Police de caractères: petite normale grande

 

 
  • Accueil
  • Articles de fond
  • A Mopti au Mali, mobilisation des communautés pour la gestion de leurs ressources naturelles

A Mopti au Mali, mobilisation des communautés pour la gestion de leurs ressources naturelles

Pour leur survie, les populations se rabattent sur les produits des pêches (© IFAD/Amadou Keita)
Pour leur survie, les populations se rabattent sur les produits des pêches
© IFAD/Amadou Keita

Diarra, agriculteur de Mopti, se souvient que quelques décennies plus tôt les pluies étaient régulières tout au long de l'année, les animaux présents et la végétation abondante et luxuriante. Aujourd'hui, il observe avec regret le changement qui se produit autour de lui. Les arbres meurent, le bétail périt, les crues diminuent.

La pression démographique et le changement climatique amoindrissent les réserves de ressources naturelles dans de nombreuses régions du Mali, contribuant ainsi à créer une situation de dégradation de l'environnement, de famine et de pauvreté croissante. Afin notamment de régénérer le potentiel écologique en dégradation dans les zones d'intervention, le Programme de fonds de développement en zone sahélienne (FODESA)*, est mis en œuvre dans la région sahélienne du centre du Mali. Il s'agit d'une initiative de gestion des ressources naturelles visant à aider les populations locales à restaurer les écosystèmes endommagés et à renforcer leur résilience face à un climat plus rude. « Ce programme a nettement contribué à résoudre les problèmes cruciaux de gestion des ressources naturelles que connaît le Delta intérieur du Niger ces dernières années », déclare Mamadou Tiero, coordonnateur du FODESA à Mopti, « car pour leur survie, les populations doivent se rabattre sur le peu de ressources existantes, essentiellement les produits de pêches, les essences forestières, la faune et la flore », ajoute t-il.

Rôle des communautés

Si le FODESA a officiellement démarré ses activités au Mali en 1999, le programme intervient dans la région de Mopti au cœur du Delta intérieur du Niger depuis cinq ans. Il appuie les initiatives définies par les communes, les villages ou les organisations à l'intérieur des villages.

A Mopti, les actions ont surtout ciblé les « points chauds ». Il s'agit, entre autres, des zones à vocation agro-sylvo-pastorale, des zones d'attente, des doumeraies et celles comportant d'importantes bourgoutières. Les groupements et associations ont en effet compris l'importance des zones humides et les enjeux qu'elles représentent pour l'équilibre du milieu et la vie.

Plante aquatique remarquable, le bourgou a fait l'objet d'une régénération sur mille hectares (© IFAD/Amadou Keita)
Plante aquatique remarquable, le bourgou a fait l'objet d'une régénération sur mille hectares
© IFAD/Amadou Keita

Des appuis apportés aux organisations paysannes, villages, communes et services techniques ont permis à ceux-ci d'élaborer des plans et outils de développement local et de réaliser des activités, telles que la plantation à grande échelle de bourgou, une herbe autochtone riche qui pousse dans les eaux peu profondes du delta, et représente l'une des contributions majeures du programme à la régénération de ce dernier. Le bourgou est l'une des nombreuses espèces en voie de disparition car la demande a dépassé le rythme de régénération naturelle. Plante aquatique remarquable qui a fait l'objet d'une régénération sur près de mille hectares, c'est aussi un fourrage prisé dans la région, qui permet une possibilité de fauche ou de pâture toutes les trois semaines. En tant qu'écosystème riche et varié, la bourgoutière accueille une diversité biologique importante: insectes, oiseaux, poissons, mammifères, reptiles etc.

Retombées économiques et diversification

Grâce à l'encadrement dont il a bénéficié, Coulibaly, éleveur du cercle de Youwarou, sait désormais comment cultiver le bourgou et conserver cette plante si importante pour le bétail. Et l'économie locale a reçu un vrai coup de souffle parce que le bourgou fait l'objet d'un commerce florissant pour l'alimentation du bétail et que ses graines entrent également dans l'alimentation humaine. « Désormais, nous avons suffisamment de bourgou pour pouvoir en vendre et en tirer des revenus pendant la période de soudure (pré-récolte) », assure Hama Barry du village de Youwarou, président de l'association d'éleveurs de Foulbé Wodébé.

L'exploitation des bourgoutières a notamment permis à la Coopérative des éleveurs de Korombana, dans le nord de Mopti, d'encaisser entre 2009 et 2010 des revenus d'environ 11.000 dollars. Une partie des fonds perçus est versée à la Commune au bénéfice de la collectivité et le reste va soutenir les activités de la coopérative.

