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Les forêts : instruments de réduction de la pauvreté?

Les forêts sont des sources de revenus importants pour les communautés rurales (© Neil Palmer (CIAT))
Les forêts sont des sources de revenus importants pour les communautés rurales
© Neil Palmer (CIAT)

Selon une étude récente, le revenu tiré de l'exploitation des forêts contribue autant aux moyens d'existence en milieu rural que les cultures, et représente environ un quart des rentrées totales des populations rurales. « Des études antérieures ont mis en avant l'importance particulière des revenus forestiers pour les ménages les plus démunis », explique Arild Angelsen, coordinateur du Réseau Pauvreté et Environnement (Poverty and Environment Network - PEN) et professeur à l'Université des Sciences de la Vie en Norvège. « Mais la découverte qui a créé la surprise est que, généralement, la part des recettes forestières dans le revenu total des ménages varie peu en fonction des niveaux de revenus ». En vue de soutenir l'élaboration de politiques et de projets plus efficaces dans la lutte contre la pauvreté dans les régions forestières, le PEN s'est donné pour objectif d'acquérir une meilleure idée de l'importance des forêts dans le cadre de la réduction de la pauvreté et de déterminer si elles peuvent aider à sortir les populations de la pauvreté ou si elles n'ont principalement d'utilité qu'à titre d'appoint et de filet de sécurité.

Pour répondre à ces questions, le Centre de recherche internationale sur les forêts (CIFOR) a lancé en 2005 une étude globale s'étalant sur huit ans. Plus de 50 partenaires de recherche ont collecté des informations auprès d'environ 8.000 ménages dans 350 villages répartis dans 24 pays en voie de développement. « Avec les millions de cases que compte cette base de données, il y a de nombreuses histoires intéressantes qui attendent d'être déterrées et racontées », ajoute Angelsen. « Nous devons faire savoir pourquoi et comment les plus pauvres sont dépendants de l'environnement, mais nous devons également arriver à une meilleure compréhension de l'importance des forêts pour les plus démunis et pouvoir déterminer quelles politiques permettront de lutter contre la pauvreté et diminuer la déforestation ».

Ressources forestières

Hommes et femmes exploitent des types de produits différents, que ce soit en vue de leur vente ou de la survie (© Neil Palmer (CIAT))
Hommes et femmes exploitent des types de produits différents, que ce soit en vue de leur vente ou de la survie
© Neil Palmer (CIAT)

Etonnamment, l'étude a révélé que les forêts ne jouent pas un rôle primordial en tant que filets de sécurité ou comme revenu de complément face aux pertes saisonnières récurrentes. L'exploitation et la transformation des produits forestiers ne fait partie du top trois des réponses aux situations de crises que pour sept % des ménages interrogés. « Les ménages réagissent aux crises avec des stratégies de survie telles qu'une diminution de la consommation, des emplois temporaires, ou la recherche d'une aide extérieure. Les forêts sont plus importantes pour combler des besoins quotidiens », explique Sven Wunder, directeur de recherche au CIFOR.

L'étude rapporte également que dans les régions où le régime foncier des forêts est fort et réellement appliqué, les plus démunis n'ont souvent pas accès et ne peuvent exploiter des produits forestiers à fort potentiel de revenus. « Les populations tirent la plupart de leurs revenus de forêts appartenant à l'état tandis que les revenus provenant de forêts formellement identifiées comme des forêts communautaires sont étonnamment faibles. On peut voir là une histoire de marginalisation des populations pauvres », affirme Pam Jagger, associée au CIFOR et professeur adjoint à l'Université de Caroline du Nord. « Ce que nous pouvons mettre en évidence c'est qu'il ne peut y avoir de système foncier où tout le monde est gagnant, un système qui permette à la fois une gestion forestière durable et des revenus forestiers importants pour les ménages ruraux les plus démunis. Dans certaines situations, une réforme foncière qui renforce l'application des règles peut avoir pour résultat que les ménages pauvres et très pauvres se retrouvent perdants ».

