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Des bons de semences pour mieux résister à la sécheresse

Il est important d'adapter l'aide semencière à chaque situation de crise (© FAO/Gianluigi Guercia)
Il est important d'adapter l'aide semencière à chaque situation de crise
© FAO/Gianluigi Guercia

Suite à la sécheresse dans la Corne de l'Afrique, les médias rapportent que les agriculteurs, désespérés, vendent leur bétail et mangent leurs réserves de semences. Dès lors pour aider les communautés rurales à se remettre sur pied et produire à nouveau leur propre nourriture, des semences vont être distribuées en marge de l'aide alimentaire et médicale.

Toutefois, cela fait des dizaines d'années que certaines communautés dans des pays comme le Kenya et l'Ethiopie reçoivent une aide récurrente sous forme de semences après chaque sécheresse et sont pourtant toujours prises au dépourvu. La distribution gratuite de semences est-elle la bonne solution en toutes circonstances pour venir en aide à ces agriculteurs ?

« Ce que l'on doit rechercher, c'est une approche en matière d'aide semencière adaptée à chaque situation de crise », affirment Louise Sperling et Shawn McGuire, spécialistes de l'aide semencière d'urgence, respectivement pour le Centre International pour l'Agriculture Tropicale (CIAT) et l'Université de East Anglia (UK). « Dans le cadre des opérations d'urgence agricole qui se mettent en place dans la Corne de l'Afrique, nous devons chercher des solutions qui incluent les communautés locales dans la distribution de semences adaptées au climat. Nous devons également gérer les effets potentiellement négatifs des distributions d'urgence de semences », ajoute Louise Sperling.

L'expérience zimbabwéenne

Jabulisile Mpofu, 39 ans, est commerçante en fournitures agricoles dans le district de Insiza au Zimbabwe. Là où elle vit, le climat est aride, marqué par de courtes saisons des pluies et des sécheresses récurrentes. Elle vend des engrais, des semences, des pesticides et toute sorte d'autres produits pour l'agriculture, et subvient ainsi aux besoins des huit membres de sa famille. L'effondrement de l'économie zimbabwéenne, qui a duré une décennie, a rendu particulièrement compliquées les possibilités de gagner sa vie pour Mpofu.

Il y a quelques années, des ONG ont commencé à distribuer gratuitement des semences et des pesticides dans le cadre de leurs programmes humanitaires de sécurité alimentaire. Cette opportunité pour les agriculteurs d'obtenir des semences par un autre biais et gratuitement, a mis à mal l'entreprise familiale de Mpofu. Cet exemple montre que l'aide semencière peut être une menace pour l'économie locale.

L'Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT)a récemment procédé à une évaluation du Programme d'Aide d'Urgence en Intrants Agricoles au Zimbabwe (ZEAIP), financé par la Banque Mondiale. Dans le cadre de ce projet, des ONG ont distribué des intrants, et notamment des semences, à environ 300.000 ménages vulnérables dans 40 districts pendant la saison agricole 2009/2010.

Jabulisile Mpofu, une commerçante en fournitures agricoles dans le district d'Insiza au Zimbabwe, vend des semences résistantes à la sécheresse aux agriculteurs (© ICRISAT)
Jabulisile Mpofu, une commerçante en fournitures agricoles dans le district d'Insiza au Zimbabwe, vend des semences résistantes à la sécheresse aux agriculteurs
© ICRISAT

Outre des distributions directes, elles ont eu recours à un système où les familles ont reçu des bons d'une valeur de 70 US$ à échanger dans des échoppes rurales. L'idée était de ranimer le réseau commercial local dans un pays qui a souffert durant de nombreuses années d'une inflation importante, d'un appauvrissement rapide et d'une forte dépendance à l'aide humanitaire.

L'avantage du système de bons est qu'il a permis d'étendre les bénéfices de l'intervention humanitaire aux entreprises locales et qu'il ne dépendait pas du personnel des ONG pour assurer une distribution indépendante des semences.

Croissance commerciale

L'évaluation effectuée par l'ICRISAT a montré que les commerçants ont gagné en moyenne environ 800 US$ de commissions grâce au programme de semences, et 60 % d'entre eux ont vu leurs affaires croître. Les revendeurs de produits pour l'agriculture comme Mpofu expliquent qu'ils étaient soulagés que les clients viennent se fournir dans leurs magasins plutôt qu'il leur soit donné une aide semencière en direct.

