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Mise en valeur du lait pour les marchés à haute valeur ajoutée en Ouganda

La transformation du lait en beurre local est traditionnellement entreprise par les femmes (© Rosemirta Birungi)
La transformation du lait en beurre local est traditionnellement entreprise par les femmes
© Rosemirta Birungi

Les communautés pastorales et agro-pastorales de l'Ouganda possèdent environ 90 % de la population totale du bétail et fournissent 85 % de la production totale de lait commercialisé et de viande bovine. Si le lait est un produit hautement périssable qui exige des processus de transformation pour allonger sa durée de vie, il offre, ainsi que la large gamme de produits dérivés, de nombreuses possibilités de valeur ajoutée économiquement viables.

Apporter une haute valeur ajoutée au lait est une stratégie importante pour améliorer l'accès aux marchés, le pouvoir de négociation et les moyens de subsistance parmi les communautés dépendantes de l'élevage. De plus, des études de marché et de consommateurs dans la Région de l'Afrique Centrale et de l'Est (ACE) ont révélé l'existence d'opportunités et la demande croissante pour les produits laitiers à valeur ajoutée. « La mise à niveau du lait adaptée aux produits de consommation désirés est une stratégie d'entrée pour les marchés à haute valeur ajoutée, en particulier dans les zones urbaines et péri-urbaines », explique Rosemirta Birungi, responsable de programme à l'AFID (Agence de développement inter-régional en Ouganda).

Toutefois, la mise à niveau du lait nécessite l'identification des opportunités de marché et la réalisation de stratégies de modernisation pour fournir des produits correspondant aux demandes des consommateurs. IDI (Innovations Development and Incubation), un projet mis en œuvre par différentes institutions de recherche, universités, l'AFID et financé par ASARECA* a donc vu le jour en 2009 afin de permettre aux acteurs des chaînes de valeur d'exploiter les possibilités du marché pour les produits laitiers à valeur ajoutée.

Le rôle des femmes dans la transformation et la commercialisation

Malgré les efforts, des problèmes liés à l'emballage et au refroidissement du beurre ont rapidement fait surface (© Rosemirta Birungi)
Malgré les efforts, des problèmes liés à l'emballage et au refroidissement du beurre ont rapidement fait surface
© Rosemirta Birungi

Parmi les communautés agro-pastorales, la transformation du lait en beurre local, traditionnellement entreprise par les femmes, est une valeur ajoutée. Le beurre local est traité à partir du lait de vache, à l'aide de calebasses dans lesquelles le lait est versé, mis à fermenter pendant 2-3 jours, secoué vigoureusement tous les matins et soirs. Le beurre se sépare alors des résidus de lait fermenté, et forme une couche supérieure, qui est ensuite récupérée dans un récipient. Ensuite, les femmes vendent le beurre local en vrac le long des routes et aux commerçants urbains. Elles se placent stratégiquement près des ​marchés satellites situés à des points d'arrêt populaires pour les bus, le long des routes fréquentées et contribuent ainsi à une chaîne de valeur en développement.

Toutefois,malgré la popularité du beurre local, celui-ci n'a pas conquis le marché des consommateurs dans les zones urbaines et péri-urbaines. Le projet 'Evaluations du marché et des consommateurs' de l'ACE a établi que la plupart des consommateurs potentiels refusaient d'acheter le beurre local pour des raisons d'hygiène, de qualité et de contamination éventuelle. Ces facteurs ont été attribués à de mauvaises pratiques le long des chaînes de valeur de la transformation du beurre et du lait parce que malgré les efforts des femmes pour vendre le beurre à des endroits stratégiquement bien placés, des problèmes liés aux méthodes d'emballage et du refroidissement du beurre ont surgi rapidement.

Le programme IDI comme voie d'accès aux marchés

C'est en considérant ces contraintes liées à l'accès au marché que le programme de commercialisation Innovations Development and Incubation (IDI) de l'AFID a été conçu, avec pour objectif de renforcer la capacité des femmes à exploiter les opportunités du marché et particulièrement des produits dérivés à valeur ajoutée comme le beurre local. Des innovations ont rapidement fait leur apparition et dès lors, le 'ghee' ou beurre clarifié, un produit dérivé du beurre local, a été envisagé en raison de sa commercialisation potentielle. Il s'obtient en faisant bouillir du beurre : la partie aqueuse du petit lait se vaporise et le reste se divise en petits grumeaux que leur densité précipite au fond du récipient. Il suffit alors de le tirer au clair et de le mettre ensuite dans un récipient transparent et dans un endroit frais où il pourra se solidifier.

