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Redessiner sa forêt en 3D

Des enfants sur les troncs abattus le long du fleuve Ngounié au Gabon (© Giacomo Rambaldi/CTA)
Des enfants sur les troncs abattus le long du fleuve Ngounié au Gabon
© Giacomo Rambaldi/CTA

Comme d'autres peuples autochtones disséminés sur l'ensemble du bassin du Congo, les Babongo possèdent une connaissance riche et unique des ressources naturelles dont ils disposent. Le paysage couvrant la plus grande partie de leur territoire se caractérise par une forêt dense équatoriale où ces chasseurs cueilleurs habitent depuis des centaines d'années, traversée par des fleuves, des terrains escarpés et un climat chaud et humide.

« Aujourd'hui, confrontés à l'abattage extensif et aux effets du changement climatique, ces populations sont menacées, parfois on les chasse même de leurs territoires », affirme Léonard Odambo, Président du groupement des minorités autochtones Pygmées du Gabon (MINAPYGA).

Négociations au sujet des ressources naturelles

De plus, si la déclaration visionnaire du Gabon d'établir 13 parcs nationaux en 2002 a permis de protéger de vastes aires de forêts tropicales, le parc de Waka qui s'étend du centre au sud du pays dans la province de la Ngounié, ne reconnaît pas aux Babongo et Mitsogho (une ethnie voisine) les droits d'utilisation des ressources naturelles et ceux-ci se sentent exclus d'une partie de leur territoire traditionnel. En effet, la délimitation du Parc a été approuvée sans consultation préalable des populations riveraines et les villageois se plaignent des obstacles majeurs à l'accès et à l'utilisation des ressources tels le gibier et les fruits des safoutiers plantés par leurs ancêtres. Les restrictions imposées aux activités traditionnelles de chasse et de cueillette provoquent également des pénuries alimentaires.

Le village d'Ebel aux abords de la forêt utilisée pour ses ressources naturelles (© Giacomo Rambaldi/CTA)
Le village d'Ebel aux abords de la forêt utilisée pour ses ressources naturelles
© Giacomo Rambaldi/CTA

Afin de faciliter les négociations entre groupes Babongo, Mitsogho et les autorités au sujet des droits fonciers, des ONG et autorités gabonaises ont invité d'autres partenaires pour entamer des discussions sur les relations des peuples autochtones. A cet effet, le concept de la modélisation participative tri-dimensionnelle (MP3D) a été introduit aux villageois en 2009 par un partenariat comprenant l'Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN), Brainforest, le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), le Comité de coordination des Peuples Autochtones de l'Afrique (IPACC), MINAPYGA, la Rainforest Foundation UK, et la Wildlife Conservation Society-Gabon (WCS)*.

Intégrer les connaissances du territoire dans le modèle 3D

« Ils se sentaient oubliés par les décideurs », explique Benoît Nziengui, conservateur du Parc national de Waka « et ces méthodes leur donnent la parole. Pour l'exercice, ils ont seulement besoin de leurs connaissances sur leur territoire traditionnel, qui inclut le parc de Waka ». Le but de l'exercice, qui s'est achevé en mai 2011, étant de construire une maquette ou modèle 3D qui reflète l'héritage culturel des Babongo et de leurs terres afin de renforcer leur place dans la société civile.

« Si cet exercice est mis en place comme une intervention à long-terme », explique Giacomo Rambaldi, Coordinateur senior de programme CTA, « cela portera ses fruits ». Les facilitateurs, provenant eux-mêmes des communautés locales, ont donc visité les communautés des forêts pour développer une légende basée sur des classifications et descriptions des ressources provenant du savoir autochtone.

Femmes de la communauté Babongo examinant une photo d'un modèle 3D réalisé au Kenya (© Giacomo Rambaldi/CTA)
Femmes de la communauté Babongo examinant une photo d'un modèle 3D réalisé au Kenya
© Giacomo Rambaldi/CTA

Ensuite, aidés des élèves de l'école primaire de Fougamou qui se sont portés volontaires pour élaborer deux maquettes couvrant une superficie totale de 625 km2 à l'échelle 1 :10 000, les villageois ont tâché d'illustrer précisément les différents types de couvert végétal et d'occupation du sol, les lieux sacrés, les réserves naturelles, les routes et les sentiers et autres zones, sur la carte. « Les Babongo ont pu situer leurs lieux d'activités et de rites. Leurs connaissances de la forêt sont très utiles et ils veulent réellement être impliqués dans la gestion du Parc National » commente Charlotte Essoka Mossounda de l'ONG Mouyssi Environnement du Gabon.

Résoudre les problèmes sociétaux

« Le processus de la cartographie participative consiste à aller d'une carte vide à une maquette garnie d'informations fournies par les villageois sur base de leur mémoire et visualisées sous la forme de points, lignes et polygones », explique Rambaldi. « Il ne s'agit pas d'une maquette conçue pour ne pas être utilisée, mais plutôt d'une pratique dont la finalité est de résoudre un ensemble de problèmes sociétaux au cours de laquelle nous essayons toujours de respecter les normes éthiques les plus élevées », ajoute t-il.

Ce type d'exercice peut être confronté à des problèmes de logistique et le taux de participation des femmes est un des aspects que les organisateurs souhaiteraient réellement améliorer. Selon Giacomo Rambaldi, « il est aussi indispensable de s'assurer une large participation des communautés impliquées mais aussi de veiller à minimiser la domination de certains individus au cours du processus, puis d'être sûr que le résultat soit validé par les détenteurs des connaissances eux-mêmes ».

Représentants des communautés Babongo et Mitsogho travaillant sur le modèle 3D à Fougamou (© Giacomo Rambaldi/CTA)
Représentants des communautés Babongo et Mitsogho travaillant sur le modèle 3D à Fougamou
© Giacomo Rambaldi/CTA

L'atelier a attiré beaucoup d'attention et a été très médiatisé, situation unique pour les Babongo. Les autorités gouvernementales locales ont d'ailleurs assisté à la cérémonie de clôture, encourageant les populations vivant en périphérie du parc à contribuer à la gestion durable de ses ressources. Depuis, différentes communautés ont déjà créé un conseil représentatif chargé de faire entendre leur voix et de faire reconnaître leurs droits sous l'égide du Programme régional pour l'environnement en Afrique Centrale (CARPE).

« Des exercices de cartographie 3D similaires sont maintenant planifiés par les organisations de la société civile pour d'autres parcs nationaux au Gabon et la maquette pourrait servir comme outil de gestion pour appuyer la planification et la prise de décisions relatives aux communautés locales, afin qu'elles puissent participer à l'élaboration du plan de gestion du Parc National de Waka, qui devra être validé en 2012 », se réjouit Dr Nigel Crawhall, Directeur de l'IPACC.

* L'ANPN, Brainforest, le CTA, l'IPACC, le MINAPYGA, la Rainforest Foundation du Royaume-Uni et la Wildlife Conservation Society au Gabon (WCS) ont appuyé une série d'initiatives dont cet atelier de cartographie participative dans le cadre d'efforts régionaux visant à impliquer les communautés locales dans la gestion durable des ressources naturelles du bassin du Congo, à valoriser les savoirs traditionnels et à s'assurer du partage équitable découlant de la gestion des zones protégées.

Date de publication: décembre 2011

 

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