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Agriculture pérenne : reverdir le paysage africain

Les avantages fournis par les arbres sont multipliés lorsqu'ils sont intégrés dans des paysages productifs sur le plan agricole (© Charlie Pye-Smith/ICRAF)
Les avantages fournis par les arbres sont multipliés lorsqu'ils sont intégrés dans des paysages productifs sur le plan agricole
© Charlie Pye-Smith/ICRAF

Changement climatique, croissance démographique, questions foncières et diminution de la productivité des sols : l'avenir paraît sombre pour les exploitations agricoles en Afrique. Toutefois, alors que la couverture forestière recule, le nombre d'arbres dans les exploitations agricoles augmente. Et qui dit arbres, dit fourrage, bois, fruits et combustible pour les agriculteurs, ainsi que de l'ombre pour les cultures. Au Malawi, là où les champs de maïs sont cultivés sous des canopées de Faidherbia albida, le rendement a crû jusqu'à 280 %. Au Niger, environ 4,8 millions d'hectares de systèmes agroforestiers majoritairement plantés de Faidherbia améliorent la production du mil et du sorgho.

L'évolution de l'agriculture vers l'agroforesterie est en cours, pas seulement en Afrique mais dans le monde entier, constate Dennis Garrity du Centre mondial pour l'agroforesterie (ICRAF). « Plus d'un milliard d'hectares de terres agricoles, soit près de la moitié des terres cultivées dans le monde, ont plus de 10 % de leur surface occupée par des arbres, et 160 millions d'hectares ont une couverture arborée de plus de 50 % ». Il ajoute que « les avantages fournis par les arbres sont multipliés lorsqu'ils sont intégrés dans des paysages productifs sur le plan agricole ».

Production et conservation

Les cultivateurs de maïs augmentent leur rendement grâce à des arbres fertilisants (© Charlie Pye-Smith/ICRAF)
Les cultivateurs de maïs augmentent leur rendement grâce à des arbres fertilisants
© Charlie Pye-Smith/ICRAF

Un des plus grands avantages de l'agriculture pérenne - qui intègre des arbres dans les cultures vivrières annuelles offrant ainsi une couverte végétale toute l'année - est que l'on peut planter une large variété d'espèces arboricoles offrant aux ménages les biens et services dont ils ont besoin. Et au-delà de fournir de la nourriture et des revenus, les arbres améliorent également la fertilité des sols et la conservation de l'eau. Le Faidherbia, par exemple, est un arbre qui fixe l'azote ; sa racine pivotante pénètre profondément dans le sol, faisant de lui une espèce résistante à la sécheresse et qui, contrairement à la plupart des arbres, perd ses feuilles pendant la saison des pluies fournissant ainsi une biomasse précieuse utilisée comme paillage. En Zambie et au Malawi, plus de 100.000 agriculteurs ont modifié leurs pratiques agricoles de conservation pour y intégrer des cultures vivrières à l'intérieur de systèmes agroforestiers de Faidherbia.

Le Gliricidia sepum, un autre arbre fertilisant intercalé dans les cultures comme un buisson, est élagué pendant les récoltes pour fournir de la biomasse, du fourrage et du combustible. En plus d'accroitre la fertilité des sols, il permet d'éradiquer les mauvaises herbes, d'améliorer la filtration de l'eau et d'augmenter la quantité de carbone emmagasinée dans le sol. Selon Garrity « les systèmes agroforestiers offrent des possibilités nettement plus vastes de compensation du carbone que n'importe quelle autre pratique agricole d'atténuation des changements climatiques ».

