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La relance de l'aquaculture au Bengladesh après les inondations

Les réserves de poissons ont été perdues dans les inondations des étangs envahis ensuite de boue et d'arbres tombés (© WorldFish)
Les réserves de poissons ont été perdues dans les inondations des étangs envahis ensuite de boue et d'arbres tombés
© WorldFish

Amena Khatun, une veuve de Saliabukpur, un village du delta du Gange, a les larmes aux yeux lorsqu'on l'interroge sur la nuit du 15 novembre 2007 où le cyclone Sidr a frappé le Bengladesh. « Je n'oublierai jamais cette nuit », dit-elle, « je n'avais jamais vu un tel déluge de toute ma vie. Ma maison a été détruite en un instant. L'eau pénétrait dans mon jardin et le niveau montait. L'étang a été inondé et tous les poissons se sont échappés ». Vivant sur une propriété d'à peine 400m2, son étang piscicole était son unique source de revenus, et les flots ont emporté avec eux son moyen de subsistance.

Le Projet pour la réhabilitation de l'aquaculture affectée par le cyclone (CAARP), est une initiative du Worldfish Center, déployée en deux phases entre 2008 et 2010, en vue de rétablir l'élevage à petite échelle de poissons et de crevettes grises et roses, au profit des victimes du cyclone Sidr. A cette occasion, Worldfish et ses partenaires ont appris énormément sur la manière dont l'aquaculture peut être un moyen de survie suite à une catastrophe naturelle, et ce malgré l'apparente vulnérabilité des petits étangs et des digues construites à la main.

Les inondations provoquées par le cyclone Sidr sur le littoral du Bengladesh ont entraîné la mort de milliers de personnes et détruit pour des milliards de dollars d'infrastructures. Plusieurs milliers de tonnes de réserves de poissons ont été perdues dans les inondations des étangs et les champs de boue et d'arbres écroulés laissés derrière eux par les flots. La FAO estimait que parmi les plus pauvres propriétaires d'étangs piscicoles, près de 262.000 avaient trop perdu pour pouvoir reprendre l'élevage. Dans un pays où 60 pour cent des protéines animales proviennent du poisson et 80 pour cent des ménages ruraux dépendent de la pêche pendant une partie de l'année, ceci constituait une catastrophe aussi importante qu'une épidémie de mildiou frappant les cultures.

Restaurer les moyens de subsistance disparus dans les flots

Compte tenu de l'importance des ressources halieutiques au Bengladesh, le Worldfish Center a rapidement mis en place une réponse importante au cyclone Sidr. Les deux phases du projet CAARP se sont étalées de mars 2008 à avril 2010, chacune financée par USAID à concurrence de 3 millions US$. Worldfish a collaboré avec 17 ONG régionales et internationales actives dans le sud-ouest du pays. Près de 100.000 propriétaires d'étangs piscicoles parmi les plus pauvres ont ainsi été touchés et ont pu reprendre la production du poisson et sa commercialisation.

La réhabilitation a commencé par un grand nettoyage (© WorldFish)
La réhabilitation a commencé par un grand nettoyage
© WorldFish

Amena Khatun raconte : « quatre ou cinq mois après le passage de Sidr, le Worldfish Center et l'Association pour le développement Chandradip, m'ont donné des alevins, des engrais, de la chaux et de l'argent pour réparer les digues. Nous avions également deux réunions par mois pendant lesquelles nous avons appris comment élever les poissons, le rôle des engrais, la manière de nourrir les poissons et les maladies qui peuvent les affecter ». Le projet est allé chercher les éleveurs les plus pauvres et les plus durement touchés par le cyclone, en ce compris les femmes chefs de ménage comme Amena Khatun, qui avant la catastrophe élevaient des poissons tels que la carpe (dont l'acronyme du projet - CAARP - est un homonyme), le bagda (crevette tigrée noire) et le golda (crevette géante d'eau douce).

La réhabilitation a commencé par un grand nettoyage, en partie financé sous forme d'un programme « argent contre travail » dans le cadre du CAARP. Les éleveurs ont ainsi réparé les digues, dégagé les arbres écroulés, et ratissé avec des filets le fond des étangs pour enlever les feuilles et la boue. Ils ont ensuite répandu de la chaux pour désinfecter les eaux et les rendre propres à l'aquaculture et à la consommation domestique. Pour ce qui concerne l'accès aux intrants et leur distribution, des associations d'éleveurs fraichement créées ont collaboré avec des comités d'achat constitués et formés par des ONG partenaires. Cette approche intégrant des acteurs multiples a permis d'éviter la collusion dans la fixation des prix, phénomène qui handicape souvent les projets de grande ampleur dans les situations post-catastrophe.

Se préparer pour la prochaine tempête

En tant qu'organisation travaillant dans de nombreuses régions côtières ou sujettes aux catastrophes naturelles, Worldfish a profité de son intervention suite au cyclone Sidr pour étudier ce que l'aquaculture pouvait faire pour les populations affectées par une crise et ce que les interventions dans le cadre de catastrophes naturelles peuvent faire pour l'aquaculture. En marge du projet CAARP, il a ainsi été procédé à des collectes de données et à de la recherche-action, sur base du travail déjà réalisé par Worldfish à Aceh et aux Îles Salomon après les tsunamis de 2004 et 2007.

Les femmes ont reçu des formations en matière d'élevage et d'alimentation des poissons, ainsi que sur les maladies qui les affectent (© Shahadat Mondol)
Les femmes ont reçu des formations en matière d'élevage et d'alimentation des poissons, ainsi que sur les maladies qui les affectent
© Shahadat Mondol

Cette expérience contribuera aussi à de futures actions au Bengladesh, explique le Dr. Manjurul Karim, responsable du projet CAARP. Et de poursuivre : « Les ONG partenaires prévoient d'incorporer les connaissances ainsi partagées dans leurs propres programmes. Nous avons également encouragé le recours à des techniques d'aquaculture similaires dans trois nouveaux projets financés par USAID au Bengladesh, Nobo Jibon-MYAP, GHERS-PRICE et CSISA. Ces nouveaux projets ont été montés sur base des procédés et des idées développés dans les projets CAARP 1 et 2 ».

La plus grande leçon retirée de l'expérience Sidr a été de constater combien l'aquaculture à elle seule favorise la résilience dans la région. Les chercheurs n'ont rencontré que quelques ménages dépendant exclusivement de l'aquaculture, mais les éleveurs savaient que les étangs piscicoles sont de bons investissements dans les régions sujettes aux catastrophes naturelles. Les étangs pollués par les inondations se sont avérés aptes à se restaurer naturellement en seulement trois mois, et dans de nombreux cas, une partie des stocks de poissons a survécu. Un mois après le passage de Sidr, et malgré des pénuries alimentaires généralisées, 23 pour cent des ménages exploitaient leurs étangs pour se nourrir. Ce potentiel de recouvrement pourrait être amélioré par l'introduction d'innovations telles que des espèces de poissons résistants à la salinité ou à croissance rapide, et par la fourniture de plus grands alevins par les écloseries, de manière à aider les étangs piscicoles à retrouver plus rapidement leur productivité suite à une prochaine catastrophe.

Ecrit par: T. Paul Cox

Date de publication: octobre 2011

 

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