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Les agricultrices développent l'industrie alimentaire au Sénégal

Au Sénégal, la transformation du poisson est généralement effectuée par les femmes (© FAO/Roberto Faidutti)
Au Sénégal, la transformation du poisson est généralement effectuée par les femmes
© FAO/Roberto Faidutti

Loin du calme de leur village côtier, Yandé Ndaw, présidente de l'Union locale des femmes de Soucouta, et cinq de ses collègues, se sont rendues à Dakar, à plus de 250 km de Soucouta, en amenant avec elles plusieurs centaines de kilos de produits halieutiques transformés dans leurs bagages : du poisson séché, des coquillages, des crevettes et des huitres séchées.

Ensemble, elles ont fait le voyage jusqu'à la capitale pour assister à une exposition de produits de la pêche, organisée par la Fédération nationale des groupements d'intérêt économique pour la pêche, lors de la célébration de la Journée mondiale des pêches en novembre 2011. « Cette année, nous avons tout vendu grâce à des techniques apprises de la FAO », s'exclame Yandé. « Nous pouvons rentrer à la maison heureuses ».

L'Union locale des femmes de Soucouta est l'un des 6 groupes formés de 20 personnes chacun qui bénéficie d'une formation dans le cadre du Programme de la FAO pour la sécurité alimentaire (PISA). Financé par le projet italien pour la sécurité alimentaire, le PISA a travaillé pour améliorer le traitement et la commercialisation de produits de la pêche en favorisant l'accès aux équipements et aux intrants et l'amélioration des compétences techniques et organisationnelles de ces transformatrices de la zone de Toubacouta, située au sud ouest du Sénégal, à façade maritime sur l'Océan Atlantique.

Améliorer les moyens de subsistance

Le PISA favorise l'accès aux équipements et aux intrants des femmes transformatrices (© FAO)
Le PISA favorise l'accès aux équipements et aux intrants des femmes transformatrices
© FAO

« Au Sénégal, la transformation du poisson est généralement effectuée par les femmes, avec des techniques simples et rudimentaires qui ne nous permettent pas de fonctionner correctement », explique Yandé, transformatrice. De plus, les conditions souvent vétustes affectent la qualité du poisson et des fruits de mer vendus par les femmes. « Nous n'avons pas d'entrepôts ou autres installations modernes et nous sommes confrontées à des difficultés de transport pour amener nos produits sur le marché », ajoute Yandé. « La commercialisation est aussi un sujet de préoccupation parce que les ventes ont tendance à être réalisées individuellement, et les prix sont encore bas, malgré les efforts déployés pour améliorer la qualité. Donc, les femmes sont désavantagées ».

En travaillant avec les femmes, le projet a développé des pratiques de travail normalisées, comprenant des lignes de production pour renforcer les capacités des femmes et standardiser le processus de transformation, ce qui améliore la qualité. Des pratiques d'hygiène, conformément aux normes recommandées par le gouvernement du Sénégal, ont également été mises en œuvre, notamment en introduisant la construction des sites de transformation dans lesquelles des mesures de séparation des produits sains et souillés sont prises en compte. Ce système est communément appelé « marche en avant ».

« Nos clients préfèrent nos produits quand ils savent qu'ils sont sains, savoureux et nutritifs », explique Yandé. « Les poissons de qualité ont également une durée de conservation plus longue. Par conséquent, nous avons considérablement augmenté notre revenu, ce qui nous permet de soutenir les charges de famille comme l'éducation et la santé », ajoute-t-elle.

Pour augmenter encore la valeur des produits de la pêche et le respect des règles d'hygiène, une formation a également été donnée sur les techniques de transformation et les équipements nécessaires à la transformation. Toujours dans ces sens, les séchoirs et les fours ont été améliorés. « Avant, les femmes n'étaient pas au courant des dosages corrects des solutions de préparation, ou de la durée de la fermentation », explique Ndiol Babacar, expert dans le volet pêche du projet PISA. « Elles n'avaient pas de claies de séchage et utilisaient beaucoup de bois pour la cuisson ». Suite à une enquête sur les fours disponibles dans le commerce, les fours ont été redessinés pour réduire la consommation de bois de 30 % et tenir compte de la transformation des produits halieutiques. Ceux-ci ont récolté un tel succès que d'autres organismes et partenaires ont commencé à promouvoir le nouvel équipement.

L'augmentation du nombre de femmes qui capturent le poisson conduira à la sécurité alimentaire de Soucouta (© FAO)
L'augmentation du nombre de femmes qui capturent le poisson conduira à la sécurité alimentaire de Soucouta
© FAO

Bateaux motorisés, équipement d'exploitation (seaux, couteaux de détroquage), équipements de traitement, des bottes et gilets de sauvetage ont également été fournis à l'Union locale des femmes de Soucouta, afin de leur permettre d'augmenter leurs prises et d'assurer leur sécurité. Pour développer une meilleure appropriation du matériel, les femmes sont tenues de cotiser 30 % du matériel mis à leur disposition, contribution qui est ensuite retenue comme un fonds renouvelable géré par l'Union. En deux ans, 20 % de ce montant ont déjà été recouvrés par les membres comme fonds de roulement pour l'achat et l'entretien du matériel, et comme investissement dans le développement de leur entreprise.

Soutenir la réussite

« Les femmes ont pris conscience que l'unité faisait la force, et qu'ensemble elles étaient en mesure de mieux gérer leur production et commercialisation », explique Yandé. « Ces femmes sont maintenant ciblées par les autres organisations de développement, parce qu'elles sont réceptives et bien organisées ». Yandé ajoute également que pour continuer à bâtir sur leur réussite, les femmes ont besoin d'accéder aux transports, aux routes, à l'eau, et avoir un accès équitable aux marchés nationaux et internationaux. Elle espère aussi que l'Etat veillera à l'application des lois et règlements pour protéger les ressources naturelles et l'environnement.

Malgré les défis, Ibrahima Faye, Coordonnateur national, estime que le projet aura un impact durable : « l'augmentation du nombre de femmes qui cueillent et transforment le poisson, l'amélioration de la qualité des produits, le renforcement de la sécurité en mer, et l'augmentation de la croissance des revenus conduira à la sécurité alimentaire dans Soucouta ».

Date de publication: mars 2012

 

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