Police de caractères: petite normale grande

 

 

L'horticulture urbaine en RDC : un modèle de développement

Les habitants des villes en RDC produisent chaque année 330.000 tonnes d'amarante, de choux, de tomates et d'autres légumes (© FAO/Giulio Napolitano)
Les habitants des villes en RDC produisent chaque année 330.000 tonnes d'amarante, de choux, de tomates et d'autres légumes
© FAO/Giulio Napolitano

Au cours de ces dix dernières années, les villes de la République Démocratique du Congo ont littéralement enflé du fait de l'afflux des populations déplacées et de citoyens en quête d'un avenir meilleur. Face à cette augmentation de la population urbaine de près de 50 % en dix ans, les fermes maraîchères dans et autour des villes sont devenues une nécessité d'un point de vue nutritionnel. Dans cinq des plus grandes villes du pays, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a contribué à l'organisation de la croissance de ce secteur via son programme « Développer des villes plus vertes » qui a fêté ses dix ans en 2010.

Grâce à ce soutien, les citadins congolais, bien connus pour leur débrouillardise, ont pu mieux nourrir non seulement leurs familles mais également l'ensemble de la population des villes de Kinshasa, Lubumbashi, Mbanza-Ngungu, Kisangani et Likasi. Le programme de la FAO pour l'horticulture urbaine et périurbaine (HUP) a permis de réduire les niveaux de malnutrition chronique et de créer des excédents de production d'une valeur de plus de 400 millions US$. Les agriculteurs qui collaborent avec ce programme produisent aujourd'hui 330.000 tonnes par an d'amarante, de choux, de tomates et d'autres légumes, soit 122 % de plus en cinq ans seulement.

Les lumières de la ville

Le projet a été initié en 2000, d'abord dans la mégapole de Kinshasa et dans la capitale minière de Lubumbashi. Ces deux villes étaient en pleine expansion avec l'arrivée de populations rurales fuyant cinq années de guerre dans l'est du pays. Nombre de ces nouveaux arrivants étaient des fermiers émérites, mais nourrir une ville constitue un autre défi. Les agriculteurs ont commencé à exploiter des terrains vagues sans aucun titre ni autorisation. Les semences de qualité pour la plupart des légumes étaient rares ; le manque d'irrigation réduisait la saison agricole ; et les prêts bancaires étaient impossibles. La consommation de fruits et légumes de l'ensemble de la population urbaine se situait alors bien en dessous de la moitié de l'apport minimum recommandé par la FAO et l'OMS.

Ndiaga Gueye, représentant de la FAO en RDC, explique que « les plus grands défis auxquels le projet a été confronté ont été entre autres de réduire l'insécurité alimentaire et nutritionnelle urbaine, d'améliorer le niveau de vie et la diversité du régime alimentaire des habitants des bidonvilles, et d'aider à construire des villes plus résilientes ».

Recréer un système national

Le programme de la FAO a permis de réduire les niveaux de malnutrition chronique et de créer des excédents de production d'une valeur de plus de 400 millions US$ (© FAO/Giulio Napolitano)
Le programme de la FAO a permis de réduire les niveaux de malnutrition chronique et de créer des excédents de production d'une valeur de plus de 400 millions US$
© FAO/Giulio Napolitano

La plupart des ces petits agriculteurs urbains travaillaient sans soutien public et en dehors de tout cadre réglementaire. Une des missions centrales du programme de la FAO a dès lors été de redonner vie au Service national d'appui à l'horticulture urbaine et péri-urbaine (SENAHUP), qui avait vu le jour au début de la guerre. « Le SENAHUP a été créé en 1996, à une époque très troublée en RDC, et son action était limitée à Kinshasa », raconte Gueye. « La consolidation du SENAHUP est une des retombées positives les plus importantes du projet, et elle reflète l'engagement de notre politique et de nos institutions en matière d'HUP ». Ce service dispose maintenant de bureaux décentralisés à travers tout le pays.

