Police de caractères: petite normale grande

 

 

Dans les clubs d'écoute au Niger, les femmes prennent la parole

Des espaces de dialogue ont été mis en place pour partager l'information (© FAO)
Des espaces de dialogue ont été mis en place pour partager l'information
© FAO

« Avant, je n'avais jamais quitté mon village! Ici, j'ai entendu des voix qui sont autres que celles de mon entourage. Nous avons pu rencontrer d'autres personnes. C'est une grande richesse », s'exclame Mariama Hassane, membre du club d'écoute de Fogou qui s'est rendue à Niamey, la capitale du Niger pour prendre part à une Foire aux savoirs et partager son expérience.

Mariama, comme beaucoup de femmes au Niger, n'avait pas voix au chapitre lors des décisions engageant la vie de la communauté telles l'accès à la terre, au crédit et à la formation. Encouragées par l'ONG VIE - Kande Ni Bayra ('Apporte ton savoir') et Dimitra, projet de la FAO qui ancre son action depuis 1998 dans les dimensions du genre, de l'information et de la communication vers et avec le monde rural, les populations ont mis en place à partir de 2009 des espaces pour partager l'information et transformer qualitativement leurs conditions de vie. Ces espaces de dialogue s'inspirent du modèle des clubs d'écoute communautaires encadrés par Dimitra au Sud-Kivu (République démocratique du Congo) dès 2003.

Prendre confiance en soi

Au départ, un club d'écoute est un regroupement de femmes et/ou d'hommes qui se réunit autour d'un centre d'alphabétisation, dans le cas du Niger. Lorsque les femmes discutent en profondeur d'une thématique relative à leurs préoccupations, allant de l'agriculture à la santé en passant par l'éducation, avec l'accompagnement de l'animatrice du centre et/ou d'une personne ressource, elles prennent d'abord confiance en elles-mêmes et convient éventuellement le groupe des hommes pour des échanges constructifs. Aussi, lorsqu'une thématique s'avère importante pour la communauté, les femmes invitent la radio communautaire pour un enregistrement de la synthèse de leurs opinions sur ladite thématique ou sollicite d'autres informations qui seront diffusées sur les ondes. Les intervenants dans les émissions s'expriment en langue locale : fulfulde, tamasheq, zarma, et haoussa. Une même radio peut utiliser jusqu'à trois ou quatre langues, chacun utilisant la sienne.

Un club d'écoute dispose entre autres d'une radio solaire et à manivelle (© FAO)
Un club d'écoute dispose entre autres d'une radio solaire et à manivelle
© FAO

« Par le biais de la radio, les groupes ont reçu des informations sur une gamme de sujets tels que où acheter les intrants les prix des denrées alimentaires et ils ont commencé à partager leurs connaissances. Mais les femmes ne se sont pas arrêtées pas là. Elles ont commencé à utiliser les téléphones portables avec chargeur solaire fournis par le projet Dimitra pour appeler d'autres clubs d'écoute, partager l'information avec eux et obtenir leurs points de vue, parfois sur les sujets abordés par les programmes de radio, parfois sur d'autres sujets. Et les hommes ont participé aussi », explique Ali Abdoulaye, coordinateur de l'ONG Kande Ni Bayra.

La téléphonie mobile au service du changement

Outre la radio solaire et à manivelle, un club d'écoute dispose en général d'un téléphone portable à chargeur solaire. En effet, un problème pratique s'était posé assez rapidement lors de la mise sur pied des clubs d'écoute : « Les femmes écoutaient l'émission, mais quand elles avaient envie de réagir, elles devaient envoyer quelqu'un à la radio pour donner un avis », explique Ali Abdoulaye. « Cette personne devait parcourir entre 10 et 50 kilomètres aller-retour ! ». Elle soulignait ce que le club avait trouvé important, corrigeait une information ou demandait un complément. Au bout de deux mois, les déplacements étant difficiles, le projet a donc décidé de prévoir aussi des téléphones portables afin que les membres des clubs puissent communiquer entre eux et avec la radio, résumant leurs idées en une ou deux minutes. Comme cela risquait de coûter cher, l'ONG VIE a approché une compagnie téléphonique qui a proposé des prix forfaitaires très intéressants, dix fois plus avantageux que les prix du marché. « Nous avons acheté un téléphone mains libres pour chaque club, avec un abonnement annuel », ajoute Abdoulaye. La téléphonie mobile a été cruciale pour doper la participation et l'interaction entre les clubs et la radio, ainsi qu'entre les communautés rurales.

Toutefois souligne Yannick De Mol, chargé de projet à Dimitra, « le principe de base du projet ne porte pas sur un outil - même si le téléphone offre des possibilités extraordinaires - mais sur l'interaction entre la population et les autres acteurs de développement. Ce qui pérennisera la dynamique n'est pas le fait d'avoir le téléphone mais d'avoir un projet commun de développement local ».

Des meilleures récoltes grâce au dialogue

Au Niger, on compte un réseau constitué d'environ 10.000 membres dont 75 % de femmes (© FAO)
Au Niger, on compte un réseau constitué d'environ 10.000 membres dont 75 % de femmes
© FAO

Le village de Gasséda par exemple, possède son club d'écoute. Situé à 65 km à l'est de la capitale, Niamey, on y cultivait une variété traditionnelle de haricots. Mais ces dernières années, dû au manque de précipitations dans cette zone, les haricots ne sont pas arrivés à maturité. Après de multiples échanges d'informations avec d'autres clubs d'écoute, entre femmes et hommes, le village a pu utiliser des variétés plus tolérantes à la sécheresse. Et suite aux recommandations d'autres communautés, ils ont obtenu des récoltes plus élevées de 30 à 40 % par rapport à leur variété traditionnelle, améliorant par là la sécurité alimentaire de la communauté tout en ayant assez de stocks pour les vendre et diversifier les cultures en achetant du riz et autres céréales.

Au Niger, ces clubs d'écoute ont connu un essor remarquable, totalisant aujourd'hui un réseau de 500 clubs constitués d'environ 10.000 membres dont 75 % de femmes et 13 radios communautaires, et suscitant l'engouement des populations et des partenaires du développement. « Il s'agit à la fois d'une méthodologie et d'un processus de mobilisation sociale, de dialogue et d'autonomisation des pouvoirs des populations rurales et d'un véritable tremplin pour l'action », explique Eliane Najros, Coordinatrice de Dimitra.

« On ne mesure pas encore tout l'impact », avance Ali Abdoulaye, mais ce qui est certain c'est que cela dépasse tout ce qu'on a attendu ». Mettre en place un système de suivi-évaluation participatif est en effet un défi pour les initiateurs des activités que le projet Dimitra cherche en ce moment à relever ; une collecte de données qualitatives et quantitatives sur les activités, les résultats et l'impact des clubs est en préparation et devrait être partagée fin 2012.

Date de publication: mars 2012

 

The New Agriculturist is a WRENmedia production.

Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre navigation. En continuant de le parcourir, vous marquez votre accord sur le fait que nous ayons recours aux cookies.
J'accepte
Pour en savoir plus