« Je préfère le système des bons car j'en profite aussi », dit-elle. « Avant, les agriculteurs recevaient des intrants par le biais d'autres canaux de distribution, pas dans mon magasin. Avec les bons, j'ai perçu une petite commission et les clients sont venus dans mon magasin où ils ont acheté d'autres produits que je vends ».

Les bons d'achat permettent également de reconstituer des liens entre revendeurs de produits pour l'agriculture, grossistes et fournisseurs. L'évaluation effectuée par l'ICRISAT a recueilli le point de vue de 46 commerçants en fournitures agricoles impliqués dans le système des bons. La plupart confirment que cela les a aidé à créer des liens commerciaux avec Seed Co, l'une des principales sociétés semencières au Zimbabwe, et même à augmenter les ventes de leurs autres produits aux clients.

« Nous devons passer de la distribution directe de semences à des mécanismes fondés sur les marchés de manière à revitaliser les canaux commerciaux au Zimbabwe », explique Kizito Mazvimavi, économiste pour l'ICRISAT au Zimbabwe. « Mais dans certaines régions, la distribution directe est parfois la seule solution parce qu'il y a toujours des villages isolés avec très peu d'infrastructures de marché ».

Mazvimavi rajoute que des évaluations locales permettent de définir le mode de distribution d'intrants d'urgence le mieux adapté à chaque région.

Selon lui, « compte tenu de l'instabilité politique et des catastrophes naturelles qui continuent d'affecter de nombreux pays d'Afrique de l'est et australe, ces évaluations nous aident à élaborer des programmes d'urgence qui pourront être réutilisés ailleurs. Elles nous permettent aussi d'améliorer notre compréhension de la manière dont on peut reconstruire les systèmes agricoles après les périodes de crise ».

Promouvoir des variétés de semences riches en nutriments améliorerait le régime alimentaire des bénéficiaires (© FAO/Jon Spaull)
Promouvoir des variétés de semences riches en nutriments améliorerait le régime alimentaire des bénéficiaires
© FAO/Jon Spaull

De nouvelles variétés de semences

Les spécialistes de l'aide aux semences Mc Guire et Sperling ont également lancé un appel à repenser la stratégie d'aide semencière sur le long terme. A côté de la question du mode de distribution des semences, ils espèrent voir des changements dans les types de semences distribuées.

« Le manque d'accès des petits agriculteurs à des semences de qualité pendant et après les crises est une des barrières les plus importantes à l'amélioration de la productivité agricole en Afrique », expliquent-ils. Les interventions humanitaires sous forme de semences pourraient être l'occasion rêvée pour aider les communautés touchées à devenir plus résistantes au climat et à avoir accès à des aliments plus nutritifs.

Par exemple, dans les régions arides, il serait logique de distribuer des variétés de semences de cultures en milieu aride qui résistent à des températures plus élevées et des périodes de sécheresse plus longues, plutôt que de simplement remplacer à l'identique les semences perdues.

Promouvoir des variétés de semences riches en nutriments, telles que le mil ou le pois d'Angole riches en fer et en zinc, améliorerait également le régime alimentaire des bénéficiaires.

L'aide aux semences n'est pas nécessairement quelque chose de simple. Le succès des efforts menés à ce niveau doit être mesuré non pas sur la quantité de tonnes de semences qui sont distribuées mais au regard de la durabilité de l'aide apportée aux bénéficiaires. « Si l'on veut aider les populations à sortir du piège de la sécheresse, nous devons dans les plus brefs délais organiser une assistance qui soit la mieux adaptée et axée sur le long-terme » concluent Sperling et McGuire.

Un premier pas consisterait à soutenir le magasin de Mpofu en l'aidant à fournir les bonnes semences à ceux qui en ont besoin. De cette manière, elle sera toujours là dans 10 ans, et probablement à la tête d'une affaire locale prospère qui fera vivre sa famille et la communauté.

Ecrit par: Jérôme Bossuet, ICRISAT

Date de publication: octobre 2011

 

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