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A Nairobi, des jardins potagers en sacs

Des sacs remplis de terre permettent à des familles défavorisées du Kenya de cultiver des légumes (© Solidarités)
Des sacs remplis de terre permettent à des familles défavorisées du Kenya de cultiver des légumes
© Solidarités

Le paysage des quartiers pauvres de Nairobi est en pleine mutation. Dans le dédale des bicoques aux murs de boue recouverts de toits de tôle, des jardins potagers fleurissent dans les espaces libres. Pas des carrés de légumes, il n'y a pas assez de place pour cela, mais des sacs remplis de terre, posés droits et d'où s'échappent de toutes parts des plants de chou et d'épinard, des herbes et des oignons. On estime que ces jardins en sac ont déjà permis à une partie des familles les plus pauvres du Kenya d'épargner l'équivalent de millions de shillings (Ksh) en leur évitant de dépenser de l'argent pour l'achat de légumes.

Le concept du « jardin en sac » a été introduit par une ONG internationale, suite aux violences post-électorales et à la sécheresse de 2008. Dans les bas-quartiers de Mathare, Kiambiu, Mukuru et Kibera, l'ONG française Solidarités International a fourni à ce jour des jardins en sac à 48.500 ménages, jardins qui profitent directement à plus de 240.000 personnes. « Près de 70 % des participants à ce projet sont des femmes », explique Winnie Mbusya, Coordinatrice du programme pour Solidarités International. « La majorité de celles-ci ont entre 17 et 35 ans et ont la responsabilité de nourrir leurs familles. La plupart des femmes adhèrent ainsi à ce projet principalement pour accroître leur accès à la nourriture ».

Des bénéfices pour le porte-monnaie et la santé

« Lorsque nous avons commencé à introduire cette technique, les gens n'y croyaient pas, » se rappelle Mbusya. « Mais une fois constatés les résultats, les sacs ont été rapidement adoptés ». En 2010, environ 76.000 sacs ont été distribués à 19.000 familles. « Ce qui représente un total d'un hectare de jardins en sac », précise Mbusya. « A raison de 40 plants par sac, il aurait fallu plus de 33 hectares pour planter l'équivalent en pleine terre ».

Il y a deux ans, Lillian Khayesi a quitté l'ouest du Kenya pour Nairobi afin de trouver un travail. Femme seule, malade et avec un enfant à charge, elle n'a pu trouver aucun emploi. « Ces sacs sont une ressource vitale pour moi », explique-t-elle. « Avant je dépendais entièrement de ma communauté, mais maintenant je peux nourrir mon fils sans l'aide de personne ». Ann Owino, une autre bénéficiaire, dépensait chaque jour 35 Ksh pour acheter des choux et des oignons afin de nourrir ses huit enfants ; grâce à ses deux sacs, elle peut désormais économiser 140 Ksh chaque semaine, de l'argent qu'elle utilise pour se procurer d'autres produits alimentaires et ainsi améliorer le régime quotidien de la famille.

Une colonne centrale de pierres permet à l'eau d'irriguer toutes les parties du sac (© Solidarités)
Une colonne centrale de pierres permet à l'eau d'irriguer toutes les parties du sac
© Solidarités

Depuis qu'elle a rejoint le projet comme bénéficiaire, Millicent Atieno n'a pas du acheter d'oignons ni de coriandre pour sa famille qui compte cinq personnes. Sa voisine, Roseline Anyango, se débrouille encore mieux avec ses dix sacs : non seulement elle produit suffisamment de légumes pour son ménage de quatre, mais gagne 60 Ksh chaque jour grâce à la vente de choux et d'oignons. « C'est ce vers quoi nous essayons que le projet tende : que les familles aient assez de légumes pour se nourrir et qu'elles puissent aussi vendre des surplus à leurs voisins pour dégager un revenu », explique Mbusya.

