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Entreprendre au féminin dans les îles du Pacifique

Le Pacifique connaît une croissance importante d'entreprises au féminin (© MORDI)
Le Pacifique connaît une croissance importante d'entreprises au féminin
© MORDI

Le Pacifique connaît une croissance importante du dynamisme commercial à l'initiative des femmes. Au rang des entreprises bien établies et florissantes dirigées par des femmes, on peut citer des noms célèbres comme Women in Business aux Samoa ou Hot Bread Kitchen aux Fidji. A leurs têtes, on retrouve des femmes instruites et sûres d'elles, originaires de zones urbaines, qui sont passées maîtres dans l'art d'entreprendre. Les choses se présentent toutefois différemment dans les régions rurales isolées du Pacifique : les femmes y sont souvent peu instruites, timides et moins armées pour relever les défis de l'entreprise commerciale. Dans cette aventure, elles se retrouvent confrontées à leur manque d'information et de formation dans la gestion des affaires, ainsi qu'à un manque d'accès aux crédits pour se lancer.

Niché entre une mangrove et une forêt de pins, Waisa est un village reculé sur l'île de Vanua Levu, seconde île en taille des Fidji. Cela fait quelques temps maintenant que ses habitantes se battent pour y développer une entreprise pérenne. Située à 25 km de la route la plus proche et à 125 km de la première ville, cette communauté villageoise compte à peine 68 personnes. Les femmes en sont les membres les plus fragilisés du fait qu'elles n'ont pas d'emploi rémunérateur ni d'autre source de revenus : elles représentent la moitié de la population et appartiennent toutes à l'Association des femmes de Waisa.

Premier round : les défis

« L'Association des femmes de Waisa a toujours rêvé de monter une entreprise communautaire mais nous n'avions pas les connaissances ni les compétences suffisantes », raconte Kesaia Rainima, trésorière de l'association. Pour encourager l'association, développer des idées commerciales et renforcer les compétences, le programme 'Mainstreaming of Rural Development Innovations' (MORDI*), qui a pour mission d'assister les communautés vulnérables des îles du Pacifique, a aidé l'association à élaborer des plans de développement et à trouver des idées de sources de revenus, en ayant recours à divers processus participatifs. Des formations pratiques en gestion des affaires à l'échelle d'un village, rédaction de projets et leadership, ont également été assurées en collaboration avec plusieurs ONG, les services publics et des instituts de formation en développement rural.

L'association des femmes de Waisa a opté pour l'ouverture d'un commerce dans le village (© MORDI)
L'association des femmes de Waisa a opté pour l'ouverture d'un commerce dans le village
© MORDI

Confiante dans ses nouvelles capacités, l'association a cherché un premier projet viable et a ainsi opté pour l'ouverture d'un commerce dans le village. Il fallait toutefois trouver un capital de départ pour couvrir les premiers coûts. « Nous avons sollicité un financement du programme MORDI, qui nous a été accordé à condition que plusieurs membres de l'association suivent une formation globale en gestion des affaires, et constituent ensuite le comité exécutif du magasin », explique Rainima.

Dès la formation terminée, le magasin a ouvert ses portes au milieu des festivités, en l'honneur de la réussite de ces femmes et il a rapidement connu un certain essor. « Nous avons gagné beaucoup d'argent parce qu'il n'y a pas d'autres commerces dans les environs », se rappelle Rainima. Malgré ce rapide succès, l'entreprise a du faire face à un problème qui a bien failli l'anéantir : certaines femmes, qui n'avaient pas participé à la formation et n'étaient pas directement impliquées, ont accusé les membres du comité exécutif de profiter de l'entreprise pour leur compte personnel. Ces accusations ont créé des troubles au sein de cette communauté autrefois paisible.

