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L'approche 'champs écoles' permet aux petits producteurs du Mali de s'adapter aux changements climatiques

Les agriculteurs peuvent évaluer les options techniques et être mieux équipés pour s'adapter à l'évolution des conditions (© FAO/William Settle)
Les agriculteurs peuvent évaluer les options techniques et être mieux équipés pour s'adapter à l'évolution des conditions
© FAO/William Settle

Ces dernières années, le Mali a été confronté à plusieurs événements liés à la variabilité climatique. En 2009, 700.000 têtes de bétail ont été décimées par la sécheresse ; en 2011, une sérieuse baisse de précipitations a fait chuter les rendements des cultures dans certaines régions du pays, entraînant une réduction de 80% de la sécurité alimentaire de la population rurale. Les projections indiquent d'autre part que le Mali sera confronté à un avenir que l'on prévoit plus chaud, marqué de sécheresses et inondations, de recrudescences des criquets et d'absence subséquente d'aliments. Dès lors, chaque agriculteur se voit obligé de s'adapter aux changements, ce qui exige des compétences, des connaissances et des innovations scientifiques et techniques.

Les Champs Ecoles Paysans pour mieux s'adapter aux changements climatiques

A cet effet, un projet visant à former les petits producteurs à travers les Champs Ecoles Paysans (CEP) et soutenu par la FAO* a été lancé conjointement par le Ministère de l'Agriculture et le Ministère de l'Environnement en août 2011 pour une durée de 4 ans, dans trois écosystèmes des régions de Mopti, Kayes et Sikasso, au Mali.

« La formation au niveau communautaire est la clé de l'intensification durable de la production vivrière », affirme William Settle, Conseiller technique principal auprès de la FAO. « Elle contribue à l'amélioration de la sécurité alimentaire et des moyens d'existence dans la région ».

Les CEP sont des « laboratoires communautaires » (ou Farmers Field Schools en anglais), dans lesquels les agriculteurs, en groupes restreints, peuvent construire et développer leur base de connaissances, évaluer les options techniques et être mieux équipés pour s'adapter à l'évolution des conditions. L'approche de formation à travers les CEP se retrouve aujourd'hui un peu partout à travers le monde notamment en Afrique, Asie et en Amérique Latine.

Généralement, chaque CEP possède un champ d'expérimentation divisé en deux. L'un suit un traitement classique, communément accepté par les agriculteurs. L'autre connaît un traitement décidé par un 'facilitateur' faisant partie des 'meilleures pratiques' reconnues selon la culture et la zone. Les participants observent la croissance et les éléments affectant les cultures : insectes, maladies, conditions météorologiques, conditions hydriques, etc. Le facilitateur reste en retrait mais stimule les discussions et les analyses. Les options de gestion sont alors décidées par le groupe.

Le projet vise notamment à promouvoir l'utilisation des espèces et des variétés plus résistantes et précoces (© FAO/William Settle)
Le projet vise notamment à promouvoir l'utilisation des espèces et des variétés plus résistantes et précoces
© FAO/William Settle

« Grâce à la formation sur les cultures maraîchères, toutes les femmes installées dans le périmètre ont amélioré leurs techniques et sont arrivées à accroître leur production ; la production de tomates est passée de 5 à 15 paniers par femme », explique Diakité Fanta Diarra, Présidente de l'Union des Maraîchers de Dioila. « Et ce qui nous a encore réjoui, c'est la formation sur la préparation et l'utilisation des produits naturels comme le neem pour les traitements des cultures qui ne présentent pas de danger pour les femmes et leurs enfants », ajoute t-elle.

Introduits au Mali en 2001, les CEP sur la Gestion Intégrée de la Production et des Déprédateurs (GIPD) ont été mis en place afin de produire des cultures saines et minimiser l'utilisation des pesticides tout en associant différentes stratégies. Le Programme GIPD se focalise surtout sur le riz, le maraîchage et le coton, spéculations majeures et où l'utilisation des pesticides et engrais synthétiques est la plus importante et souvent à mauvais escient, mais a depuis étendu son action à d'autres spéculations telles que les céréales, maïs, sorgho, mil, fonio, etc.