En collaboration avec le SENAHUP ainsi ressuscité, la FAO a initié diverses mesures en vue de générer un boom de la production horticole. Il a ainsi été créé dans chaque ville un comité municipal de consultation qui sonde les exploitations maraîchères, recense les groupements de cultivateurs, et obtient des titres fonciers sûrs. Ces exploitations « régularisées » sont devenues des terrains de recherche en vue d'améliorer la gestion de l'eau et d'intensifier la production d'une plus grande variété de légumes. Le projet a également déboursé plus d'1 million US$ en crédits, via des ONG administrant des micro-prêts, qui ont servi à répondre à certains des besoins horticoles les plus élémentaires. Par exemple, grâce à ces micro-crédits, 80 % des femmes à Lubumbashi possèdent maintenant leurs propres outils agricoles.

Les « cinq S »

La première phase du projet a été un banc d'essai pour l'ensemble des stratégies qui sont devenues le cœur du programme de la FAO « Développer des villes plus vertes », lequel a été étendu à ce jour à dix villes en Afrique et aux Amériques. En RDC, le projet a été mis en œuvre dans trois autres villes dans le cadre d'une seconde phase qui a débuté en 2004. Il est devenu célèbre sous le nom de l'approche des « Trois S » : sécuriser l'accès à la terre et à l'eau pour l'horticulture, supporter une production horticole de grande qualité, et soutenir l'accès à la « propriété » des HUP pour les acteurs concernés de ce secteur.

La troisième phase du projet a commencé en 2008 avec la mise en place de plans de développement horticole dans toutes les provinces congolaises et la création de comités municipaux de consultation dans chaque capitale provinciale. Afin de garantir que cette entreprise ambitieuse porte ses fruits sur le long terme, le projet a étendu ses principes directeurs pour en faire une approche dite des « Cinq S ». Deux nouvelles stratégies ont ainsi été ajoutées : stimuler la consommation de fruits et légumes, et sauvegarder les méthodes et techniques développées ces dix dernières années.

L'avenir dans un monde urbanisé

80 % des femmes à Lubumbashi possèdent maintenant leurs propres outils agricoles (© FAO/Giulio Napolitano)
80 % des femmes à Lubumbashi possèdent maintenant leurs propres outils agricoles
© FAO/Giulio Napolitano

Selon Gueye, un seul des « S » sera primordial pour le futur. « La stratégie 'soutenir l'accès à la « propriété » des HUP pour les acteurs concernés' a favorisé l'émergence de micro-entreprises et de distributeurs agricoles dynamiques », dit-il. « On trouve des marchés de fourniture d'intrants dans la plupart des villes et le projet a encouragé les agriculteurs à se regrouper en associations de producteurs, ce qui leur permet de réduire les coûts des intrants et des services tout au long de la chaîne des valeurs ». Gueye est confiant : cette auto-organisation est la clé d'un développement de l'horticulture urbaine vers un stade plus avancé.

En guise de dernier acte, le projet a rassemblé tous les conseillers municipaux en HUP pour des consultations régulières et a subventionné un dialogue régional sur l'HUP avec d'autres pays africains. Les leçons tirées de l'expérience menée en RDC sont maintenant appliquées au Burundi, en Côte d'Ivoire, à Madagascar et au Rwanda.

« Les villes des pays en développement atteignent des tailles sans précédent », explique Gueye, « avec pour conséquence des niveaux élevés de pauvreté, de chômage et d'insécurité alimentaire. L'urbanisation apparaît comme un processus irréversible, et l'importance de son développement ainsi que sa vitesse sont les défis qui font que l'HUP se différencie de l'agriculture rurale ». Bien que l'ampleur de l'essor de l'horticulture urbaine en RDC témoigne d'un impressionnant succès, ce niveau devra devenir la norme dans l'ensemble des pays en développement si les agriculteurs urbains sont appelés à répondre aux besoins des villes.

Ecrit par: T. Paul Cox

Date de publication: janvier 2012

 

The New Agriculturist is a WRENmedia production.

Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre navigation. En continuant de le parcourir, vous marquez votre accord sur le fait que nous ayons recours aux cookies.
J'accepte
Pour en savoir plus