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Meret : Réhabilitation des terres dans le nord de l'Ethiopie

Meret permet de réhabiliter les terres au nord de l'Ethiopie (© WFP/Mario Di Bari)
Meret permet de réhabiliter les terres au nord de l'Ethiopie
© WFP/Mario Di Bari

En préparant le déjeuner avec les choux et les tomates de son jardin, Hiwot Gebre-Tsadkan se souvient de son terrain plein de sable et de ravines. « On ne produisait pas assez pour survivre » raconte cette mère de trois enfants, « les gens quittaient la région parce que les terres étaient trop dégradées ».

Le Nord de l'Ethiopie a été durement touché par différents types de chocs depuis 2008, à Abraha Atsbaha comme ailleurs. Certains ont été économiques, liés à la flambée des prix des produits alimentaires et des carburants; d'autres ont été environnementaux, comme la sécheresse prolongée liée selon les experts au changement climatique.

Meret* qui tire son nom du mot amharique 'meret' désignant la terre, est un programme mis en place par le gouvernement Ethiopien et le Programme alimentaire mondial (PAM) afin de renforcer la résilience des communautés confrontées à l'insécurité alimentaire chronique en favorisant une meilleure gestion des ressources naturelles.

Impliquer les communautés

« Les communautés impliquées participent à des activités de régénération de l'environnement telles que reboiser les coteaux dénudés, régénérer les sources et les points d'eau, reconstruire et réaménager les terrasses à usage agricole », explique Arega Yirga, administrateur du programme Meret, « ce qui leur permet d'augmenter la productivité de leurs terres et d'améliorer leurs moyens de subsistance ».

Réaménager les terrasses à usage agricole afin d'améliorer les moyens de subsistance des communautés (© WFP/Natasha Scripture)
Réaménager les terrasses à usage agricole afin d'améliorer les moyens de subsistance des communautés
© WFP/Natasha Scripture

Le PAM fournit les outils, les matériaux de construction et les autres instruments nécessaires ainsi que des services d'expert visant à renforcer les capacités locales, et enseigne aux agriculteurs les techniques les plus modernes. Il distribue aussi des aliments à tous ceux qui participent à l'exécution des projets.

Encouragées, les communautés d'Abraha Atsbaha sont progressivement revenues et ont commencé par construire des terrasses et des murs de retenue sur les coteaux pour empêcher l'eau de dévaler et emporter avec elle toute la terre fertile.

Augmentation de la production

Mohamed Hussein, perché sur une crête, montre la colline en terrasses. « Avant ceci n'était qu'une ravine » se souvient cet agriculteur de 45 ans, montrant du bras les champs en contrebas. Nouvellement labouré, son champ a été ensemencé de sorgho, à l'exception d'une terrasse à mi-pente, entièrement occupée par sept orangers chargés de fruits presque mûrs.

Dans le cas de Mohamed, la régénération de sa ravine a commencé par la construction d'un mur de 2,5 mètres de hauteur, en bas du coteau, afin de retenir les ruissellements d'eau de pluie, et surtout la terre emportée. Chaque année, l'Éthiopie perd par suite de l'érosion 1,5 milliard de tonnes de terre arable - l'une des principales causes de l'insécurité alimentaire qui règne dans le pays. Une fois ce mur en place, d'autres murs de soutènement ont progressivement été construits à intervalles réguliers à flanc de coteau. Ils ont retenu les eaux de pluie, qui ont pu ainsi s'infiltrer lentement dans le sol au lieu de dévaler la pente. Peu à peu, les terrasses se sont emplies d'une terre suffisamment profonde pour que Mohamed puisse y planter ses sept orangers.

Construction d'un mur en bas du coteau afin de retenir les ruissellements (© WFP/Judith Schuler)
Construction d'un mur en bas du coteau afin de retenir les ruissellements
© WFP/Judith Schuler

« Avant, ce champ ne produisait jamais plus d'un quintal et demi de sorgho, mais l'an dernier j'ai récolté 100 quintaux », commente Mohamed.

Ses orangers lui fournissent une précieuse récolte d'appoint. Avec le revenu supplémentaire, Mohamed a pu acheter des bêtes - sept moutons, deux bœufs, deux ânes et une vache - pour accroître son patrimoine.

Parmi les aménagements réalisés en huit ans d'existence du projet, 127.425 ha de terres ont été réhabilités et 75.863 ha reboisés avec différentes espèces d'arbres, 7493 points d'eau ont également été construits. « Meret est un 'laboratoire' pour les programmes de sécurité alimentaire », affirme Yirga, « mais la dégradation des terres représente toujours la cause principale de l'insécurité alimentaire en Ethiopie et menace des zones qui auparavant étaient fertiles. Les ressources financières limitées constituent notre plus gros problème et pourraient nous amener à diminuer notre soutien aux communautés ».

Approche système

Selon Tilahun Amede, chercheur principal à l'Institut international pour la gestion de l'eau (IWMI)*, « Il n'existe pas de solution 'standard' au problème de dégradation des sols. Les financements permettent de réhabiliter les terres mais il est également nécessaire de fournir des options adaptées aux réalités des agriculteurs, d'envisager le système tout entier, avec un accès au marché, des liens institutionnels au niveau local pour que le projet soit durable une fois l'investissement dans la régénération des terres mis en place ».

A cet effet, une plateforme se réunissant deux fois par an a été établie à l'initiative du 'Nile basin development challenge', regroupant 55 institutions, afin de partager les leçons, identifier les problèmes et débattre des questions touchant aux ressources naturelles.

La vente de citrons a permis à Hiwot Gebre-Tsadkan d'envoyer ses enfants à l'école (© WFP/Judith Schuler)
La vente de citrons a permis à Hiwot Gebre-Tsadkan d'envoyer ses enfants à l'école
© WFP/Judith Schuler

Membre du comité de pilotage de ce forum, Betru Nedassa, coordinateur du projet Meret au sein du Ministère de l'Agriculture, affirme que « l'insécurité alimentaire a diminué de 50% dans les zones où les activités de gestion intégrée des bassins versants ont été menées à bien avec l'appui de Meret ».

Hiwot se souvient d'avoir souffert en portant les pierres des collines avoisinantes pour construire le mur de retenue dans la ravine où se trouvait son champ. Mais depuis les remontées d'eau de la nappe phréatique, un puits a été construit permettant de faire pousser différents fruits et légumes. « L'argent que j'ai obtenu de la vente de goyaves et de citrons m'a permis d'envoyer les enfants à l'école. Leur éducation peut leur permettre de mieux vivre et si pas, ils pourront toujours revenir ici et agrandir l'exploitation que nous avons démarrée ».

* (gestion des ressources environnementales visant à favoriser la transition vers des moyens de subsistance durables)
* Coordinateur du projet Nile Basin dans le cadre du Challenge Programme Eau et Alimentation (CPWF)

Date de publication: octobre 2011

 

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