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Les ex-combattantes font du riz une arme de développement au Burundi

De nombreuses femmes ex-combattantes ont été exclues des programmes officiels de réintégration (© IRRI)
De nombreuses femmes ex-combattantes ont été exclues des programmes officiels de réintégration
© IRRI

Les conflits ethniques qui affectaient de longue date le Burundi ont éclaté en 1993 en une guerre civile qui a duré 12 ans et laissé derrière elle plus de 200.000 morts. Pendant cette guerre, les femmes du Burundi n'ont pas seulement caché, nourri et soigné les combattants - des hommes parmi lesquels se trouvaient leurs fils, leurs frères et leurs maris, mais elles ont été enrôlées elles aussi dans les armées et ont porté les armes. Après le conflit, nombre de ces ex-combattantes, physiquement et psychologiquement meurtries, se sont retrouvées sans argent et sans ressources pour remettre sur pied leurs activités ou reconstruire leurs moyens de subsistance. Exclues de la société, elles sont devenues des parias.

Les Nations Unies et d'autres organisations travaillent avec les gouvernements à la réintégration dans la société des ex-combattants. Mais au Burundi, pour être pris en compte dans le cadre du programme onusien de désarmement, de démobilisation et de réintégration, les ex-combattants devaient soit posséder une arme à feu ou y avoir un accès direct, soit réussir un test d'aptitude au maniement des armes, ce qui a eu pour conséquence d'exclure de nombreuses femmes ex-combattantes des programmes officiels de réintégration.

Echanger les munitions contre des formations

Les femmes ont appris la culture du riz dans le cadre de champs-écoles (© IRRI)
Les femmes ont appris la culture du riz dans le cadre de champs-écoles
© IRRI

En 2009, plusieurs organisations, financées par la Fondation Howard Buffet, se sont regroupées pour aider les femmes du Burundi qui en tant qu'ex-combattantes « officieuses » étaient passées au travers des mailles du filet des programmes de réintégration. L'Institut international de recherche sur le riz (IRRI) a ainsi eu pour objectif d'améliorer les revenus de ces femmes en leur enseignant comment cultiver le riz et en introduisant de nouvelles techniques de production rizicole. « L'IRRI et CARE ont réparti environ 400 femmes ex-combattantes en 10 groupes pour faire pousser du riz sur 10 hectares de terres », explique Joseph Rickman, coordinateur régional de l'IRRI pour l'Afrique de l'Est et Australe. « Le projet a fourni le financement de départ nécessaire pour louer les terres, acheter les semences et les engrais, et les femmes de leur côté ont apporté leur force de travail. Chaque groupe bénéficiait d'une visite hebdomadaire de l'équipe du projet qui dispensait à cette occasion les formations nécessaires ».

Les femmes ont appris la culture du riz dans le cadre de champs-écoles. Des représentantes des groupes de femmes ont ainsi été formées à toutes les étapes de la production rizicole, de la préparation de la terre à la récolte du riz et aux techniques de séchage. De retour dans leurs champs, ces femmes ont alors partagé leurs connaissances. « Grâce aux bénéfices dégagés lors de la première saison, les femmes ont pu payer elles-mêmes les terres et les intrants l'année suivante », rapporte Joseph Bigirimana, chercheur et coordinateur pour l'IRRI au Burundi. « Ces ex-combattantes burundaises prennent leurs vies en main, elles avaient juste besoin d'un coup de pouce », ajoute-t-il. « Et maintenant, elles aident notre pays à atteindre l'autosuffisance en riz et à construire un avenir plus stable pour tous les burundais ».

La parole aux femmes

Elisabeth Nibigira :  Maintenant, je produis mon propre riz et je peux en manger avec mes enfants chaque fois que j'en ai envie . (© IRRI)
Elisabeth Nibigira : Maintenant, je produis mon propre riz et je peux en manger avec mes enfants chaque fois que j'en ai envie .
© IRRI

Lors d'une interview avec un groupe de femmes impliquées dans ce projet, toutes ont souligné que l'aspect le plus important de celui-ci était la possibilité qui leur a été offerte d'accéder à la terre. Scola Simbandumwe, une des participantes, s'explique : « Nous avons pu obtenir de l'argent pour louer des terres et faire pousser du riz, ce qui nous a permis de nourrir notre famille ». Et elle ajoute : « Nous avons appris des techniques pour améliorer notre production rizicole. Nous utilisons maintenant moins de semences pour la même surface de terre et nous utilisons par ailleurs des engrais en quantité suffisante, contrairement à avant, où nous n'en utilisions que de petites quantités parce que nous n'avions pas les moyens d'en acheter ».

Elisabeth Nibigira, mère de quatre enfants, est l'une des agricultrices en cours de formation. Elle raconte : « J'ai le sentiment maintenant de faire à nouveau partie de la société. Je n'ai plus peur des gens, comme pendant ma vie de combattante ; et les autres ne me regardent plus comme une ex-combattante paria ». « Lorsque je ne cultivais pas moi-même du riz », ajoute-t-elle, « je n'en mangeais que lors des jours de fête ou après avoir été payée pour des travaux lourds. Maintenant, je produis mon propre riz et je peux en manger avec mes enfants chaque fois que j'en ai envie ».

Les femmes souhaitent vivement continuer à développer leurs compétences et leurs techniques de production du riz. Elles veulent mécaniser et améliorer l'efficacité de leur activité pour augmenter les profits et diminuer la charge de travail. « La première chose que nous voudrions acquérir est un moulin parce qu'il aura un impact immédiat vu que nous ne devrons plus payer pour faire moudre notre riz », explique Nibigira. « D'autres agriculteurs viendront chez nous pour moudre leur riz, ce qui nous procurera de l'argent pour nourrir nos familles. Nous pourrons en plus produire du son de riz pour nourrir nos bêtes ou pour le vendre ».

Recherche participative

Les femmes ont le sentiment de faire à nouveau partie de la société (© IRRI)
Les femmes ont le sentiment de faire à nouveau partie de la société
© IRRI

L'IRRI et des étudiants de l'Université du Burundi ont mené des essais participatifs de sélection variétale dans le cadre desquels les femmes ont choisi les meilleures variétés de riz parmi celles cultivées dans des plantations tests qui comparaient des variétés locales et des nouvelles variétés potentielles. Associer les femmes dans le processus de sélection favorise le développement d'une collaboration et leur connaissance sur les variétés - savoir lesquelles sont les meilleures et pourquoi. Les variétés sont testées sur leur capacité à être productives dans différents environnements de culture à travers le Burundi et sur leurs qualités respectives, notamment leur résistance aux maladies locales comme la pourriture des gaines et la pyriculariose, et leur tolérance à la salinité, au froid et à la toxicité ferreuse. Un certain nombre de variétés spécialement adaptées au Burundi devraient voir le jour prochainement grâce à ces essais. Les résultats de ces essais en exploitations permettront également d'accélérer l'homologation des nouvelles variétés, que les groupes de femmes pourront utiliser pour produire plus de grains.

Date de publication: juin 2012

 

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