« Les femmes de part et d'autre ont cessé de se parler. Le village était divisé et l'ambiance particulièrement pénible », se plaint Rainima. Dans une tentative de résoudre le conflit, la gestion du magasin a été transférée aux accusatrices. Ceci a calmé les choses temporairement, mais le commerce a commencé à subir des pertes parce que les nouvelles gestionnaires n'avaient ni les connaissances ni les compétences pour diriger une affaire. Le magasin fut pratiquement mis en faillite et proche de la fermeture définitive.

Second round : le succès

« Cette situation nous a été rapportée lors d'une visite de contrôle et une réunion d'urgence a été organisée », raconte Iliapi Tuwai, coordinateur MORDI pour les Fidji. « Au terme de cette réunion, une solution a été proposée qui a aidé à lever les malentendus. Les femmes qui avaient initialement été formées ont alors été rétablies dans leurs fonctions. Nous avons instauré des réunions mensuelles qui ont offert aux membres un espace où régler les problèmes ; ceci a permis d'améliorer les relations en encourageant une meilleure approche de la propriété et l'unité », explique Rainima. Le magasin a également été mis en relation avec le commerce prospère d'un autre village du district, une collaboration dans laquelle l'association a pu trouver aide et conseils. Des visites d'échange ont aussi été organisées pour permettre aux femmes de Waisa de prendre connaissance des bonnes pratiques et des expériences de cet autre projet.

MORDI a organisé des ateliers sur la gestion des affaires (© MORDI)
MORDI a organisé des ateliers sur la gestion des affaires
© MORDI

Les leçons tirées de cette expérience ont aidé le programme MORDI à renforcer son système de suivi et d'évaluation pour qu'à l'avenir, les problèmes soient identifiés plus rapidement et traités dans les meilleurs délais. MORDI a également organisé des ateliers pour aider les femmes à formaliser par écrit leurs procédures d'exploitation et de gestion du magasin ; des procédures en matière de transparence des comptes, tenue des registres et développement des activités ont aussi été mises en place avec l'aide et le consentement de tous les membres. Grâce aux bonnes relations qu'elle entretient avec ses fournisseurs, l'association a par ailleurs été en mesure de négocier un crédit pour réapprovisionner le magasin. Et après tous ces efforts, le magasin a pu rouvrir.

L'association des femmes de Waisa a continué d'étendre ses activités pour répartir les risques et augmenter les bénéfices. Elle s'est ainsi lancée avec succès dans la production de miel et d'huile vierge. L'association a également développé le magasin et les services proposés, et emploie maintenant trois femmes à temps plein. A la fin de l'année 2011, l'ensemble des femmes de l'association s'est partagé un beau dividende grâce à la croissance importante des bénéfices générés par le magasin.

Le programme MORDI suit toujours l'association de Waisa mais avec un certain recul depuis septembre 2011. « Nous sommes persuadés que les femmes sont aptes à mener durablement cette entreprise », explique Vikash Kumar, Coordinateur régional du programme MORDI. « Etre indépendantes et apprendre à résoudre elles-mêmes leurs problèmes les aidera à construire une affaire plus autonome et pérenne ». Et l'expérience acquise ici est maintenant partagée avec les différents projets à l'échelle des villages, développés à travers le Pacifique.

« Nous sommes biens conscientes des défis qui nous attendent, mais nous sommes sûres que grâce à notre plan solide, nos bonnes relations avec les fournisseurs, le soutien des responsables du village, notre réseau de conseils, et le renforcement de notre association avec des femmes qui désirent ardemment passer à la vitesse supérieure, nous y arriverons », espère Rainima. « Notre association espère un jour être aussi connue que les grandes entreprises comme Women in Business et Hot Bread Kitchen ».

* Le programme MORDI a pour objectif de favoriser le développement de moyens d'existence innovants et durables au profit des communautés rurales pauvres, vulnérables et isolées des Fidji, des Tonga, des Kiribati, des îles Cook, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des Samoa, des îles Salomon et du Timor-Leste. Ce programme soutient également des initiatives qui donnent la parole aux populations rurales pour qu'elles soient entendues par les décideurs politiques et les prestataires de services publics.

Ecrit par: Vikash Kumar

Date de publication: mars 2012

 

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