Les constatations préliminaires ont des implications importantes pour les politiques de gestion forestière, en ce compris le REDD+ (réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts). « Le débat REDD+ s'est fortement concentré sur des arguments en faveur de droits plus forts et mieux protégés pour les populations rurales. Il y a un paquet de données qui montre qu'une application plus rigoureuse favorise la préservation des forêts », poursuit Jagger. « Un plus haut taux d'application semble nécessaire pour garantir le succès du REDD+, mais pourrait ne pas déboucher sur des conséquences favorables concernant les moyens d'existences des plus démunis ».

Généralement les femmes récoltent et transforment des produits forestiers à des fins de subsistance (© Aulia Erlangga/CIFOR)
Généralement les femmes récoltent et transforment des produits forestiers à des fins de subsistance
© Aulia Erlangga/CIFOR

Questions de genre

Bien que la plupart des membres du ménage récoltent et transforment des produits forestiers, l'étude a révélé une différence très nette entre les rôles assumés par les femmes et les hommes : les premières généralement ramassent et transforment des produits forestiers à des fins de subsistance, tels que de la nourriture ou des remèdes médicaux, tandis que les seconds récoltent des produits en vue de leur vente, générant ainsi le revenu le plus important. « Hommes et femmes se concentrent sur des types de produits différents selon qu'ils sont destinés à la vente ou à la survie, en fonction de l'accès leur permettant de disposer de ces produits, la nature de ceux-ci et l'endroit où ils vivent dans le monde », explique Terry Sunderland, chercheur au CIFOR.

En Amérique latine, l'implication des femmes dans le ramassage de produits forestiers non-ligneux (« non-timber forest products », NFTP) est très marginale. En Asie, les femmes transforment et vendent certains produits, mais généralement ce sont les hommes qui dominent le secteur, tandis qu'en Afrique les femmes sont beaucoup plus impliquées dans la récolte et le commerce des NFTP. Selon Sunderland, « ces différences suggèrent que les interventions forestières doivent prêter attention à qui récolte les produits soutenus, de manière à trouver un juste équilibre entre les sexes ».

Incidences stratégiques

Les politiques REDD+ entrent parfois en confit avec les objectifs de lutte contre la pauvreté (© Neil Palmer (CIAT))
Les politiques REDD+ entrent parfois en confit avec les objectifs de lutte contre la pauvreté
© Neil Palmer (CIAT)

En ayant ainsi eu à sa disposition un si vaste ensemble de données à analyser, le CIFOR est convaincu que ses conclusions démontrent l'importance de prendre en compte tant la pauvreté que l'environnement dans l'élaboration de politiques environnementales ou de lutte contre la pauvreté. « Dans les discussions REDD+, par exemple, nous devons avoir une vision plus réaliste du moment où les politiques REDD+ entrent en conflit avec les objectifs de lutte contre la pauvreté », explique Angelsen. « Le fait que les communautés rurales tirent un revenu important de l'exploitation des forêts est négligé dans les discussions REDD+. C'est une des conséquences de la lutte contre la déforestation et cela suggère qu'il faut trouver un scénario où tout le monde serait gagnant. D'un autre côté, les constatations en ce qui concerne les régimes fonciers laissent entendre que certaines politiques REDD+ bien intentionnées peuvent nuire aux pauvres », souligne Angelsen.

Angelsen espère qu'en établissant l'importance des revenus forestiers, le PEN changera la manière dont les données forestières seront collectées dans le futur. « Nous espérons contribuer à modifier le discours dominant sur la pauvreté rurale. Le PEN a déjà transmis des informations à la Banque Mondiale et la FAO pour leurs enquêtes sur les revenus ruraux », dit-il. « De la même manière qu'il y a quelques années, des chercheurs ont établi que les agriculteurs dépendaient fortement de revenus non-agricoles, le PEN doit démontrer que l'exploitation des forêts et d'autres services environnementaux ne peuvent être ignorés si nous voulons comprendre pleinement les modes de vie ruraux et les conséquences des politiques menées ».

Date de publication: décembre 2011

 

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