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Les perles du Pacifique

La perliculture est une activité respectueuse de l'environnement qui encourage les populations à être attentives à leurs ressources marines (© R Markham/ACIAR)
La perliculture est une activité respectueuse de l'environnement qui encourage les populations à être attentives à leurs ressources marines
© R Markham/ACIAR

Parure de certaines des personnes les plus aisées dans le monde, les perles sont aussi le moyen pour les communautés côtières des îles du Pacifique de réaliser leurs aspirations plus modestes. Grâce à de nouveaux développements dans la région, la culture de la perle apparaît comme un de secteurs les plus prometteurs pour améliorer le niveau de vie.

« A de nombreux égards, les perles sont le produit d'export de l'île par excellence », explique Jamie Whitford, responsable scientifique pour un projet de soutien au développement des industries de culture perlière dans les îles Fidji et Tonga. « Elles sont petites, légères et non périssables, par conséquent faciles à transporter, et si elles sont de bonnes qualité, elles ont une grande valeur. Elles constituent le produit d'aquaculture le plus précieux de la région, et il existe un potentiel énorme justifiant l'augmentation de la production dans certaines zones ».

La région est spécialisée dans la perle noire, produite par l'huître perlière à lèvres noires, Pinctada margaritifera. L'éventail de couleur des perles est large ; le plus souvent grises, elles peuvent aussi avoir une teinte verte, violette ou rose cuivré. La Polynésie française domine actuellement le marché avec un gain annuel estimé à 170 millions US$, faisant de la perle la seconde source de revenus la plus importante après le tourisme. Les Iles Cook ont également une industrie perlière bien implantée qui génère une recette d'environ 12 millions US$ par an. Cette industrie est naissante aux Iles Fidji et Tonga, et est soutenue par le projet de Jamie Whitford, qui relève du Programme de recherche agroalimentaire dans le Pacifique pour le développement (PARDI) mis en place par le Gouvernement australien. « Nous nous concentrons sur le développement de l'emploi et des entreprises au niveau local », explique-t-il.

Perliculture

Triage et calibrage de jeunes huîtres perlières produites en écloserie (© Paul Southgate/James Cook University)
Triage et calibrage de jeunes huîtres perlières produites en écloserie
© Paul Southgate/James Cook University

La perliculture est une activité relativement simple. De très jeunes huîtres sont soit ramassées dans la mer, soit produites en écloserie. On les laisse ensuite grandir pendant deux ans jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment matures pour être greffées : un technicien spécialisé introduit une petite bille dans l'huître, laquelle réagit en déposant de la nacre autour de l'intrus. Il faut encore deux années pour que la perle se développe à l'intérieur de l'huître. Les huîtres ont une longévité de 10 ans maximum et peuvent être greffées plusieurs fois, surtout si elles ont déjà produit une perle de grande qualité et de belle couleur.

Les débouchés pour la population locale sont variés : ramassage et élevage de jeunes huîtres pour les vendre aux exploitations de perles, emploi dans les écloseries ou les exploitations, ou encore travailler dans une entreprise de produits dérivés d'artisanat ou de joaillerie utilisant les perles de qualité inférieure et la nacre des coquilles d'huîtres inutilisées. Jamie Whitford explique que « la perliculture requiert un investissement financier important et il faut attendre au moins quatre ans avant de voir les premières retombées ; c'est pourquoi les éleveurs sont généralement des entrepreneurs relativement aisés. Mais elle génère également des opportunités intéressantes pour l'emploi local et les investissements à petite échelle. Nous aidons les communautés à développer les compétences nécessaires pour participer à ces activités, tout en soutenant également la construction du secteur industriel ».

Le projet en est toujours à ses balbutiements. Aux Iles Fidji, il a démarré par le développement d'un programme de ramassage des jeunes huîtres basé dans un village, premier pas vers une augmentation de la capacité de production des perles dans un cadre industriel. Ce programme comporte une phase expérimentale pour déterminer les endroits les plus propices au ramassage et à l'élevage des jeunes huîtres, en fonction de la qualité de l'eau et d'autres facteurs environnementaux. Le projet organise également des ateliers de formation aux techniques de ramassage des jeunes huîtres et à l'identification des espèces. Parmi les activités futures figurent des ateliers de joaillerie au départ de perles de qualité inférieure et de nacre. Grâce à ces nouvelles compétences, les populations locales pourront valoriser les déchets de l'industrie perlière et vendre ces produits sur le marché du tourisme local voire même développer un marché d'export régional vers d'autres destinations touristiques.

L'importance du contrôle de la qualité

Les perles sont un des plus précieux produits de l'aquaculture dans la région (© Paul Southgate/James Cook University)
Les perles sont un des plus précieux produits de l'aquaculture dans la région
© Paul Southgate/James Cook University

Les Iles Fidji et Tonga tirent les leçons de l'exploitation faite en Polynésie française et aux Iles Cook dont les industries ont vacillé fin des années 1990 suite à une surproduction et à la mise sur le marché de perles de mauvaise qualité. Jamie Withford explique que « si les cultivateurs ne peuvent se permettre d'attendre quatre années complètes, ils récolteront les perles trop tôt quand la nacre est encore très fine. Des perles de mauvaise qualité nuiront à la réputation de l'industrie locale et les prix chuteront rapidement. C'est pourquoi le contrôle de la qualité est un élément essentiel dans la mise sur pied de cette industrie aux Îles Fidji et Tonga, mais également la raison pour laquelle nous encourageons les communautés à travailler avec les grands cultivateurs de perles plutôt que d'essayer de les cultiver elles-mêmes ».

Aux Fidji, la société J.Hunter Pearls donne l'exemple et place la barre très haut avec ses perles et ses bijoux en nacre. Etablie en 2000 à Savusavu Bay, cette société emploie plus de 40 travailleurs locaux. « Les droits de pêche traditionnelle appartiennent aux populations », explique le patron Justin Hunter. « Nous offrons des emplois et d'autres formes de soutien communautaire. C'est un partenariat qui fonctionne très bien ».

Cerise sur le gâteau, la perliculture est une activité respectueuse de l'environnement, et elle encourage les populations à être attentives à leurs ressources naturelles marines. Hunter reconnaît que son entreprise dépend de ces ressources. « Nous nous sommes tous engagés à préserver l'environnement marin de Savusavu Bay », dit-il.

Ecrit par: Anne Moorhead

Date de publication: octobre 2011

 

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