Transformatrices et vendeuses de ghee (© Rosemirta Birungi)
Transformatrices et vendeuses de ghee
© Rosemirta Birungi

Les femmes transformatrices et les vendeuses ont été formées par le Bureau de normalisation pour veiller au bon déroulement de la transformation et de la commercialisation des produits (hygiène, qualité, sécurité, normes et environnement favorable). Sous la bienveillance de M. Kurwijila Lusato (Université de Sokoine) et l'équipe régionale, des leaders ont été diplômées et des conseils d'experts ont été prodigués aux femmes régulièrement. Des innovations pour l'emballage, le marquage, l'étiquetage, la promotion, l'hygiène et la sécurité des produits ont été élaborées et distribuées aux femmes transformatrices et aux vendeuses.

Parmi les diplômées, Madame Gertrude Birungi, leader en Innovations, a été sélectionnée pour participer au programme IDI qui l'a soutenue pour le développement de ses produits, l'accès au marché, l'établissement des liens avec les acheteurs, le suivi et l'évaluation de l'innovation, entre autres. Elle a également participé à la première Assemblée Générale d'ASARECA en décembre 2011 afin de présenter son ghee à valeur ajoutée comme test pour pénétrer le marché de consommateurs à forte valeur ajoutée.

Les recettes du succès

Le programme IDI a été particulièrement utile en termes de perspectives de commercialisation et de diffusion de l'innovation à plus grande échelle. « Notre beurre local, amashita, est très important parce que nous dépendons uniquement de ce produit pour payer les frais et nous occuper de nos enfants », raconte Gertrude Birungi. « L'innovation liée à l'emballage a été très positive, parce qu'elle a attiré les clients et beaucoup pensent que j'ai une usine de transformation du ghee, parce que les étiquettes et le conteneur présentent bien », ajoute-t-elle.

Cependant, certains clients considèrent encore le prix comme étant élevé par rapport au beurre local/non transformé et il est nécessaire de mener une campagne de sensibilisation à propos de la valeur ajoutée du ghee emballé et étiquetté. « IDI est un programme participatif qui permet d'accéder aux marchés », souligne Rosemirta Birungi. « Les utilisateurs possèdent leurs produits et sont prêts à les commercialiser après le financement du projet. Mme Birungi passe maintenant ses commandes pour les conteneurs étiquetés du ghee et paie 1US $ pièce par le biais de l'AFID ».

Gertrude Birungi espère pénétrer le marché à forte valeur ajoutée (© Rosemirta Birungi)
Gertrude Birungi espère pénétrer le marché à forte valeur ajoutée
© Rosemirta Birungi

Considérer la valeur ajoutée pour le consommateur est essentiel pour la mise à niveau du produit. Ensuite, des études sur les possibilités contribuent à développer un plan stratégique. Les opportunités sont généralement liées aux marchés à haute valeur ajoutée, où l'on est prêt à payer pour des produits à valeur ajoutée avec les caractéristiques adaptées telles la qualité, la sécurité, la norme, l'hygiène, le marquage et l'emballage. Un suivi et une évaluation continus, de même qu'une 're-conception' de l'innovation sont également très importants. Selon Rosemirta Birungi, « il est indispensable d'adopter une approche commerciale, dès le début du programme, qui permettra la diffusion de l'innovation après le projet ».

* Ce programme est financé par l'Association pour renforcer la recherche agricole en Afrique orientale et Afrique centrale (ASARECA) et mis en oeuvre par les Instituts de recherche KARI (Kenya) et EIAR (Ethiopie), l'Université de Sokoine (Tanzanie), l'Université nationale du Rwanda et l'Agence de Développement AFID, partenaire principal en Ouganda.

Ecrit par: Rosemirta Birungi

Date de publication: mai 2012

 

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