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Egypte : Vulnérabilité des zones côtières

Bassem Farhat a perdu toute sa récolte à cause d'inondations provoquées par la remontée  d'eau saline provenant des nappes phréatiques (© M. Yahia)
Bassem Farhat a perdu toute sa récolte à cause d'inondations provoquées par la remontée d'eau saline provenant des nappes phréatiques
© M. Yahia

Bassem Farhat regarde son champ, autrefois fertile, et aujourd'hui inondé et détruit par la remontée d'eau saline provenant des nappes phréatiques. Jeune agriculteur de la région de Gamasa au nord de l'Egypte, il se désole : « on ne peut plus rien cultiver ici. Je dois drainer et rincer la terre pour démarrer de nouvelles cultures, puis protéger la terre pour que cela ne se reproduise pas ».

Osama Yasser a préféré se lancer dans la riziculture. « Si on creuse à une profondeur de 20 cm, on trouve déjà de l'eau salée », avance-t-il. « Seuls le riz et le trèfle survivent à la remontée des eaux souterraines ».

Si les égyptiens se sont installés il y a 5000 ans dans le delta du Nil pour ses terres fertiles et l'abondance de poissons, de nos jours, les mêmes régions côtières sont affectées par l'érosion, la pollution et la dégradation des écosystèmes.

En 2007, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) classait le delta du Nil, en Égypte, parmi les trois zones de la planète les plus vulnérables à l'élévation du niveau de la mer (ENM). Le delta compte pour plus de 40% de la production agricole du pays et selon des estimations, d'ici 2100 l'augmentation globale du niveau de la mer pourrait passer de 18 à 59 cm, ce qui mettrait en danger les 20 millions de personnes habitant la région côtière.

Pour contrer cette menace, le CRDI et DFID soutiennent et financent un projet de recherche* mené par des chercheurs égyptiens du Centre national égyptien de recherche sur l'eau, l'université d'Alexandrie et du Centre de services de développement.

« Notre rôle est d'appuyer les chercheurs et les politiciens égyptiens pour développer des solutions face aux changements inévitables », explique Guy Jobbins, du CRDI au Caire.

Bateaux de pêche immobilisés sur la jetée empêchant les pêcheurs de travailler (© M. Yahia)
Bateaux de pêche immobilisés sur la jetée empêchant les pêcheurs de travailler
© M. Yahia

Les zones étudiées se situent dans la partie nord du delta, Gamasa, Ras El-Bar et Gamiette, choisies parce que ce sont des plaines côtières à basse altitude fréquemment sujettes aux inondations. Les chercheurs ont déjà collecté des données sur la configuration des vagues, leur intensité et leur direction et ils mènent des études socio-économiques sur les populations vivant dans les zones les plus affectées. « Nous cherchons à mieux comprendre les réalités des agriculteurs, des pêcheurs, des investisseurs et de l'industrie du tourisme », commente Mahmoud El-Banna, responsable des activités de recherche à Ras El-Bar.

Identification des problèmes

Les chercheurs ont jusqu'ici identifié les trois menaces principales, l'inondation des régions côtières, les infiltrations d'eau de mer dans les sources d'eau douces et l'élévation du niveau d'eau, avant de cartographier les dégâts potentiels que pourraient causer ces menaces. « Dans le pire des cas, explique Banna, 3% du delta du Nil sera inondé d'ici 2100. Sinon il s'agirait d'1% ». Toutefois, la ville de Gamasa serait frappée plus durement et pourrait perdre 11% de sa superficie totale.

Une des difficultés majeure consiste à communiquer ces dangers immédiats aux décideurs politiques pour qui les risques d'inondation semblent très éloignés. Le projet espère une meilleure participation des acteurs concernés dans les processus de politiques et de planification alors que les chercheurs peuvent déjà proposer des possibilités de réponses : « se mettre en retrait, s'adapter aux changements ou protéger les sites menacés. Chacune de ces options dépendra des zones spécifiques », explique Jobbins.

Conséquences de l'ENM pour les villes côtières

Les nouvelles maisons d'Ezbet El-Borg sont construites sur des fondations plus élevées pour se protéger des inondations (© M. Yahia)
Les nouvelles maisons d'Ezbet El-Borg sont construites sur des fondations plus élevées pour se protéger des inondations
© M. Yahia

La ville de Ezbet El-Borg, par exemple, est située près de l'endroit où le Nil rejoint la mer Méditerranée, région essentielle pour la sécurité alimentaire de l'Egypte. C'est là que se trouvent 60% de la pêche totale du pays. Depuis 20 ans les habitants constatent que le niveau de l'eau monte. « Récemment, nous avons relevé les fondations des nouvelles maisons construites dans la ville pour les protéger de la mer », raconte Hossam Khalil, chef de la société coopérative des pêcheurs d' Ezbet El-Borg, « beaucoup de pièces situées au rez-de-chaussée des anciennes maisons étaient inondées ».

Mais c'est pour les agriculteurs que l'ENM et l'augmentation de la salinité posent le plus de problèmes, estime Wagdy El-Sewedy, directeur adjoint au Ministère de l'Agriculture à Damiette. « L'acidité et la composition du sol de nos terres agricoles ont complètement changé. A Damiette, environ 20 feddans* sont devenus stériles et, alors qu'un feddan permettait de récolter trois tonnes de riz, à présent on ne compte plus qu'une tonne et demie ».

De plus, l'augmentation des températures a également créé des conditions favorables pour l'éruption de maladies dangereuses pour les cultures.

Un comité axé sur le changement climatique et composé de 16 membres s'est constitué afin d'engager les acteurs concernés, des investisseurs et enseignants aux agriculteurs et pêcheurs. Des sous groupes se sont créés et discutent des problèmes avec les communautés locales. « On ne peut pas envisager de solutions purement techniques. Discuter avec les communautés nous aide à comprendre comment elles utilisent la terre et à envisager des options d'adaptation qui sont viables économiquement », explique Guy Jobbins.

Mais les grandes villes du delta sont aussi concernées : Anthony Bigio, urbaniste et rédacteur d'un récent rapport de la Banque mondiale, estime que « cette évolution de la situation climatique doit aussi être prise en compte dans les plans d'urbanisme ». Pour Guy Jobbins, « Si Alexandrie était inondée, il est évident que les coûts humains et économiques seraient immenses. Dans certains cas, il faut parfois même 'attaquer' la mer en construisant vers l'extérieur et vers le haut », ajoute t-il « même si ces travaux sont extrêmement coûteux à construire et à maintenir ».

Les mesures d'adaptation extrêmes sont coûteuses et nécessitent un entretien régulier (© M. Yahia)
Les mesures d'adaptation extrêmes sont coûteuses et nécessitent un entretien régulier
© M. Yahia

« Comprendre le contexte local avant d'agir est crucial pour le projet », insiste El-Banna, « nous avons d'abord recueilli des informations sur différentes méthodes de protection utilisées à travers le monde que nous soumettons à nos partenaires locaux ».

Les leçons de cette expérience seront utiles pour les autres. « Mais l'Egypte peut déjà apprendre d'autres régions, comme le Bengladesh par exemple » renchérit Jobbins, « c'est pourquoi l'échange entre chercheurs égyptiens et d'autres pays est crucial »

* projet financé conjointement par le CRDI (Centre de Recherche pour le développement international) et DFID (Département pour le développement international du Royaume Uni) dans le cadre du programme adaptation aux changements climatiques en Afrique
* 1 feddan = 0,41 ha

Avec la collaboration de: Mohammed Yahia

Date de publication: octobre 2011

 

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