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Après la vague, un nouvel espoir

Près de 75% des bateaux de pêche ont été détruits ou endommagés par le tsunami (© FAO/Rodrigo Flores)
Près de 75% des bateaux de pêche ont été détruits ou endommagés par le tsunami
© FAO/Rodrigo Flores

Le tsunami qui a frappé le centre-sud du Chili en février 2010 a laissé derrière lui des centaines de victimes et une industrie de la pêche dévastée. Les petits pêcheurs qui dépendent du merlu du Pacifique, de la corvine, des crustacés, des moules, des oreilles-de-mer et des huîtres ont été particulièrement touchés : « Je ne pensais pas retourner en mer. J'avais envisagé de partir dans la forêt ou de chercher un autre travail parce qu'il était évident que le désastre était énorme et qu'il serait difficile de s'en relever avec nos faibles ressources », raconte Rolando Huenchunao, président d'une communauté de pêche artisanale à Tirua au centre du Chili. « Acheter ne fut-ce qu'un ou deux bateaux était impossible. C'était demander la lune ». Et pourtant, un an plus tard, avec l'aide du gouvernement chilien et de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les pêcheurs artisanaux reprennent pied.

Selon les estimations qui ont suivi le désastre, près de 75% des bateaux et du matériel de pêche ont été détruits ou endommagés par le tremblement de terre et le tsunami. Alan Bojanic, représentant de la FAO au Chili, explique que « la première priorité a été de fournir des ressources à ceux qui étaient le plus dans le besoin, pour les rendre à même de pêcher à nouveau et de participer ainsi à la sécurité alimentaire pour tous les habitants de la région ».

Restaurer les capacités de pêche des pêcheurs artisanaux

Alejandro Flores, fonctionnaire chargé des pêches et de l'aquaculture au sein de la FAO, précise que la finalité du projet n'est pas seulement de remplacer ce qui a été perdu, mais également d'améliorer la sécurité et l'efficacité, sans que cela entraine une surexploitation des ressources marines. Les équipements fournis par la FAO ont été remis aux associations de pêcheurs, afin d'en assurer le partage équitable entre tous : plus de 100 équipements de plongée pour la capture des crustacés ont été distribués - comprenant des compresseurs, 35 hors-bord et près de 1.000 filets - ce qui a permis à certains pêcheurs de reprendre le travail à peine deux semaines après le tsunami.

Sept mille pêcheurs et plongeurs ont bénéficié des nouveaux équipements fournis dans le cadre du projet FAO (© FAO/Benjamin Labatut)
Sept mille pêcheurs et plongeurs ont bénéficié des nouveaux équipements fournis dans le cadre du projet FAO
© FAO/Benjamin Labatut

Plus de 40 bateaux de pêche ont également été fournis, équipés de fusées de détresse, de gilets de sauvetage, d'héliographes et de trousses de premiers secours. Et afin de permettre aux pêcheurs de conserver leurs prises plus longtemps et de renforcer leur pouvoir de négociation sur les marchés, ils ont également reçu des glacières. Au total, le projet a permis de restaurer les capacités de pêche et les revenus de 7.000 pêcheurs et plongeurs dans 16 criques le long des côtes chiliennes et dans l'île de Juan Fernandez dans le Pacifique.

Coopération

De l'avis d'Alejandro Flores, la réussite du projet est principalement due à la participation active des pêcheurs qui se sont organisés entre eux : ils ont identifié leurs besoins et ont travaillé ensemble pour gérer conjointement les ressources reçues. « La FAO nous a consulté sur nos besoins » explique Leonel Lucero, président de la Fédération des pêcheurs artisanaux d'Arauco. « Cette démarche était très importante pour nous car nous nous sommes sentis reconnus en tant qu'organisation. Grâce à cela nous parvenons à changer la mentalité des pêcheurs, car ils comprennent maintenant que pour avancer, il faut être organisés ».

Carmen Pilquimán, présidente du Syndicat des femmes cultivatrices d'algues marines de Quidico, acquiesce : « Ce projet nous renforce en tant qu'associations représentatives, dans la mesure où il nous fait travailler ensemble et pour le bien commun de tous les partenaires ». Alejandro Flores confirme que « la cause principale de ce succès a été la participation directe des communautés touchées dans la prise de décision, ce qui a renforcé l'efficacité et l'efficience de l'intervention d'urgence ». Forte de succès, la FAO s'attache à reproduire dans d'autres régions cette manière de fournir de l'aide. Et Alejandro Flores de conclure que « ce fut un processus ouvert, transparent et démocratique ».

Un regain d'espoir

Grâce à ces nouveaux bateaux et équipements, et un regain d'espoir, les pêcheurs chiliens commencent à se remettre du tsunami. La côte par contre n'est pas encore complètement guérie. De nombreux sites de pêche, autrefois de premier ordre, sont toujours fortement infestés par les algues. La collision des plaques tectoniques, poussant des terres vers la surface, a par ailleurs endommagé plusieurs sites de capture des crustacés.

Le projet a permis de redonner confiance aux pêcheurs qui craignaient de retourner en mer après le tsunami (© FAO)
Le projet a permis de redonner confiance aux pêcheurs qui craignaient de retourner en mer après le tsunami
© FAO

« Aujourd'hui les pêcheurs sont plus confiants dans l'avenir, mais nous sommes conscients que tous les efforts mis dans la réalisation de ce projet sont une goutte dans l'océan des besoins des pêcheurs artisanaux chiliens », explique Alejandro Flores. En complément de l'aide déjà fournie, la FAO envisage dès lors de former les pêcheurs, leurs femmes et enfants, à réparer les bateaux, machines et autres équipements, ce qui leur permettra de développer des sources alternatives de revenus. Le Gouvernement a également commandé à la FAO une étude sur les coûts liés à la sécurité des aliments dans la chaîne de production de la pêche artisanale ; l'objectif est de démontrer qu'en améliorant la sécurité alimentaire, l'on favorisera l'accès de la production des pêcheurs artisanaux à des marchés plus importants ainsi que l'obtention de prix plus élevés.

« Au début, nous avions peur de retourner en mer », raconte Huenchunao, « mais nous avons repris confiance, nous avons dépassé nos craintes et nous exploitons de nouveau les ressources de la mer. Nous sommes un peuple de la mer. C'est ce que nous savons faire ».

* L'aide fournie par la FAO aux pêcheurs artisanaux suite au tremblement de terre de 2010 fait partie d'une initiative de l'ONU financée par le Fonds central pour les interventions d'urgence (FCIU). Au total, près de 10 millions US$ ont été investis dans les différents aspects de la reconstruction et 1 million US$ en ce qui concerne spécifiquement la réhabilitation des capacités de pêche des pêcheurs artisanaux.

Date de publication: octobre 2011

 

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