De plus, pour encourager la diversification des sources de revenus, le FODESA engage les communautés à aménager de petits périmètres maraîchers et à cultiver des fruits et des légumes toute l'année afin de compléter leurs revenus et soutenir la productivité tout au long des cycles saisonniers. Les femmes formées au compostage et à l'entretien des sols ont développé et diversifié leurs cultures. Elles expliquent aussi que leur expertise s'est enrichie des meilleures façons de planter des arbres comme le baobab et autres plantes médicinales.

Des petits périmètres maraîchers sont aménagés afin de compléter les revenus (© IFAD/Amadou Keita)
Des petits périmètres maraîchers sont aménagés afin de compléter les revenus
© IFAD/Amadou Keita

« Grâce à la stratégie qu'il continue à développer pour un changement de comportement des acteurs locaux de développement et des communautés à la base, le FODESA se félicite de présenter un bilan de réalisations très encourageant », se réjouit M. Tiero. Jusqu'à présent, dans la région de Mopti, le FODESA a permis, la réalisation de 16 périmètres agro-forestiers de 21 hectares, la mise en place de 14 pépinières de production de plants et plusieurs autres actions de protection de l'environnement. Par ailleurs, les municipalités des cercles de Mopti ont élaboré des conventions de mise en défens de 3.505 ha de forêts humides et les villageois ont créé 10 périmètres de reboisement de 9 hectares.

Réduire la pauvreté avant tout

Si le programme a suscité des réactions enthousiastes, Mamadou Tiero reconnaît que la permanence de la pauvreté dans le milieu constitue toujours une menace pour les actions. En effet, malgré la sensibilisation, beaucoup continuent de dégrader les ressources en recourant par exemple encore à des pratiques prohibées de pêche. « Le défi majeur est d'arriver à réduire davantage la pauvreté pour mieux parvenir au changement de comportement », espère-t-il.

Le manque d'expérience des collectivités locales, en particulier dans le domaine des projets environnementaux, l'enclavement et l'immensité de la zone en partie submergée plusieurs mois de l'année complexifient également le travail du programme. « La situation est de plus en plus difficile, avec les effets du changement climatique qui se font sentir cruellement, mais il ne faut pas baisser les bras, des solutions existent comme le montre le programme qui offre à la population les instruments dont elle a besoin pour régénérer et protéger ses ressources », encourage Rémy Philippe, chargé de portefeuille pour le Mali du FIDA. « De plus, les producteurs s'organisent du niveau local au niveau national et constituent des partenaires de plus en plus conscients de la situation, pourvoyeurs de solutions adaptatives et moteur du changement ».

Le FIDA œuvre actuellement avec les municipalités locales pour les aider à faire de la gestion des ressources un élément significatif de leurs plans de développement et à tisser des liens plus étroits avec les associations villageoises, de sorte qu'un système de soutien reste en place pour des initiatives futures en matière de gestion des ressources.

Ne pas baisser les bras

La formation des femmes assure la disponibilité des personnes-ressources au sein des OP (© IFAD/Amadou Keita)
La formation des femmes assure la disponibilité des personnes-ressources au sein des OP
© IFAD/Amadou Keita

A titre illustratif, l'alphabétisation et la formation des femmes en gestion a commencé assurant la disponibilité de personnes-ressources au sein des organisations paysannes pour la bonne gestion technique et administrative de leurs structures. « Il faut continuer par la sensibilisation à leur faire appréhender les enjeux de la dégradation des ressources naturelles », insiste Tiero. Dans la Commune de Korombana, les 15 membres du comité de gestion de la coopérative des éleveurs ont été sensibilisés aux droits des pasteurs et leurs devoirs de préservation de l'environnement régis par la charte pastorale malienne.

Pour mobiliser encore les communautés, les responsables du programme font appel aux émissions de radio et de télévision pour diffuser des messages, des visites d'échange sont et continueront d'être organisées à l'intention des élus locaux et des communautés pour leur permettre de s'inspirer des bonnes pratiques dans d'autres régions du Mali.

« C'est de cette façon que le FODESA va continuer à développer sa stratégie pour la lutte contre la pauvreté dans cette région », promet Tiero.

* Le FODESA, financé par le FIDA, travaille en partenariat avec le Fonds pour l'environnement mondial (FEM), le Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF), l'Etat Malien et les populations

Avec la collaboration de: Godefroy Chabi

Date de publication: mai 2012

  • Accueil
  • Articles de fond
  • A Mopti au Mali, mobilisation des communautés pour la gestion de leurs ressources naturelles
 

The New Agriculturist is a WRENmedia production.

Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre navigation. En continuant de le parcourir, vous marquez votre accord sur le fait que nous ayons recours aux cookies.
J'accepte
Pour en savoir plus