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Partager le secret des arbres

Le projet met en avant les fruits locaux et les espèces médicinales (© Alain Tsobeng/ICRAF)
Le projet met en avant les fruits locaux et les espèces médicinales
© Alain Tsobeng/ICRAF

« Les arbres ont un secret. Il ne faut jamais garder pour soi la façon de les multiplier et de les planter. Si le voisin ne le sait pas, il coupera vos arbres en votre absence, mais si vous avez tous les deux des arbres, alors vous vivrez en paix » raconte Zac Tchoundjeu, coordinateur régional de l'ICRAF en Afrique occidentale et centrale, aux agriculteurs de la province du Bas Congo lors d'une visite de terrain pour encourager la multiplication des arbres.

Pendant longtemps dans cette partie d'Afrique centrale, les espèces ligneuses ont permis aux communautés de subvenir à leurs besoins domestiques. Puis la croissance rapide de la population a épuisé les ressources et la déforestation subséquente a réduit la diversité des espèces et érodé la base génétique des arbres tropicaux nécessaires aux besoins quotidiens des communautés rurales. Les agriculteurs pratiquent alors une agriculture de subsistance enrichie de cultures de rente basées sur le cacao et le café.

« Pour de nombreuses familles, la faim est un véritable problème. La majorité des petits exploitants agricoles comptent presque entièrement sur la vente du cacao ou du café pour leurs revenus ; ce sont des récoltes qu'ils ne peuvent pas manger et dont les prix sont fixés par des intermédiaires à l'autre bout du monde », déplore Tchoundjeu.

Diversifier les sources de revenus

Cherchant du coup à diversifier leurs sources de revenus, ils ont commencé à intégrer des espèces d'arbres indigènes dans des systèmes agroforestiers, passant à la domestication des arbres fruitiers mais ils rencontrent des difficultés liées notamment au manque de connaissances en termes de propagation des espèces ou de la commercialisation des fruits.

Les organisations relais sont responsables de la diffusion des techniques de domestication des arbres (© Apollinaire Biloso/ICRAF)
Les organisations relais sont responsables de la diffusion des techniques de domestication des arbres
© Apollinaire Biloso/ICRAF

Présent au travers de projets sur la domestication participative des arbres depuis longtemps, le Centre Mondial de l'Agroforesterie (ICRAF) a, depuis 2009, mis en place un projet avec l'appui du Fonds international de développement agricole (FIDA), intitulé 'Domestication participative des arbres en Afrique Centrale et de l'Ouest' avec des activités au Nigeria, au Cameroun et au Congo, visant avant tout à améliorer les revenus des ménages ruraux et leurs conditions de vie tout en réhabilitant l'environnement.

Si les agriculteurs choisissent eux-mêmes les espèces qu'ils souhaitent multiplier et planter dans leurs parcelles, le projet met en avant les fruits locaux et les espèces médicinales dont les valeurs alimentaire, économique et culturelle sont élevées. On retrouve surtout les espèces prioritaires suivantes : le safou ou prune africaine, la mangue sauvage, le njansang, le kola amer, l'Enanthia chlorantha ou encore le fumbwa ou l'okok.

Collaboration étroite pour mieux diffuser les innovations

« Les méthodes d'horticulture que nous utilisons n'ont rien de nouveau », souligne Ebenezar Asaah, chercheur en domestication à l'ICRAF. « Ce qui est nouveau, c'est la connaissance que nous avons acquise au sujet de la biologie des espèces locales et la participation étroite des agriculteurs au processus intégral de domestication ».

Avec l'aide des agriculteurs et des cueilleurs locaux, les chercheurs ont pu relever les arbres qui avaient les caractéristiques souhaitées. Ils ont ensuite recherché les meilleures façons de propager des arbres pour qu'un grand nombre de copies identiques soient disponibles en relativement peu de temps.

Le Centre de ressources est un lieu qui comporte une pépinière (© Apollinaire Biloso/ICRAF)
Le Centre de ressources est un lieu qui comporte une pépinière
© Apollinaire Biloso/ICRAF

Ensuite des 'organisations relais' composées de groupes paysans, de services de vulgarisation, d'ONG, partenaires directs du projet sont responsables de la diffusion des techniques de domestication des arbres. « Ces organisations identifient les agriculteurs intéressés puis, avec les chercheurs, adapteront et diffuseront les innovations à l'aide de démonstrations, de formations et d'assistance technique », explique Ann Degrande, responsable du projet, « ces innovations concernent notamment les techniques de bouturage, de greffage et de marcottage, jamais appliquées aux arbres fruitiers indigènes auparavant, mais visent aussi la commercialisation des produits forestiers ».

Intégration des techniques agroforestières

« Dès que j'ai eu terminé la formation, je me suis rendu compte qu'elle m'aiderait à transformer ma petite exploitation agricole », se souvient Christophe Missé, basé près de Yaoundé, au Cameroun. Le manguier sauvage, le safoutier et le njansang poussent à présent à côté du cacao, sa culture principale. Les safoutiers sont particulièrement impressionnants : plusieurs parmi ceux qui portent le plus de fruits lui rapportent cinq fois plus que chaque pied de cacao.

Le développement de 'Centres de ressources' est également un élément clé dans la stratégie de dissémination des technologies agroforestières. En RD Congo, par exemple, l'inexistence de services de vulgarisation et le manque de capacités techniques empêchent le partage d'innovations proposées par la recherche. Le Centre de ressources est un lieu qui comporte un point de démonstration (pépinières, parcelles), de formation et de diffusion de nouvelles techniques, géré par une association paysanne . « Il s'agit donc d'une diffusion de paysan à paysan, qui par conséquent est moins coûteuse, plus durable et le plus souvent plus efficace », constate Degrande. Avant d'être répliqués toutefois, ces centres doivent encore acquérir une autonomie propre et être davantage soutenus par les instances gouvernementales, estime Degrande.

Bénéfices rapides et plans pour le futur

« Plusieurs safoutiers parmi ceux qui portent le plus de fruits me rapportent cinq fois plus que chaque pied de cacao », affirme Misse (© Charlie Pye-Smith/ICRAF)
« Plusieurs safoutiers parmi ceux qui portent le plus de fruits me rapportent cinq fois plus que chaque pied de cacao », affirme Misse
© Charlie Pye-Smith/ICRAF

Jusqu'à présent, la recherche en Afrique occidentale et centrale s'est penchée sur un petit nombre d'arbres, mais des études montrent qu'au moins 30 autres espèces d'arbres fruitiers indigènes sont couramment utilisées par les agriculteurs. Au cours des prochaines années, bon nombre de ces espèces feront l'objet d'une méthode de domestication participative élaborée ces dix dernières années.

Cette approche offre bien des avantages. Même si les arbres plantés ne sont pas productifs avant quelques années, les bénéfices apparaissent déjà après cinq ans grâce aux ventes de matériel de multiplication disponible dans les pépinières des villages, permettant de générer un revenu moyen de 150-200 US$ par ménage par an. De plus, le programme de domestication des arbres contribue à accroître la biodiversité sur des milliers de petites exploitations agricoles.

« L'agroforesterie peut réellement faire partie d'une agriculture multifonctionnelle permettant d'atténuer la pauvreté et la dégradation de l'environnement », conclut Tchoundjeu, enthousiaste.

Date de publication: décembre 2011

 

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