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Mozambique : Gestion durable du milieu marin par les communautés locales

Le Parc National Quirimbas est le premier parc naturel établi à la requête de ses habitants (© Alvo Ofumane/WWF Mozambique)
Le Parc National Quirimbas est le premier parc naturel établi à la requête de ses habitants
© Alvo Ofumane/WWF Mozambique

La côte nord-est du Mozambique est l'écrin d'incroyables forêts côtières, de riches récifs coralliens et de mangroves. Pourtant des pratiques de pêche dévastatrices et non réglementées n'ont laissé dans ces eaux que de petits poissons et ont mis en péril le délicat écosystème de ces régions. En 2002, des communautés locales ont demandé qu'une surface de 750.639 hectares le long des côtes soit protégée en tant que parc national. Le Parc National Quirimbas est ainsi né, et c'est le premier parc naturel au monde qui a vu le jour à la requête de ses habitants.

Avec l'aide d'une ONG locale, l'Association pour l'environnement (AMA), et le Fonds mondial pour la nature (WWF), les 100.000 résidents du parc continuent de pêcher tout en appliquant des restrictions strictes quant à la capture. Des Conseils communautaires pour la pêche, formés par WWF, surveillent des zones protégées de non pêche (« sanctuaires ») qui font office de zones d'élevage. Pêcher dans ces sanctuaires est passible de sanctions, dont la confiscation du matériel, et surtout la critique du reste de la communauté pour les contrevenants. Cette méthode de gestion a eu pour résultat une forte croissance du peuplement des eaux, et principalement en ce qui concerne les huîtres perlières (Pinctada capensis). Un système minutieux de rotation des zones de pêche a également été mis en place : les pêcheurs peuvent ainsi ramasser des huîtres en quantités accrues dans les zones ouvertes à la capture.

Un esprit communautaire fort

Dans ce système de gestion marine, la séparation entre les zones de pêche par rotation et les sanctuaires est physiquement marquée par des balises posées sur le fond marin et reliées entre elles par une corde visible à la surface de l'eau. Les différentes zones sont surveillées par des membres des Conseils communautaires pour la pêche. Ces derniers réglementent également le moment où la capture peut se faire, généralement à marée basse. Le département Contrôle des Services publics provinciaux pour la pêche est pleinement associé au projet ; il est responsable de l'inspection du matériel de pêche et veille ainsi à la légalité de la taille du maillage des filets utilisés ainsi qu'au recours à des pratiques durables pour le ramassage des huîtres et la capture des poissons.

Des mangroves ont été replantées pour tenter de restaurer le délicat écosystème de ces régions (© Alvo Ofumane/WWF Mozambique)
Des mangroves ont été replantées pour tenter de restaurer le délicat écosystème de ces régions
© Alvo Ofumane/WWF Mozambique

La mise en œuvre concrète du projet n'a pas rencontré de résistance particulière, et pour cause, comme l'explique Sean Nazerali, conseiller technique WWF, « la délimitation géographique et l'implémentation des zones de non pêche ont été réalisées avec et par les communautés locales. Elles sollicitent notre aide pour mettre en place les zones de non pêche et de capture par rotation, même dans des villages se situant en dehors du parc ».

Les Conseils permettent également aux communautés de discuter des restrictions à la capture si celles-ci s'avèrent préjudiciables à leurs moyens d'existence ou aux réserves. Par exemple, la réouverture d'une zone de rotation après une période de fermeture de six mois avait mené à des récoltes très importantes. Cette situation a incité la communauté concernée à solliciter pour l'avenir une réduction de la période de rotation à trois mois afin de mieux rythmer la capture et garantir une plus grande stabilité des stocks. Les pêcheurs trouvent ainsi un équilibre entre rendements durables et nécessité de tirer un revenu de leur travail ; ils sont également plus attentifs aux cycles de reproduction des huîtres et choisissent d'eux-mêmes d'aller ramasser ailleurs lorsque seules de petites huîtres peuplent une zone.

Pimenter la production

Les communautés du parc utilisent traditionnellement les huîtres perlières comme complément alimentaire, sous forme de sauce pour le riz. Les huîtres sont vendues dans les marchés locaux en vrac pour environ 0,60 US$ le kilo - une pratique peu rentable. Mais grâce à des méthodes simples de création de valeur ajoutée, les revenus ont été multipliés par six.

Les membres de la communauté qui s'occupent de la transformation des produits pêchés, principalement des femmes, ont été formés à des techniques de pré-cuisson, d'ébouillantage et de séchage des huîtres, d'assaisonnement ou encore de conservation dans l'huile. Ceci a permis la création d'un petit centre commercial dans le parc, dans le village de Mussemuco, pour assurer la vente de ces produits de meilleure qualité et plus hygiéniques; même les hôtels de la capitale provinciale, Pemba, viennent s'y fournir.

Bien que les notions d'éthique en matière de conservation de l'environnement se soient répandues au sein des communautés locales, des défis restent à relever. Une étude sur l'état actuel du marché des produits de la pêche doit être menée par un consultant avant de donner de nouveaux conseils en ce qui concerne la transformation des produits et la création de valeur ajoutée. Il est également nécessaire de procéder à un bilan approfondi des pratiques de capture du poisson et de ramassage des huîtres en vue de mettre un terme à l'utilisation d'équipements de pêche illégaux ou inadéquats, et de promulguer parallèlement des conseils sur les possibilités de se procurer du matériel durable. La taille minimale des produits capturables doit également être arrêtée.

Pouvoir pêcher aujourd'hui et demain …

On compte aujourd'hui plus d'une douzaine d'associations autofinancées actives dans la transformation des huitres (© Alvo Ofumane/WWF Mozambique)
On compte aujourd'hui plus d'une douzaine d'associations autofinancées actives dans la transformation des huitres
© Alvo Ofumane/WWF Mozambique

Des changements significatifs ont eu lieu pour les résidents du parc qui ont vu croitre leurs revenus. Alors que la première association active dans la transformation des huitres a été financée par des subventions, il y a aujourd'hui plus d'une douzaine d'entreprises autofinancées qui utilisent le même modèle de gestion. A Mussemuco, parmi les 240 habitants, on ne comptait qu'un seul téléphone portable il y a deux ans. Aujourd'hui, on en compte plus de 30, et les échoppes locales offrent des produits autrefois inabordables, tels que de la poudre à lessiver ou encore du curry.

L'introduction d'alternatives durables à la pêche, comme la production de miel, a été un combat difficile parce que les activités liées à la pêche demeurent la source de revenus préférée. Quelques succès ont toutefois été engrangés telle cette boulangerie autonome regroupant dix femmes. Et les communautés du parc ont démontré qu'avec une gestion bien pensée des réserves, la capture des poissons et le ramassage des huîtres peuvent être des activités durables.

A ce jour, le parc de Quirimbas est la plus grande zone marine protégée dans l'Océan Indien. Les zones de non pêche ont été intégrées avec succès dans la réglementation nationale, et onze Conseils pour la pêche ont été formellement établis dont trois officiellement agréés par le Ministre en charge de la pêche. WWF et d'autres partenaires, y compris le gouvernement, étendent cette approche à d'autres régions du Mozambique où les réserves de poissons arrivent à épuisement, ainsi que sur les rives du lac Malawi. Des manuels de conservation sont en cours de rédaction pour figurer au programme de l'enseignement national, et le message suivant est diffusé sur les ondes locales : « Pouvoir pêcher aujourd'hui, demain, encore et toujours, pour l'avenir de nos enfants ».

Ecrit par: Georgina Smith

Date de publication: octobre 2011

 

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