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En Ethiopie : mieux s'intégrer socialement dans les villes grâce aux jardins potagers

Les programme des jardins potagers urbains est opérationnel en Ethiopie depuis 2008 (© Pol Cucala)
Les programme des jardins potagers urbains est opérationnel en Ethiopie depuis 2008
© Pol Cucala

Quand Meaza Birhanu a appris qu'elle était séropositive à 39 ans, sa vie s'est écroulée. « Je suis restée au lit longtemps. Ma famille à la campagne ne voulait pas de moi, comme si le virus du sida allait sortir de mon corps et les contaminer eux ». En 2009, Meaza a rejoint une organisation s'adressant aux personnes vivant avec le VIH, située près de Bahir Dar, qui lui a facilité l'accès aux médicaments indispensables et l'a convaincue de sortir du lit et d'agir. Un an plus tard, le groupe de 55 membres, dénommé Kale hiwot (promesse de vie), avait établi un partenariat avec le Programme des jardins potagers urbains (PJU) pour les femmes et les enfants affectés par le VIH / SIDA, financé par l'USAID* et commencé à travailler la terre à proximité des rives du Nil. Et dès 2010, les conditions de vie de Meaza, devenue agricultrice urbaine, ont changé radicalement. « J'ai de nouveau eu un but, aller travailler dans les jardins, puis gagner de l'argent », explique-t-elle. « Je me suis réveillée ». Kale hiwot a d'abord planté du maïs et vendu les épis au marché, puis ils ont pu diversifié leurs activités et intégrer un petit élevage laitier aux jardins potagers, des ruches, et produire de la mélasse.

Des légumes en complément de traitements rétroviraux

Le programme des jardins potagers urbains (PJU) de l'USAID est opérationnel en Ethiopie depuis 2008. Le projet - financé par le Plan d'urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le sida (PEPFAR) - vise à améliorer la santé des femmes et des enfants touchés par le VIH à l'aide de légumes nutritifs, dont la haute teneur en énergie, vitamines, fibres alimentaires et minéraux, apportent un complément aux traitements antirétroviraux. Depuis sa création, il y a 4 ans, le programme a rassemblé environ 330 groupes et facilité la mise en place de jardins potagers dans les écoles, les communautés ou encore les foyers dans 23 villes d'Ethiopie. Plus de 20.000 'jardiniers' ont été formés en 2011, et ils utilisent désormais des techniques de contrôle biologique des parasites, de compostage, de prévention de l'érosion des sols de même que de nouvelles méthodes de vente et de marketing. L'idée sous jacente étant de promouvoir 'l'apprentissage horizontal' et l'échange de connaissances entre les jardiniers, le staff du programme et la communauté au sens large.

Les bénéfices sociaux associés aux jardins potagers sont plus importants que les avantages économiques pour les personnes vivant avec le VIH (© Tom Cole)
Les bénéfices sociaux associés aux jardins potagers sont plus importants que les avantages économiques pour les personnes vivant avec le VIH
© Tom Cole

Chaque jardinier reçoit une parcelle de 25 m2 allouée par les kebele (plus petite sous-division administrative en Ethiopie). Il est d'ailleurs essentiel de garantir la sécurité des parcelles de terre allouées et à cet effet, le programme implique directement les kebele comme partenaires dans leurs projets. Certains allouent les terres pour deux ans, d'autres pour beaucoup plus longtemps. Le programme distribue aussi des sacs de culture dans lesquels les ménages feront pousser des légumes. Mettre en place des potagers basés sur des techniques agricoles traditionnelles et les adapter à un environnement urbain permet aux jardiniers de développer des compétences qui sont déjà testées et appréciées. Le PJU a d'ailleurs produit un manuel ('Tips & tricks field manual') permettant aux uns et aux autres de partager des techniques locales telles que par exemple le 'double enfouissage' qui favorise le drainage du sol et son aération ou la mise en place d'un kit d'irrigation goutte-à-goutte. Les jardiniers de Bahir Dar peuvent donc bénéficier directement des techniques utilisées par ceux d'Adama.

