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Mieux vivre avec les éléphants au Zimbabwe

Un éléphant a besoin de 150 kg de végétaux et d'une centaine de litres d'eau chaque jour (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)
Un éléphant a besoin de 150 kg de végétaux et d'une centaine de litres d'eau chaque jour
© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen

Les conflits entre l'homme et la faune représentent aujourd'hui l'un des principaux obstacles à la conservation de la nature en Afrique. En matière de gestion communautaire de la faune, le Zimbabwe est un pays pionnier, perçu comme un modèle pour d'autres pays en Afrique, notamment avec la création du programme Campfire*. Créé en 1989, son principe est de rémunérer les communautés locales pour l'utilisation - à travers la chasse sportive notamment - de la faune sauvage vivant sur leur territoire. Mais à partir des années 2000, les districts régionaux, par lesquels transitent l'argent des opérateurs touristiques, cooptent la plupart des dividendes et n'en redistribuent aux populations locales qu'une fraction infime.

A l'ouest du Zimbabwe, en périphérie du parc national de Hwange, où de nombreux paysans ont été incités à s'installer suite à la réforme agraire, la population ne peut que constater les dégâts. « Les éléphants avaient détruit notre maïs », raconte une vieille femme, un bébé dans les bras. « Nous en avons replanté, mais les babouins sont venus hier. Ils ont tout saccagé ».

Gestion des conflits

Si les babouins, les lions, les hyènes, les phacochères, les crocodiles sont régulièrement en cause, l'espèce la plus largement évoquée dans ces problèmes de cohabitation est l'éléphant*. Chaque jour, un éléphant a besoin de 150 kg de végétaux et d'une centaine de litres d'eau. Or les neuf pays d'Afrique Australe hébergent la plupart des éléphants du continent, soit quelque 300 000 individus, et leurs populations s'accroissent de 3.9 % par an.

Des feux et des branches enflammées sont placées en bordure des champs pour faire fuir les éléphants (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)
Des feux et des branches enflammées sont placées en bordure des champs pour faire fuir les éléphants
© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen

« De janvier à juillet, les éléphants viennent presque toutes les nuits dans nos champs », raconte Clever Masiya, un paysan du South-East Lowveld au sud du pays, dont le village jouxte la réserve de faune privée de Malilangwe. « Nous n'arrivons pas à les chasser. Pourtant, chaque nuit, nous allumons des feux en bordure des champs, nous faisons du bruit avec des tambours. Et lorsque nous voyons un éléphant, nous le pourchassons et lui jetons des pierres et des branches enflammées… ». Représentant de son village, Clever a assisté, en avril dernier, à un atelier de formation sur la gestion des conflits organisé par le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). « J'ai appris beaucoup de choses », se félicite-t-il. « Par exemple, comment utiliser le piment pour chasser les éléphants ». Le système olfactif très sensible de ces animaux les rend, en effet, vulnérables à la capsaïcine, molécule responsable de la saveur épicée du piment.

Mise au point d'un procédé efficace pour effrayer l'éléphant

« Aucune méthode ne peut régler une fois pour toutes les conflits avec la faune, mais il est possible de les atténuer », explique Sébastien Le Bel, responsable du bureau du CIRAD à Harare. « Les paysans peuvent, par exemple, disposer autour de leurs champs des « chili bombs ». Ce sont des crottins d'éléphants ou des bouses de vaches, mélangés à du piment broyé, qui, lorsqu'on les enflamme, dégagent une fumée irritante. On peut aussi badigeonner des cordes d'huile de vidange mélangée à du piment broyé, et s'en servir comme barrières ».

Le CIRAD a aussi mis au point un « fusil à piment ». Chargé au gaz aérosol, cet engin propulse une balle de ping-pong remplie d'huile pimentée, qui se brise sur l'animal. « Le premier réflexe de l'éléphant est d'explorer l'impact avec sa trompe », explique Mike Lagrange, co-inventeur du procédé avec Sébastien Le Bel. « L'idée, avec ce « fusil », est donc d'effrayer l'animal au moyen de trois stimuli : le bruit de l'explosion, l'impact de la balle de ping-pong et, surtout, la sensation désagréable due à la pénétration du piment dans les voies respiratoires ». Compte tenu des capacités de mémorisation de cette espèce, et de transmission d'un comportement d'un congénère à l'autre, cet outil pourrait contribuer à défendre des champs contre des groupes entiers.

Essais encourageants malgré des contraintes pratiques

Toutefois, il est peu aisé de trouver des balles de ping-pong dans les zones reculées du Zimbabwe, et celles-ci sont actuellement importées par les projets de recherche. Ensuite, il faut tenir compte d'une autre limite, l'huile de piment elle-même, parce que le Zimbabwe n'est pas producteur et qu'il faut de grandes quantités de piments pour extraire le précieux liquide. Autant de défis à relever.

Le fusil à piment pourrait contribuer à défendre des champs contre des groupes entiers d'éléphants (© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen)
Le fusil à piment pourrait contribuer à défendre des champs contre des groupes entiers d'éléphants
© Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen

Après la phase d'essai encourageante dans Hwange, néanmoins, une cinquantaine de fusils à piment ont été distribués lors de sessions de formation au Zimbabwe et au Mozambique. Avec plus d'une centaine de tests en milieu réel, démonstration a été faite de l'efficacité de cet outil. De conception simple et robuste, il reste maintenant à trouver un moyen de le fabriquer localement en série pour le diffuser largement dans les zones à risque.

« En début de saison pluvieuse, il n'y a généralement aucun problème », affirme Frédéric Baudron, chercheur au Cimmyt. « La majorité des conflits a lieu après la montaison des graminées sauvages, quand leur valeur nutritive devient inférieure à celle des cultures qui ne sont pas encore arrivées à maturité ». Souvent, le piétinement est la principale cause de destruction : 75 % d'un champ peut être détruit en une nuit par un troupeau d'éléphants n'ayant consommé que quelques plants de maïs vert. « Une alternative pourrait être d'éviter les conflits en privilégiant la culture de variétés à cycle court, permettant de récolter avant la montaison » ajoute-t-il.

La lutte contre ces problèmes passe par la sensibilisation de la population, mais aussi par un meilleur retour, vers les communautés rurales, des bénéfices générés par la faune sauvage. « La faune doit en effet payer pour sa conservation », conclut Frédéric Baudron.

* Communal Areas Management Programme for Indigenous Resources
* Responsable également, avec le buffle et le crocodile, de pertes en vie humaines à chaque saison des pluies

Avec la collaboration de: Marie Lescroart

Date de publication: février 2012

 

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