Police de caractères: petite normale grande

 

 

Une innovation fourragère en Inde : impacts sur la production laitière

Nourrir le bétail représente  environ 70 % des coûts de production du lait (© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT)
Nourrir le bétail représente environ 70 % des coûts de production du lait
© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT

L'Inde est le plus grand producteur mondial de produits laitiers. Toutefois, ces dernières années, les agriculteurs indiens ont du faire face à une inflation rapide du coût des aliments pour bétail, ce qui a entraîné une forte augmentation des prix du lait. Nourrir le bétail représente en effet environ 70 % des coûts de production du lait. Du fait du morcellement des fermes familiales au fur et à mesure des successions, les parcelles deviennent trop petites pour fournir à la fois du fourrage et des cultures alimentaires ; quant aux terres publiques, souvent utilisées comme pâtures par les communautés marginales et les 'sans-terre', leur surface se réduit également de plus en plus. D'où une augmentation des prix du lait qui atteignent maintenant environ 16 -17 roupies (0,35 US$) le demi-litre, ce qui représente plus de 10 % du revenu quotidien moyen. Pour répondre à cette problématique, des chercheurs nationaux et internationaux se sont regroupés * pour développer des variétés à double usage de sorgho, mil, pois d'angole et arachides dont les résidus de culture constituent un fourrage de grande qualité sans que cela affecte les rendements en grains.

Les résidus des récoltes, tels que la paille, les feuilles et les tiges, sont déjà largement utilisés en Inde comme fourrage, et fournissent ainsi plus de 40 % de la matière sèche disponible pour nourrir le bétail ; certains experts estiment même que l'on pourrait atteindre les 70 % d'ici à 2020. Mais les résidus, et particulièrement ceux des cultures céréalières, sont souvent de faible qualité nutritionnelle ce qui affecte la productivité des bovins et buffles. Les cultures à double usage, qui offrent de hauts rendements en grains et des résidus riches en nutriments et de meilleure digestibilité et palatabilité, répondent au problème de la faible qualité du fourrage tout en réduisant la pression sur le foncier ; elles sont parfaitement adaptées à la situation de l'Inde qui comptent de nombreuses petites exploitations mixtes polycultures - élevage.

Arachide améliorée

Les résidus des récoltes, tels que la paille, les feuilles et les tiges, sont déjà largement utilisés en Inde comme fourrage (© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT)
Les résidus des récoltes, tels que la paille, les feuilles et les tiges, sont déjà largement utilisés en Inde comme fourrage
© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT

Le district d'Anantapur dans l'Andhra Pradesh est une des principales régions productrices d'arachide et également une des zones de l'Inde les plus exposées à la sécheresse. Les cultures d'arachide couvrent 70 % des terres agricoles et font vivre plus de 300.000 petits exploitants. Les résidus de récoltes se composent donc principalement de fanes (feuilles et tiges) d'arachide. « La teneur en énergie et protéines des fanes d'arachide, leur appétence et leur digestibilité peuvent fortement varier d'une espèce à l'autre », explique le Dr Michael Blummel, chercheur auprès de l'Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI).

En 2002, l'Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) a introduit une variété d'arachide (ICGV91114) à maturité précoce, à haut rendement et résistante à la sécheresse. Par rapport à la variété locale, son rendement en gousses est supérieur de 15 %, elle produit 17 % de plus de fanes et un fourrage de meilleure qualité. Après avoir donné à manger à leurs vaches et bufflonnes ce fourrage amélioré, les producteurs laitiers ont relevé un effet immédiat sur leur production de lait, laquelle a augmenté de 11 %.

Un essai participatif d'alimentation du bétail mené récemment a démontré que les animaux qui avaient été nourris avec la variété améliorée ont produit 400 ml de lait de plus par jour. Selon une autre étude d'impact réalisée par l'Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI), il apparaît que pendant la saison principale de culture, les ventes d'arachides et de lait devraient rapporter environ 48.000 roupies par hectare (970 US$) aux exploitants qui ont adopté la variété améliorée, soit quatre fois plus qu'avec la variété locale.