Jardiner pour regagner un statut social

« Si les jardins potagers urbains sont un outil efficace pour améliorer la nutrition mais aussi diminuer la pauvreté en Ethiopie, en permettant aux jardiniers d'améliorer leurs revenus, le projet va plus loin » explique Tsige Teferi, Directrice du Programme JPU. « Peu de gens considèrent les bénéfices sociaux associés aux jardins potagers » ajoute-t-elle. « Le programme a en effet mené une étude en partenariat avec l'Université de Tufts sur les bénéfices de l'agriculture urbaine à travers l'Ethiopie prenant en compte 15 groupes et autant de potagers des écoles dans 4 villes », continue-t-elle. « Si l'étude se penche d'abord sur les indicateurs traditionnels de gains financiers et la consommation de légumes, les chercheurs, grâce à des méthodes participatives, ont également retenu les avantages sociaux avancés par les bénéficiaires tels que l'acceptation sociale dans la communauté et la confiance en soi ».

Les micro jardins potagers sont également mis en place dans les écoles (© Pol Cucala)
Les micro jardins potagers sont également mis en place dans les écoles
© Pol Cucala

En effet, lorsque les participants ont été invités à évaluer les avantages du jardinage urbain selon leur importance, les bénéfices sociaux l'emportaient nettement sur les avantages en termes de santé ou économiques. Le statut social est d'une importance considérable à la fois au sein des familles et des communautés. « Les participants au programme USAID/PJU sont souvent la cible de discrimination en raison de leur statut VIH / SIDA », s'indigne Tsige Teferi. « Dès lors, prouver que l'on peut fournir la même quantité de travail, sinon plus, que ceux qui ne sont pas malades et être considérés comme des agriculteurs urbains capables de surmonter les obstacles de la vie permet de regagner un statut social enviable ».

Des jardins potagers éducatifs

De plus, le programme des jardins potagers urbains travaille également avec les écoles, encourageant les 'micro jardins potagers'. Le PJU a commencé à promouvoir les micro jardins dès fin 2008 pour faire face aux problèmes d'accès aux terres et au manque d'eau à travers les zones urbaines en Ethiopie. « Le plus gros problème concerne les sources d'eau », assure Tsige Teferi. « Dans ce but, le JPU encourage les puits peu profonds creusés à la main ou le forage de trous de sonde ».

Des concours à l'échelle du pays enseignent aux enfants que la culture des légumes est possible partout (© Nicholas Parkinson)
Des concours à l'échelle du pays enseignent aux enfants que la culture des légumes est possible partout
© Nicholas Parkinson

Des événements interactifs tels que des concours à l'échelle du pays enseignent aux enfants que la culture des légumes est possible partout. A cet effet, des sacs de culture et des semis sont distribués à des équipes d'environ 5 enfants pour démarrer leurs projets trois mois avant le concours et ils sont encouragés à utiliser différents types de conteneurs tels des vieux pneus, seaux etc. Chaque équipe est ensuite jugée pour la créativité de son micro jardin, pour la qualité de ses légumes et sa production, ainsi que pour l'esprit d'équipe.

En 2012, 2100 enfants, enseignants et administrateurs de plus de 69 écoles ont déjà participé à des concours dans 12 villes d'Ethiopie. « En donnant aux écoliers les compétences et les outils de jardinage, nous créons des jardiniers auto-suffisants. De plus en plus de gens se déplacent vers les villes et le jardinage urbain prendra une importance croissante. Jardiner est aussi une compétence qui servira toute une vie », affirme le directeur de l'USAID Ethiopie, Thomas Staal.

* USAID Urban Gardens Program(UGP) for HIV/AIDS Affected women and children

Avec la collaboration de: Nicholas J Parkinson

Date de publication: juin 2012

 

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