Police de caractères: petite normale grande

 

 

L'exportation de piments oiseaux provenant d'Ouganda vers l'Europe : une vraie réussite commerciale

Anyoti Peronaci espère s'approvisionner en piments auprès de 3.000 cultivateurs en 2011 (© Pamela Anyoti Peronaci)
Anyoti Peronaci espère s'approvisionner en piments auprès de 3.000 cultivateurs en 2011
© Pamela Anyoti Peronaci

En 2007, Pamela Anyoti Peronaci décide de se lancer dans l'exportation de piments oiseaux provenant d'Ouganda vers l'Europe. « Mon but était d'exporter un premier container et d'obtenir ainsi un capital à réinvestir dans l'affaire afin de la développer », dit-elle. Depuis ses modestes débuts où elle travaillait avec 15 veuves qu'elle a formées et approvisionnées en intrants, Anyoti Peronaci a mis en place un système d'agriculture contractuelle qui en 2010 comptait 1250 petits exploitants et a exporté 24 tonnes. Son objectif pour 2011 : s'approvisionner en piments auprès de 3000 agriculteurs pour desservir un marché qui selon elle peut facilement atteindre 100 tonnes par an.

Le regroupement de la production de petits exploitants est au cœur de son modèle économique. Chacun de ses fournisseurs cultive à peine 20 ares de piments dont il espère pouvoir récolter plus ou moins 160 kilos. En recourant à des achats groupés plutôt qu'individuels, sa société Sunshine Agro Products peut toutefois leur offrir un prix très compétitif - entre 1,70 et 2 US$ le kilo - tout en couvrant ses propres coûts et en dégageant un bénéfice.

Un plan commercial solide

Sa réussite, Anyoti Peronaci la doit à un plan commercial particulièrement solide. Elle lui a valu en outre l'honneur d'être désignée parmi les meilleurs nouveaux entrepreneurs d'Afrique lors Forum Agro-business EMRC qui s'est tenu en 2010 à Kampala. Elle reconnait toutefois qu'elle n'est pas un entrepreneur ordinaire : titulaire d'un Master en Economie agricole, elle a travaillé pour la FAO (Division des politiques), a suivi une formation au World Trade Institute de Berne (Suisse), et également passé quelque temps en Belgique au sein d'une société internationale de négoce de matières premières.

Au départ, Anyoti Peronaci a lancé son affaire modestement en tenant compte des moyens financiers dont elle disposait. Une partie du capital provenait de ses propres économies mais elle a aussi démarché des donateurs en vue de financer la formation des producteurs et l'approvisionnement en jeunes plants, et s'est également associée avec une entreprise privée. Selon Anyoti, l'entrepreneur qui n'a pas un capital suffisant éprouvera des difficultés pour survivre. « Personne ne veut financer une start up. Les banques n'interviennent que si vous pouvez offrir des garanties. Vous devez avoir de l'argent pour assurer l'activité jusqu'aux premières ventes », dit-elle. Elle estime que c'est seulement après deux années d'activité florissante qu'il vaut la peine de se présenter à la banque.

En 2010 Anyoti Peronaci a exporté 24 tonnes de piments oiseaux (© Pamela Anyoti Peronaci)
En 2010 Anyoti Peronaci a exporté 24 tonnes de piments oiseaux
© Pamela Anyoti Peronaci

La clé du succès réside également dans le choix qu'elle a fait d'une bonne équipe de gestion. « Vous avez besoin de collaborateurs qui ont un état d'esprit positif, qui comprennent l'importance de l'honnêteté, de l'engagement et de l'effort », commente t-elle. Anyoti a actuellement sept employés à temps plein qui accomplissent un travail fantastique et comprennent parfaitement les rouages de l'entreprise. Elle envisage d'augmenter non seulement le nombre de petits exploitants avec qui elle travaille mais également la gamme des produits qu'elle exporte. Sa société procède notamment à la multiplication de semences en vue d'introduire la culture du gingembre pour la fin de l'année 2011. Elle se lance également dans la production du cacao et offrira ainsi du travail à 12.000 agriculteurs qui n'ont à ce jour aucune autre source de revenu. D'ailleurs, son intérêt pour le cacao a incité le président ougandais Museveni, invité d'honneur au Forum EMRC et sensible au développement de créneaux commerciaux porteurs, à lui demander sa carte.

Un projet qui passionne

La renommée acquise lors du Forum de Kampala a suscité l'intérêt de plusieurs institutions financières, dont la Rabobank, Swiss Contact (Swiss Foundation for Technical Cooperation) et Root Capital. Anyoti Peronaci vient juste de signer un protocole d'accord avec Swiss Contact portant sur le cofinancement de la formation d'agronomes et d'agriculteurs dans le domaine de la production et de la propagation de variétés de cacao à haut rendement. Parallèlement, le Ministre de l'Agriculture ougandais tient à ce que Sunshine développe des activités agroalimentaires du même type dans d'autres régions du pays.

Anyoti Peronaci insiste également sur l'importance du Forum où elle a appris comment renforcer son plan commercial pour susciter de nouveaux financements. Elle est déterminée à prouver que les petites exploitations agricoles ont un avenir si on leur offre la possibilité de se concentrer sur des cultures à haut rendement, d'améliorer leurs techniques agricoles et d'envisager une approche plus organisée du marché, notamment par la création de groupements d'agriculteurs. Il faut savoir saisir sa chance.

50% des exploitants collaborant avec Anyoti Peronaci sont des femmes (© Pamela Anyoti Peronaci)
50% des exploitants collaborant avec Anyoti Peronaci sont des femmes
© Pamela Anyoti Peronaci

L'un des thèmes majeurs des discussions menées lors du forum de Kampala posait la question de savoir si l'insécurité alimentaire devait être perçue comme une tragédie ou une opportunité. Anyoti Peronaci est catégorique : si l'agriculture marchande ne met pas directement de la nourriture dans l'assiette des gens, elle leur profite tout autant en mettant de l'argent dans leurs poches, pour autant que les producteurs reçoivent un prix équitable en échange de leur travail. Cinquante pour cent des exploitants qui collaborent avec Anyoti Peronaci sont des femmes et, selon elle, ses exploitants ont chacun à leur charge une famille composée d'environ huit membres. Se référant à la récente augmentation du prix des denrées alimentaires et des matières premières, elle se montre également optimiste en ce qui concerne les nouvelles opportunités offertes par le marché du commerce agricole.

« Quand j'ai dit à mon amie que j'allais me lancer dans cette affaire, elle m'a regardée et a dit, 'Tu sais, je ne vois que des ennuis à l'horizon'. Et je lui ai répondu, 'Tu sais, je vois également des opportunités'. Nous avions toutes les deux raison mais il s'est avéré que j'avais plus raison : parce que malgré les problèmes, il y a des tonnes d'opportunités ».

Date de publication: juillet 2011

 

Donnez votre avis

Please keep thwornig these posts up they help tons. (posted by: Joan)

 

The New Agriculturist is a WRENmedia production.

Ce site web utilise des cookies pour améliorer votre navigation. En continuant de le parcourir, vous marquez votre accord sur le fait que nous ayons recours aux cookies.
J'accepte
Pour en savoir plus