Ça bouge au Malawi, au Kenya, au Niger et au Sénégal

De nombreux agriculteurs ont augmenté leurs revenus en faisant pousser des arbres fruitiers indigènes comme le prunier d'Afrique (© ICRAF)
De nombreux agriculteurs ont augmenté leurs revenus en faisant pousser des arbres fruitiers indigènes comme le prunier d'Afrique
© ICRAF

En 2005, grâce au travail de l'ICRAF et de ses partenaires, environ 100.000 petits agriculteurs au Malawi ont bénéficié de plantations d'arbres fertilisants. Par ailleurs, au cours de ces quatre dernières années, 200.000 autres familles d'agriculteurs ont connu une augmentation de leur production de nourriture et de leur nutrition grâce au développement de systèmes agroforestiers dans le cadre du Programme de Sécurité Alimentaire par l'Agroforesterie au Malawi, financé par la Coopération irlandaise. Ce projet fournit des semences et du matériel de pépinière et dispense des formations dans diverses pratiques d'agroforesterie, et notamment la plantation d'arbres fertilisants, qui offrent de nombreux avantages aux populations pauvres.

Le Malawi n'est pas le seul pays d'Afrique à soutenir l'expansion de l'agroforesterie. Le Kenya a entamé une politique audacieuse via sa nouvelle Initiative pour un Kenya Vert avec pour objectif une couverture boisée de 10 % ; l'Ethiopie pour sa part s'est engagée à étendre les agro-forêts sur 15 millions d'hectares d'ici 2015, en visant plus particulièrement les zones désertifiées à faible densité boisée. En Afrique de l'Ouest, le projet de reverdissement du Sahel, bien implanté au Niger, s'étend vers le développement de parcs forestiers de Faidherbia dans les plaines du Séno au Mali ainsi qu'au Sénégal. Il a été démontré que la production de maïs, de sorgho et de mil dans ces agro-forêts a entrainé de manière spectaculaire un renforcement de la résistance de ces cultures à la sécheresse durant les années sèches grâce à un régime hygrométrique du sol plus favorable et un meilleur microclimat.

Un nouveau réseau en Asie du Sud

Les arbres procurent du fourrage, du bois, des fruits, du combustible et de l'ombre pour les cultures (© Charlie Pye-Smith/ICRAF)
Les arbres procurent du fourrage, du bois, des fruits, du combustible et de l'ombre pour les cultures
© Charlie Pye-Smith/ICRAF

Fort du développement rapide et du succès de l'agriculture pérenne en Afrique, l'ICRAF a participé début 2011 au lancement du Réseau pour l'Agriculture Pérenne en Asie du Sud, auquel sont associés des universités, des centres de recherche, des ONG et des organismes gouvernementaux à travers huit pays. Ce tout nouveau réseau s'est donné pour mission d'aider à la régénération naturelle des arbres indigènes dans les zones arides et sèches, d'identifier d'autres espèces arboricoles et principalement celles qui permettent de reconstituer la fertilité des sols, et de proposer des mécanismes d'expansion en vue d'une adoption de l'agriculture pérenne à grande échelle par les communautés agricoles. Le Prosopis cineraria, par exemple, est déjà largement répandu dans les systèmes agroforestiers sur des millions d'hectares de terres à travers le Rajasthan ; il procure de l'ombre aux cultures, et est également une source de fourrage, de combustible et de bois. L'Acacia tortillis est utilisé dans les zones arides du centre de l'Inde : c'est une des rares espèces qui supporte les milieux hostiles et arides.

En Afrique, le travail sur l'agriculture pérenne se poursuit, au travers notamment de travaux préparatoires pour des programmes nationaux en cours en Tanzanie, au Mali et dans 12 autres pays, soutenus par l'ICRAF et ses partenaires. Une des principales priorités est d'intensifier la recherche en matière de génétique et de propagation pour soutenir l'expansion de l'agriculture pérenne. Des politiques favorables tant au niveau national qu'international sont également nécessaires, ainsi que le développement de divers partenariats et le renforcement des capacités au sein des systèmes nationaux, pour assurer l'intensification de la recherche et du développement en la matière.

Et Garrity de conclure : « nous voyons l'agriculture pérenne comme rien de moins que la voie radicale, mais parfaitement réaliste, pour une transformation de l'agriculture. Les possibilités offertes par l'agriculture pérenne doivent inspirer les générations suivantes. Nous devons y croire au vu des succès déjà engrangés et maintenir le mouvement ».

Date de publication: décembre 2011

 

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