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Sous les feux de la rampe pour favoriser le développement des politiques

Les représentations du TPA ont lieu en plein air, sous des arbres ou sur les terrains de sport des écoles (© FANRPAN)
Les représentations du TPA ont lieu en plein air, sous des arbres ou sur les terrains de sport des écoles
© FANRPAN

En décembre 2011, des chercheurs du 'Bunda College of Agriculture' de l'Université du Malawi ont présenté aux média, aux dirigeants et décideurs de la société civile, les résultats d'une étude sur les systèmes nationaux de soutien à l'agriculture. Il a été question de frustration et de déception en ce qui concerne diverses initiatives gouvernementales, et notamment les distributions d'intrants agricoles, les programmes de crédit et l'accès aux technologies. L'intérêt particulier que suscitent ces résultats se situe toutefois ailleurs : ils n'ont pas été obtenus via des questionnaires d'enquête traditionnels mais dans le cadre d'activités de théâtre communautaire.

Le 'théâtre comme plaidoyer politique' (Theatre for Policy Advocacy - TPA) est au cœur d'un projet pilote dont l'objectif est de renforcer la capacité des femmes agricultrices du Malawi et du Mozambique à influencer le développement de politiques agricoles. « La force de la méthodologie du TPA repose sur le constat que dans les zones rurales d'Afrique, une représentation théâtrale constitue un événement social majeur », explique le Dr Lindiwe Majele Sibanda, Président-directeur général du FANRPAN, le réseau africain de recherche sur les politiques et de défense des droits, qui a mis en place le projet WARM, 'Women Accessing Realigned Markets' (ou 'Femmes et accès aux marchés'). « Les représentations du TPA ont lieu en plein air, sous des arbres ou sur les terrains de sport des écoles, et des centaines de personnes de tous horizons viennent y assister ».

La force du théâtre

Les femmes racontent les difficultés qu'elles rencontrent en tant qu'agricultrices sous forme de pièces de théâtre (© FANRPAN)
Les femmes racontent les difficultés qu'elles rencontrent en tant qu'agricultrices sous forme de pièces de théâtre
© FANRPAN

Les représentations du TPA sont conçues autour de problématiques cruciales et propres à certaines communautés. Au Malawi, une compagnie théâtrale de développement, Story Workshop, a aidé des agricultrices à rassembler leurs doléances sous la forme de pièces de théâtre. Une des histoires raconte comment une femme agriculteur du village de Sokelele au Malawi est roulée par des fonctionnaires alors qu'elle essaye d'échanger des bons pour des intrants distribués par le gouvernement. Des files d'attente interminables, un marché parallèle de vente de places dans ces files, des distributeurs agricoles qui demandent plus d'argent que ce qui est autorisé : tout cela empêchera l'agricultrice d'échanger ses bons contre de l'engrais. Et l'histoire de se terminer par une récolte maigre et une famille qui a faim, à cause de l'impossibilité pour cette femme d'obtenir suffisamment d'engrais.

Pour discuter des problématiques mises en avant par la pièce et proposer des solutions aux difficultés rencontrées par les femmes, chaque représentation se poursuit par des débats dirigés, donnant la parole aux hommes et aux femmes, aux jeunes, aux dirigeants des communautés, aux représentants du gouvernement et aux membres d'ONG. Les problématiques et solutions qui ressortent de ces sessions sont consignées et communiquées aux décideurs politiques, aux chercheurs, aux organisations d'agriculteurs, aux ONG de développement et aux acteurs du secteur privé concernés, au niveau national et régional.

Le succès ne se fait pas attendre

Les représentations se poursuivent par un débat (© FANRPAN)
Les représentations se poursuivent par un débat
© FANRPAN

Six troupes de théâtre au Malawi et deux au Mozambique ont monté des pièces qui ont déjà attiré des milliers de spectateurs et ainsi permis aux agricultrices de faire connaître leurs conditions de vie aux dirigeants locaux, aux fonctionnaires publics et aux organisations de développement. Au Mozambique, Marta Machava, 74 ans, applaudit l'initiative du TPA : ce modèle de sensibilisation politique est selon elle « le meilleur moyen de partager les expériences et les difficultés entre nous les agricultrices ». Lezinathi Daniel, une agricultrice de Sekolele dans le district de Lilongwe au Malawi, adhère à cette opinion : « J'ai toujours souhaité la création de ce genre de forum pour y soumettre mes problèmes ».

Au Malawi, le Ministre des finances, l'honorable Ken Kadondo, a assisté à l'une de ces représentations communautaires, suite à laquelle il a recommandé le recours au théâtre pour encourager le dialogue sur les problématiques cruciales qui touchent les femmes agriculteurs. Après une représentation devant 400 personnes à Marracuane au Mozambique, l'assistance a pris conscience des difficultés rencontrées par les femmes pour vendre leurs surplus de production sur les marchés. En réponse à cette problématique, l'administrateur du centre de recherche sur la santé Manhiça et un représentant du Forum des femmes vivant en milieu rural au Mozambique ont promis leur soutien pour aider les femmes des zones rurales à avoir accès aux intrants de production et à des conditions de marché équitables.

Dynamiser le projet pour l'avenir

En décembre 2011, CISANET, l'institution qui héberge le réseau FANRPAN au Malawi, a organisé une concertation politique au niveau national pour partager les résultats des recherches du projet WARM. Les chercheurs du Bunda College ont souligné la nécessité d'améliorer les structures existantes de distribution des intrants et des produits, les programmes de crédit, les technologies et les politiques pour faire en sorte que les besoins des femmes soient rencontrés. En réponse à ces recommandations, l'honorable Davie Luka MP, Président de la Commission de l'Agriculture et des Ressources naturelles du Parlement, a reconnu que de nombreuses barrières empêchent les femmes agriculteurs d'accéder facilement aux marchés agricoles.

Grâce au théâtre, les femmes ont pris confiance en elles (© FANRPAN)
Grâce au théâtre, les femmes ont pris confiance en elles
© FANRPAN

Teresa Sumbane, une femme du district de Marracuane au Mozambique, est l'une de ces agricultrices qui ont été entendues lors de cette concertation : « Lorsque j'ai été invitée à participer à un dialogue avec le Président de l'Etat, Hon Guebuza, j'étais en mesure d'exprimer clairement les besoins de mes congénères agricultrices », dit-elle. « Le TPA a donné la force aux femmes agriculteurs de parler tout haut de leurs difficultés », explique le Dr Sibanda. « Elles ont maintenant suffisamment de confiance en elles pour discuter avec les décideurs politiques et rassembler les informations pour soutenir leur quête de meilleures conditions de vie ».

La phase pilote du projet WARM touchant à sa fin, le FANRPAN se prépare à en diffuser les résultats et conclusions dans les 16 pays membres du réseau et à répondre aux défis politiques soulevés à ce jour au Malawi et au Mozambique. Selon le FANRPAN, il faut intégrer les meilleures pratiques dans les politiques et les mettre en œuvre à tous les niveaux. Et le Dr Sibanda de conclure : « ce projet peut servir de modèle et, avec un soutien adapté, peut être étendu à toute l'Afrique ».

* Le projet WARM est financé par la Fondation Bill & Melinda Gates

Ecrit par: Sithembile Mwamakamba et Lindiwe Majele Sibanda

Date de publication: avril 2012

 

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