Solidarités International aide les agriculteurs en leur fournissant des plants et en les formant à la culture et à la gestion de ces potagers en sacs. Si de l'extérieur les sacs semblent remplis de terre, il y a toutefois une colonne de pierres en leur centre : cela permet à l'eau d'irriguer toutes les parties du sac, et les plantes peuvent ainsi pousser aussi bien sur les côtés qu'au sommet. Chaque sac compte une trentaine de plants, le nombre variant en fonction du type de cultures, et est soumis à un régime d'irrigation strict - au départ deux fois par jour. L'essentiel de l'eau utilisée pour arroser les sacs provient de puits creusés à la main, la plupart des cultivateurs récupérant également les eaux domestiques usées.

De nombreux défis : terre, eau, ravageurs …

Mbusya raconte qu'alors que le projet gagnait en popularité au sein de la population urbaine pauvre, il a fallu régler plusieurs problèmes récurrents, et notamment la recherche d'espaces où déposer les sacs ainsi que l'accès à de la terre fertile et à l'eau. Des tests ont par ailleurs dissipé les craintes initiales concernant la présence de métaux dangereux dans les légumes ainsi cultivés.

Les ravageurs ont également été une source d'ennuis mais le recours à des solutions maison a permis de les éradiquer et d'accroitre la fertilité des sols. Marion Ng'ang'a, responsable technique du projet, explique comment les agriculteurs ont appris à fabriquer du composte avec les déchets de cuisine et les matières organiques récupérées dans les décharges locales, et comment ils ont également tenté d'intercaler la culture de leurs légumes avec des variétés de légumineuses comme le niébé. Une plante locale, le tournesol sauvage (Tithonia diversifolia), connue pour sa richesse en azote, est broyée et mélangée à de l'eau pour en faire un engrais foliaire. « On écrase également de l'ail, du sornet (Bidens pilosa), du poivre et des plantes locales à l'odeur forte, que l'on mélange ensuite à de l'eau, pour faire un bio-pesticide assurant une protection efficace contre une série d'insectes et d'oiseaux », poursuit Ng'ang'a. Préparé de la même manière, la Tagetes minuta s'est aussi avérée utile pour protéger les plants contre les maladies fongiques et les nématodes.

Un projet qui s'inscrit dans la durabilité

Les écoles des quartiers pauvres ont également adopté le concept des 'jardins en sacs' (© Solidarités)
Les écoles des quartiers pauvres ont également adopté le concept des 'jardins en sacs'
© Solidarités

Mbusya relève encore que le concept du jardin en sac ne profite pas qu'aux seules femmes : il a également été adopté par les écoles de ces quartiers. « Chaque élève s'occupe d'un sac », explique James Maora, professeur de sciences à l'Ecole secondaire 'Olympic'. « Les récoltes sont utilisées par la cantine de l'école et grâce aux économies que nous faisons, nous pouvons aider ceux qui ne peuvent pas payer les frais de scolarité. En contrepartie, les enfants doivent utiliser cette technique chez eux. Les familles sont ravies de ces jardins en sac. Ce que les enfants apprennent ici leur restera pour la vie ». Autre indice de l'appropriation du projet par les communautés, des groupements et des particuliers ont créé des pépinières et vendent des plants de légumes à leurs collègues agriculteurs.

En 2010 et 2011, Solidarités International a collaboré étroitement avec les agents de développement du gouvernement pour renforcer leurs compétences et leur permettre de fournir l'aide nécessaire en matière de culture en sacs. Ceci a permis à l'ONG de revoir à la baisse son programme de sécurité alimentaire dans les quartiers de Kibera, Mathare et Kiambiu dès la fin de l'année 2011. Selon Keith Porter, Directeur du bureau de Solidarités International pour le Kenya et la Somalie, l'impact durable des activités développées dans le cadre de ce projet semble très important, mais ce ne sera qu'au milieu voire vers la fin de l'année 2012 que l'on pourra le mieux apprécier l'effet sur la durabilité, lorsque les bénéficiaires et les équipes d'agents de développement auront pu travailler entre 6 et 12 mois sans l'aide quotidienne de Solidarités International.

Date de publication: mars 2012

 

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Excellent write-up. I love the faultless intrieatgon of fami... (posted by: Perla)

 

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