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Du bétail pour mieux vivre ensemble et lutter contre la pauvreté au Rwanda

La vente  du lait permet de gagner environ 300 US$ par mois (© Send a Cow)
La vente du lait permet de gagner environ 300 US$ par mois
© Send a Cow

Il y a trois ans, Catherine Nyiraromba ne parvenait plus à subvenir à aux besoins de base de sa famille et à nourrir ses trois enfants. Exploitant une petite terre à Kayonza, un district situé à environ 50 kilomètres de Kigali, la capitale rwandaise, elle a alors adhéré à une association locale regroupant les petits agriculteurs issus de ménages pauvres qui bénéficiaient d'un programme de donation de vaches de l'ONG 'Send a Cow Rwanda'. Depuis qu'elle a reçu une vache, Nyiraromba affirme que la vie précaire qu'elle menait à l'époque fait partie du passé. « La vente du lait me permet de gagner environ 300 USD par mois, ce qui me permet de nourrir et pourvoir à mes besoins et à ceux de ma famille », raconte-t-elle.

L'approche du projet 'Send a Cow Rwanda' consiste à offrir des vaches de races améliorées aux familles les plus pauvres. Grâce à cet apport, elles bénéficient d'un lait de qualité, de viande et de fumier. Adopté par le gouvernement rwandais, le projet connaît depuis un véritable succès. L'objectif de l'initiative 'une tête de bétail par ménage pauvre', menée conjointement par l'ONG 'Send a Cow Rwanda' et différents partenaires, est à présent de doter chaque famille vulnérable au Rwanda d'une vache d'ici à 2015.

Le Directeur Général de l'agence Rwandaise pour le développement des ressources animales, Théogène Rutagwenda, souligne : « le gouvernement rwandais souhaite offrir son soutien aux ménages les plus vulnérables partout dans le pays en leur permettant d'augmenter la quantité de lait pour la consommation domestique afin de lutter contre la malnutrition et de générer des revenus ».

Céder une génisse à son voisin

Adopté par le gouvernement rwandais, le projet 'Send a Cow' connaît un véritable succès (© Aimable Twahirwa)
Adopté par le gouvernement rwandais, le projet 'Send a Cow' connaît un véritable succès
© Aimable Twahirwa

Pour bénéficier d'une vache, Nyiraromba a du accepter de céder sa première génisse à un voisin nécessiteux, et, dans son cas, à un voisin qui aurait participé au massacre de sa famille lors du génocide de 1994. « C'était impensable pour moi de partager avec quelqu'un qui a été impliqué dans la disparition de ma famille ! », raconte-t-elle, décrivant l'inquiétude et l'angoisse qu'elle a vécu avant d'offrir le veau à son voisin. Selon les officiels rwandais, cette condition obligeant les bénéficiaires à donner leur première génisse à un voisin dans le besoin favorise non seulement un développement économique mais aussi le processus de réconciliation. Depuis 2006, 75.000 vaches ont été distribuées. Mais en encourageant la pratique de 'transmission' de la première génisse, on estime qu'au total, 106.000 ménages ont reçu un animal.

Le projet 'Send a Cow Rwanda' met également l'accent sur le développement social pour encourager les familles rwandaises à oeuvrer ensemble. Catherine Nyiraromba explique comment son voisin l'a aidée à planter des cultures fourragères pour son bétail, ce qui a soulagé ses craintes. « La vache est devenue une nouvelle forme d'espoir tout en changeant ma vie », ajoute-t-elle. En plus de la distribution de vaches de races améliorées, l'ONG dispense également une série de formations visant à aider les familles à accroître leurs récoltes et à maintenir leur bétail productif et en bonne santé. En effet, la plus grande partie du secteur de l'élevage au Rwanda a été détruite pendant le génocide de 1994, ce qui a conduit à une réduction de l'offre d'engrais. Les familles sont formées notamment aux techniques de compostage pour améliorer la fertilité du sol et générer une meilleure production agricole, mais reçoivent également des conseils pour cultiver les plantes fourragères et stocker le fourrage.

Difficultés rencontrées lors de la mise en œuvre du programme

Les bénéficiaires doivent céder leur première génisse à un voisin dans le besoin (© Send a Cow)
Les bénéficiaires doivent céder leur première génisse à un voisin dans le besoin
© Send a Cow

Toutefois, la mise en œuvre du programme national 'une tête de bétail par ménage pauvre' n'a pas été sans difficultés, reconnaissent les autorités rwandaises pour qui la capacité des agriculteurs à entretenir les animaux domestiques reste un défi majeur.

« Toutes les personnes vulnérables veulent bénéficier des vaches car c'est un moyen rapide de combattre la pauvreté », observe un officiel rwandais. « Tout le monde veut devenir riche, mais que se passera t-il si les bénéficiaires ne peuvent entretenir leurs vaches? » ajoute t-il. Des conditions ont donc été mises en place pour 'sélectionner' les familles pauvres prioritaires, parmi lesquelles pouvoir fournir un abri pour l'animal et délimiter une petite parcelle pour le fourrage.

« Nous sommes reconnus comme famille vulnérable, mais n'avons pas assez de moyens pour répondre aux conditions requises par le programme », dénonce Cyriaque Barabeshya, un petit agriculteur de Muyira dans le sud du Rwanda. Un certain nombre d'initiatives communautaires locales sont mises en place, cependant, pour aider les familles à construire des abris.

Le manque de transparence a également été décrit comme un problème, conduisant même le gouvernement rwandais à ouvrir une enquête sur des cas présumés de népotisme dans la distribution des génisses. « Alors que certains dirigeants administratifs locaux tentent de s'enrichir en privilégiant leurs proches lors de la distribution du bétail, des gens de régions isolées restent pauvres et en colère, sans aucun autre moyen de subvenir aux besoins de base de leurs familles », affirme un petit agriculteur du sud du Rwanda.

Des directives strictes

Des conseils sont dispensés aux familles pour les aider à cultiver et à stocker le fourrage (© Send a Cow)
Des conseils sont dispensés aux familles pour les aider à cultiver et à stocker le fourrage
© Send a Cow

Pour s'assurer que le programme cible réellement les familles pauvres les plus nécessiteuses, le gouvernement a mis en place des directives plus strictes, stipulant que les autorités administratives locales ne sont pas éligibles pour recevoir une génisse. Un centre d'amélioration génétique a été créé pour fournir des services d'insémination artificielle à moindre coût et prodiguer des conseils aux agriculteurs sur les bonnes pratiques de l'élevage. « Grâce à l'utilisation de l'insémination artificielle, la production de génisses dans les régions éloignées du pays va considérablement augmenter », souligne Daphrose Gahakwa, Directrice Générale adjointe de l'Agence rwandaise de l'agriculture.

Malgré les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du programme, la ministre rwandaise de l'Agriculture, Agnès Kalibata, décrit pour sa part cette initiative comme une étape importante vers le développement socio-économique de son pays, où plus de 50 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. « Cette initiative contribue à augmenter le revenu d'une partie de la population vulnérable », affirme-t-elle. En 2012, le gouvernement rwandais envisage de distribuer quelques 250.000 génisses à des familles pauvres.

Ecrit par: Aimable Twahirwa

Date de publication: février 2012

 

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