Diffusion des semences

En 2002, l'ICRISAT a introduit une variété d'arachide (ICGV91114) à maturité précoce, à haut rendement et résistante à la sécheresse (© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT)
En 2002, l'ICRISAT a introduit une variété d'arachide (ICGV91114) à maturité précoce, à haut rendement et résistante à la sécheresse
© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT

Promouvoir l'adoption à grande échelle des variétés de cultures à double usage est un défi majeur. Première difficulté, la variété d'arachide améliorée est autogame (autoféconde) ce qui dissuade la plupart des entreprises semencières privées d'investir. Deuxièmement, le programme gouvernemental de subvention aux semences n'a pas encore intégré cette variété. Son adoption est dès lors, à ce jour, principalement le résultat d'une diffusion par bouche à oreille entre agriculteurs. L'ICRISAT s'est par ailleurs associé avec l'Université ANGRAU et des ONG locales pour former les agriculteurs à la multiplication des semences de manière à les rendre disponibles via des systèmes informels. Selon les estimations du Dr Shyam Nigam, sélectionneur d'arachide pour l'ICRISAT, de 285 ha plantés avec la nouvelle variété en 2005, on devrait passer à 60.000 ha lors de la prochaine saison des pluies, appelée « Kharif ».

Les cultures à double usage ont aussi permis la création de nouvelles chaines de valeurs dans le secteur de l'alimentation animale. A Hyderabad, par exemple, des blocs d'aliment du bétail à base de cannes de sorgho sont maintenant commercialisés par des sociétés de production d'aliments pour animaux. Un bloc permet de nourrir chaque jour un animal laitier et garantit un niveau de production de 8 à 12 litres de lait par jour au lieu du rendement moyen ordinaire de 3 ou 4 litres. Des négociants commencent à payer un supplément aux producteurs de sorgho de qualité fourragère supérieure pour leurs résidus de récoltes.

Une priorité nationale

A la suite de ces recherches innovantes sur la sélection des cultures grains-fourrage menées par l'ILRI et l'ICRISAT, le projet MilkIT - subventionné par le FIDA et dirigé par l'ILRI - a pour objectif d'améliorer l'accès à une alimentation améliorée du bétail pour les producteurs laitiers pauvres d'Inde et de Tanzanie et une stratégie explorée est de promouvoir les variétés à double usage. Les chercheurs de l'ILRI et de l'ICRISAT, membres du « Systemwide Livestock Program » du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), travaillent également en Afrique avec leurs partenaires locaux sur la sélection de plantes à double usage, notamment en identifiant des variétés de sorgho avec des cannes de bonne qualité fourragère. Ils étudient par ailleurs les transferts de ressources au niveau de la ferme, lorsque les résidus de récoltes sont utilisés pour nourrir les animaux, par exemple les conséquences au niveau du renouvellement de fertilité des sols.

Les petits éleveurs doivent avoir un accès égal à du fourrage de qualité et en quantité suffisante (© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT)
Les petits éleveurs doivent avoir un accès égal à du fourrage de qualité et en quantité suffisante
© SN Nigam and DY Giri/ICRISAT

Parallèlement, le Conseil national pour le développement laitier en Inde vient d'adopter un plan de développement s'étalant sur 15 ans, qui met en avant l'importance d'un fourrage de qualité comme complément essentiel de l'amélioration génétique du bétail. « De la même manière qu'une Formule 1 ne sera pas performante avec de l'essence de mauvaise qualité, améliorer la génétique des vaches et bufflonnes n'a pas de sens si les producteurs laitiers ne peuvent disposer d'un fourrage en quantité et qualité », commente Jérôme Bossuet de l'ICRISAT. « La question du fourrage est certainement une des premières qui doit être résolue, pour pouvoir garantir à tous, y compris les petits éleveurs, un accès égal à du fourrage de qualité et en quantité suffisante ».

Le Dr Nigam est aussi un ardent défenseur de la place du fourrage dans les priorités de son pays. « L'Inde doit trouver de nouvelles solutions en ce qui concerne le fourrage pour renforcer son secteur laitier, et nous devons sensibiliser sur cette question non seulement les agriculteurs mais également les institutions agricoles », dit-il. « Les cultures à double usage, grains et fourrage, représentent une innovation qui pourra aider des millions d'éleveurs à faire face aux pénuries de fourrage attendues dans les années à venir et à ainsi bénéficier du développement du secteur laitier ».

* Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI), Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT)
* Les partenaires nationaux sur les recherches liées à l'arachide ICGV91114 sont : l'Université « Acharya NG Ranga Agricultural University » (ANGRAU), l'ONG Accion Fraterna et la Direction de la recherche sur l'arachide au Gujarat

Ecrit par: Jérôme Bossuet, ICRISAT

Date de publication: mars 2012

 

The New Agriculturist is a WRENmedia production.

Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre navigation. En continuant de le parcourir, vous marquez votre accord sur le fait que nous ayons recours aux cookies.
J'accepte
Pour en savoir plus