des enfants souffrent de carences nutritionnelles aigues », explique Dov Pasternak. « Le BDL est un moyen efficace pour obtenir davantage de fruits et de légumes dans les villages isolés du Sahel ».

Impliquer les femmes

Les terres dégradées sont souvent des zones communales placées sous l'autorité du chef du village. « Il faut d'abord obtenir le droit de cultiver la terre pendant 20 ans avant que les femmes ne commencent à cultiver, parce que si elles dégagent des bénéfices, le village leur reprendra les terres », explique Pasternak. « La terre dégradée doit aussi être allouée à une association de femmes et pas à des femmes isolées afin que leurs maris ne prennent pas le contrôle de leurs activités économiques », ajoute t-il.

Les feuilles du Moringa ont une grande valeur nutritive (© Dov Pasternak)
Les feuilles du Moringa ont une grande valeur nutritive
© Dov Pasternak

Chaque membre reçoit une petite parcelle de terre pour produire des légumes, ce qui donne à Boureima et à d'autres le droit de cultiver la terre et d'en retirer un profit. L'association des techniques de collectes d'eau et de la culture d'arbres et de légumes de grande valeur rapporte un revenu annuel d'environ 1500 USD par hectare, comparé aux 200 USD que rapportent le sorgho ou le mil. « Et tout ça à partir de terres dégradées », s'enthousiasme Pasternak.

Boureima et les autres membres de l'association cultivent le gombo, l'hibiscus et le sésame et pourront bientôt récolter les produits des Moringa et des Ziziphus. Boureima fait également partie d'un projet de pépinière d'arbres fruitiers installée dans une parcelle donnée au groupe de femmes par le chef du village. Chaque membre reçoit environ 800 USD par an, c'est-à-dire trois fois le revenu moyen au Niger. « J'ai un bon revenu avec le BDL et les activités de la pépinière », dit Boureima. « Je peux habiller et éduquer mes enfants. J'ai aussi mon propre téléphone portable et ai pu acheter quelques moutons ».

« Le statut de toutes les femmes de notre association a changé. Nous sommes moins dépendantes de nos maris et ils nous respectent davantage parce que nous contribuons aux dépenses familiales », ajoute Boureima. Dov pasternak confirme : « Les hommes sont contents que leurs femmes aient un revenu additionnel et ramènent un supplément de nourriture à la maison ».

Expansion du projet

En plus de cultiver des légumes et des fruits à haute valeur nutritive, ICRISAT a commencé à introduire des plantations de bois de chauffage renouvelables. « Grâce aux ventes du bois comme combustible et de graines d'Acacia tumida pour l'alimentation des volailles, les plantations renouvelables peuvent devenir une entreprise profitable », affirme Pasternak. Cet arbre légumineux capture également de grandes quantités de carbone, améliore la fertilité du sol, réduit l'érosion et permet une meilleure infiltration de l'eau. « Les plantations renouvelables réduiront aussi la pression sur les forêts locales qui sont souvent les seules sources de bois de chauffe », ajoute Pasternak. D'autres espèces ont été testées telles Acacia senegal qui produit la gomme arabique et Marula (Sclerocarya birrea), dont on récolte les fruits et des noix.

Semis de gombo dans les trous de plantation (© Dov Pasternak)
Semis de gombo dans les trous de plantation
© Dov Pasternak

« Les groupes de femmes ont accepté ce type de système agricole qui s'avère être durable avec enthousiasme », commente Pasternak. Au Niger, 45 villages et plus de 350 femmes utilisent déjà les technologies mises en place. Un projet de l'USAID, géré par l'ONG CLUSA envisage d'élargir le système à 50 autres sites au Niger. D'autres verront bientôt le jour au Sénégal. « Ce système agricole simple est une réussite et devrait permettre à beaucoup d'autres groupements de femmes d'en bénéficier », conclut Pasternak. « Cultiver les terres abandonnées pourrait aussi réduire la pression croissante de la population sur le sol ».

« Nous atteindrons nos objectifs si nous nous organisons en associations et défendons nos droits », soutient Boureima. « Je voudrais encourager les femmes à travailler parce que seul le travail rend une personne indépendante ».

* Anciennement Chercheur principal à l'ICRISAT, Dov Pasternak est à présent conseiller auprès de deux projets de sécurité alimentaire de l'USAID au Niger et au Sénégal

Date de publication: septembre 2011

 

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