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Des arbustes fourragers pour augmenter la production laitière

Mary coupe au moins six kilos de feuillage frais par jour (© WRENmedia)
Mary coupe au moins six kilos de feuillage frais par jour
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A l'aide d'un sécateur qui lui permet d'opérer une coupe nette favorisant la repousse, Mary Gikuni récolte des branches de calliandra dans les rangées d'arbustes d'un mètre de haut qu'elle a plantés sur les pourtours de son terrain agricole en pente. Retournant systématiquement auprès de chaque plant toutes les 8 à 12 semaines, Mary coupe au moins six kilos de feuillage frais par jour qu'elle donne à manger à ses trois vaches, ainsi qu'à plusieurs chèvres, des lapins et même à ses poules - cela favorise le durcissement des coquilles d'œuf. Elle est l'une des quelques 200.000 producteurs laitiers en Afrique de l'Est qui ont investi dans des arbustes fourragers et qui font état d'une croissance de leur rendement laitier d'au moins 1 à 2 litres de lait par animal et par jour. Près de la moitié des agriculteurs qui ont recours aux arbustes sont des femmes.

Par comparaison avec d'autres types d'aliments, les arbustes fourragers présentent de nombreux avantages. Les feuilles et les gousses sont riches en protéines - plus du double de la quantité contenue dans les herbes fourragères - et peuvent satisfaire jusqu'à 60 % des besoins d'un ruminant. Le Napier (ou herbe à éléphants) est le fourrage le plus courant chez les producteurs laitiers au Kenya, mais sa teneur approximative en protéines (environ 9 %) n'est pas suffisamment élevée pour lui permettre de maintenir à lui seul un rendement laitier satisfaisant. Les compléments alimentaires industriels adaptés à la production laitière - un mélange de farines de maïs et de blé, de tourteaux de coton, de farine de soja et de farine de poisson - sont cependant difficiles à transporter et trop onéreux pour la plupart des agriculteurs : un sac de 90 kg pour nourrir une vache pendant une semaine coute environ 18 US$.

De petits investissements pour de nombreux bénéfices

Les agriculteurs gagnent en moyenne entre 95 et 120 US$ grâce à l'accroissement de la production laitière (© WRENmedia)
Les agriculteurs gagnent en moyenne entre 95 et 120 US$ grâce à l'accroissement de la production laitière
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Selon le Centre mondial de l'agroforesterie (ICRAF), l'un des principaux promoteurs des arbustes fourragers, l'impact total des arbres en termes de revenu net supplémentaire provenant de la production du lait pourrait s'élever à pratiquement 30 millions US$ sur les 15 dernières années, seulement au Kenya. La première année, les agriculteurs dépensent environ 11 US$ pour faire pousser et transplanter les plants, qu'ils peuvent choisir parmi neuf variétés recommandées. Les années suivantes, ils gagnent en moyenne entre 95 et 120 US$ grâce à l'accroissement de la production laitière, une vache nécessitant généralement 500 arbustes pour la nourrir tout au long de l'année. En tant qu'espèces légumineuses, de nombreux arbustes fourragers présentent en outre l'avantage de pouvoir fixer l'azote atmosphérique et d'améliorer la fertilité des sols.

Un des ingrédients responsables du succès des arbustes fourragers a été l'offre d'une formation de base sur la façon de les cultiver et de les utiliser. Mary, par exemple, raconte que c'est la société SeedCo qui lui a présenté à l'origine ce concept, mais au début, elle avait l'impression d'apprendre « pour le seul plaisir de la connaissance ». « Quand j'ai commencé, je n'étais pas très assidue », dit-elle, « mais lorsque l'ICRAF a introduit les arbustes fourragers pour la seconde fois, j'ai été intéressée et je leur ai même montré les semences que j'avais reçues de SeedCo et que je n'avais pas utilisées ».

Une promotion entre agriculteurs

Après avoir suivi plusieurs formations avec l'ICRAF en 2005, Mary a adopté plus sérieusement le système des arbustes, et depuis lors ses rendements laitiers ont triplé. « Je récolte maintenant 22 litres par vache chaque jour », dit-elle, « et mes clients disent que le lait est plus riche en protéines et en matière grasse ». Parallèlement à la croissance de ses rendements laitiers, les dépenses de Mary en intrants alimentaires ont diminué de pas moins de 75 %. Avec l'aide de son mari, qui lui avait donné au départ une parcelle d'un demi-hectare près de leur ferme pour monter son affaire agricole, Mary assure également la promotion des arbustes auprès des autres agriculteurs : elle organise des ateliers dans un local de formation aménagé dans sa ferme, et tire un revenu complémentaire de la vente de semences.

Mary assure la promotion des arbustes auprès des autres agriculteurs (© WRENmedia)
Mary assure la promotion des arbustes auprès des autres agriculteurs
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Neuf variétés d'arbustes (dont deux indigènes d'Afrique de l'Est) sont maintenant disponibles pour s'adapter aux différents écosystèmes de la région, des basses terres côtières chaudes et humides aux hauts-plateaux montagneux qui culminent à 3.000 mètres. La dissémination entre agriculteurs a été un élément déterminant dans l'expansion du système, chaque agriculteur participant transférant des semences à six autres agriculteurs en moyenne. Les arbustes fourragers sont très prisés par les agriculteurs les plus pauvres car ils ne requièrent pratiquement pas d'investissement en argent liquide : les seuls intrants nécessaires sont des semences et une quantité de travail raisonnable. Les arbustes sont des plantes à racines profondes, ils continuent ainsi de fournir de la nourriture pendant les mois secs, ce qui permet aux agriculteurs de maintenir un niveau de production de lait stable et de profiter des prix les plus élevés en fonction des saisons. « Les arbustes fournissent aussi du bois de chauffage, des tuteurs pour les plants de tomates, de bananes et de haricots grimpants, et leurs fleurs procurent de quoi butiner aux abeilles pour la production du miel », rajoute Esther Karanja de l'ICRAF.

Le large succès des arbustes fourragers démontre que grâce à la science, on peut contrer la mauvaise fortune des petits agriculteurs, coincés par les effets du changement climatique et la spirale des coûts des intrants. Un avantage important des arbustes les plus populaires, tels que le calliandra, le trichandra et le mûrier, est que les agriculteurs ne doivent pas renoncer à leurs autres cultures pour leur faire de la place. Les arbustes sont élevés en haies autour des limites de l'exploitation ou le long de parcelles où ils participent à l'effort de réduction de l'érosion des sols. L'élagage à une hauteur d'un mètre évite de faire de l'ombre aux cultures voisines. Les arbustes sont également faciles à cultiver, arrivant à maturité en plus ou moins 12 mois, période après laquelle ils peuvent être élagués régulièrement et servir de nourriture pour le bétail pendant près de 20 ans.

Ecrit par: Bob Koigi

Date de publication: décembre 2011

 

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