« Ces formations impliquent toujours un suivi des activités au cours des années suivantes pour soutenir les agriculteurs dans la découverte, l'adaptation et l'adoption de nouvelles pratiques », explique Mohamed Hama Garba, Coordinateur régional du programme GIPD/CEP au Sénégal, « ce n'est pas une action ponctuelle mais plutôt un accompagnement des groupes d'agriculteurs dans le temps ».

Dans le CEP, les rendements du riz sont augmentés de 25% et les revenus bruts de 40%, et sur le coton les revenus bruts ont augmenté de 54%. Plus de 60.000 petits agriculteurs ont été formés dont 30% sont des femmes, et 900 facilitateurs.

Les acquis existants, un socle important du projet

Le nouveau projet sera mis en œuvre avec l'objectif de renforcer les capacités de 16.000 petits producteurs agricoles pour faire face aux changements climatiques en utilisant l'approche de formation communautaire des CEP.

« Face au changement climatique », explique William Settle, « les pratiques de gestion adaptatives nécessitent des formations à caractère communautaire pragmatiques et efficaces afin de toucher les millions d'acteurs responsables de la gestion des terres agricoles ».

Le projet vise à promouvoir la gestion et l'entretien de la fertilité des sols, la gestion de l'eau, l'utilisation des espèces et des variétés plus résistantes et précoces, l'adaptation des cycles culturaux, et l'introduction de l'agroforesterie pour l'alimentation et la production de biocarburant. « L'approche doit être intégrée au sein des partenaires existant déjà dans le pays en termes de recherche, de vulgarisation, d'ONG et d'organisations paysannes », ajoute Settle. « En effet, on constate que l'approche CEP fonctionne plus efficacement lorsqu'elle sert de 'plateforme' et peut s'appuyer sur les acquis éprouvés de la recherche locale, sous régionale et internationale en matière de variétés et espèces adaptées* », constate Hama Garba.

Les CEP sur la Gestion Intégrée de la Production et des Déprédateurs ont été mis en place afin de produire des cultures saines et minimiser l'utilisation des pesticides (© FAO/William Settle)
Les CEP sur la Gestion Intégrée de la Production et des Déprédateurs ont été mis en place afin de produire des cultures saines et minimiser l'utilisation des pesticides
© FAO/William Settle

Le projet veut ainsi promouvoir l'intégration des questions de changements climatiques dans les politiques, les stratégies et les plans d'investissement nationaux. Cependant, il s'agira à la fois d'avoir le temps, les ressources nécessaires (notamment l'obtention des données prévisionnelles correctes sur les phénomènes météorologiques à venir adaptées au contexte Africain et Malien), et l'appui politique pour amener les activités à soutenir suffisamment d'agriculteurs afin d'avoir un réel impact. Le manque d'investissements dans les infrastructures menaçant les petites exploitations dans les pays les plus pauvres est aussi un frein dans de nombreuses régions. « Toutefois », avance Settle, « les bailleurs de fond sont enthousiastes et les gouvernements prennent de plus en plus de mesures pour institutionnaliser l'approche CEP ».

Ce projet se situe parmi les premières initiatives mises en place en Afrique en matière d'adaptation aux changements climatiques à base communautaire. La FAO compte cependant renforcer et étendre cette approche communautaire d'adaptation aux changements climatiques au niveau sous régional, en appuyant la mise en place des projets de même type dans plusieurs autres pays de l'Afrique de l'Ouest où des phénomènes de variabilité climatique sont devenus de plus en plus récurrents.

* « Intégrer la résilience au climat dans la production agricole pour la sécurité alimentaire dans les zones rurales du Mali » sous financement du Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM)

* Notamment celle de l'Institut d'économie rurale (IER), l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA), l'Institut International de recherche sur le cultures des tropiques semi-arides (ICRISAT) et de l'appui des services météorologiques nationaux en matière de prévisions et suivi des campagnes.

Cet article fait partie d'une série de cas d'études publiés pour la journée de l'Agriculture et du développement rural prévue le 3 décembre et tenue en parallèle avec les prochaines négociations sur le changement climatique à Durban en Afrique du Sud

Date de publication: novembre 2011

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