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Splendeur, misère et renaissance des algues

Les cultivateurs d'algues récoltent jusqu'à 100 kilos d'algues chaque jour (© FAO/S. Venturi)
Les cultivateurs d'algues récoltent jusqu'à 100 kilos d'algues chaque jour
© FAO/S. Venturi

La culture des algues est un travail rude. A Zanzibar, l'île de l'Océan Indien qui forme le « zan » de Tanzanie, plus de 15.000 personnes tirent un revenu modeste de la culture des algues, et en produisent quelques 5.000 tonnes (poids sec) par an. La substance extraite du produit de leur récolte, mieux connue sous le nom d'agar-agar ou carraghénane, est un émulsifiant polyvalent qui fait l'objet de multiples utilisations dans l'industrie. Gélules, vernis pour mobilier, dentifrice et une multitude d'autres produits tirent leurs propriétés exclusives des algues. Le revenu des cultivateurs reste pourtant variable et faible, dépassant à peine les 0,10 US$ par kilo de produit sec, et la marge de manœuvre pour négocier à la hausse est minime. Un nouveau projet lancé l'année passée redonne toutefois espoir aux cultivateurs d'algues de Zanzibar et leur permet d'accroitre leurs revenus.

Ce projet a mis plus de sept ans pour voir le jour, avec le soutien enthousiaste du Dr Flower Msuyu, Chef de laboratoire à l'Institut des Sciences Marines de l'Université de Dar-Es-Salaam. Le défi consistait à rendre la culture des algues moins éprouvante et plus rentable. Généralement, les cultivateurs d'algues - 90% sont des femmes à Zanzibar - passent jusqu'à 10 heures par jour accroupis dans des eaux peu profondes à attacher des morceaux d'algues à des cordes tendues en travers des 'champs' à marée basse. Lorsque la marée monte, le travail s'arrête, mais dès que la mer se retire, les femmes sont retour, même pendant les heures les plus chaudes de la journée. Elles récoltent jusqu'à 100 kilos d'algues par jour dont la taille et le poids diminuent en séchant. Leur maigre revenu est limité à cause du prix bas sur les marchés mondiaux et des deux acheteurs principaux d'algues à Zanzibar et les intermédiaires qui les fournissent.

Valeur ajoutée et pouvoir de négociation

La culture des algues est un travail rude (© Thembi Mutch)
La culture des algues est un travail rude
© Thembi Mutch

Comme l'explique Frederik Alfredsson, responsable du projet « algues » à Paje, sur la côte orientale très prisée de l'île, augmenter le prix s'est avéré compliqué : « Les cultivateurs n'ont aucun pouvoir de négociation collective, ce sont des acteurs de petite taille et dispersés. De plus, la part qu'occupe Zanzibar dans les marchés mondiaux n'est pas assez importante pour influencer qui que ce soit ». Dans le cadre du projet, des groupes ont toutefois été mis sur pied pour mettre en contact tous ceux qui travaillent dans le secteur des algues. Ainsi les cultivateurs rencontrent les acheteurs, transformateurs et emballeurs, et les algues peuvent être transportées en ville dans des voitures de location ou en utilisant les transports publics. Le résultat est que les cultivateurs ne sont plus dépendants d'un seul acheteur : ils ont leur propre réseau de distribution et plus de pouvoir sur le marché. Le projet a également permis la construction d'une usine de transformation permettant ainsi aux cultivateurs d'algues d'ajouter de la valeur au produit de leur récolte.

La consommation alimentaire des algues est une autre source de valeur ajoutée : le jeune chef d'un restaurant local sur la plage est fier de proposer à sa carte une salade d'algues aux poivrons, tomates, sardines fraîches et pommes frites. L'algue a un goût de laitue croquante, légèrement sucrée, et est un des aliments les plus riches en vitamine K et en fer. Assise à une table au soleil, le Dr Msuyu est manifestement ravie. « Il y a plusieurs années j'ai formé des jeunes gens de l'école d'hôtellerie et restauration à l'utilisation culinaire des algues », raconte-t-elle. « Et ça a marché ! » Sous sa supervision, deux nouvelles variétés ont été introduites, Eucheuma striatum et Laurencia papillosa, dont la couleur varie entre le rose, le beige ou le vert foncé selon leur stade de maturité, et qui sont petites et d'aspect duveteux.

Les cultivateurs d'algues ont également développé toute une série de nouveaux produits, tels qu'un cake aux algues, du savon et de la confiture, et dont ils tirent un bénéfice financier par l'intermédiaire d'une société créée dans le cadre du projet. Celle-ci a été constituée par une association de doctorants de la prestigieuse université danoise « Chalmers School of Entrepreneurship », l'Institut des Sciences Marines et divers actionnaires européens. Selon l'infatigable optimiste Dr Msuyu, c'est un bel exemple pratique de responsabilité sociale des entreprises.

Un revenu pour qui le mérite vraiment

Augmenter le prix payé aux cultivateurs pour les algues s'est avéré compliqué (© Thembi Mutch)
Augmenter le prix payé aux cultivateurs pour les algues s'est avéré compliqué
© Thembi Mutch

Dans les statuts de la société ainsi créée, les femmes sont les seules actionnaires qui peuvent percevoir un bénéfice. « Nous souhaitons l'expansion du centre de culture des algues ici à Paje, mais tous les dividendes et bénéfices reviendront aux femmes », explique Kidawa, une de ces femmes toujours dynamique malgré sa routine exténuante. Elle sourit quand on lui demande ce qu'elle désire. « Je souhaite évidemment que nos savons soient dans tous les magasins, je voudrais avoir une meilleure connaissance des chaines d'approvisionnement et des marchés, j'aimerais savoir comment les autres femmes, des femmes comme moi, vivent dans les autres régions de Tanzanie, et je voudrais pouvoir partager connaissances et idées commerciales ». Le Dr Msuyu a également des ambitions de croissance. « Si nous mettons sur pied trois projets de centres de regroupement des cultivateurs d'algues, nous pourrons pénétrer de nouveaux marchés et augmenter les bénéfices. C'est une très bonne manière de faire des affaires », conclut-elle.

Ecrit par: Thembi Mutch

Date de publication: octobre 2011

 

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