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Féminiser la recherche en Afrique : le pari du programme AWARD

Bénéficiaire AWARD en 2009, Dr Bolanle Otegbayo est spécialiste en technologie alimentaire et lectrice à l'Université de Bowen au Nigéria (© AWARD)
Bénéficiaire AWARD en 2009, Dr Bolanle Otegbayo est spécialiste en technologie alimentaire et lectrice à l'Université de Bowen au Nigéria
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Dans la province de Butare, au sud du Rwanda, Olive Tuyishime, chercheuse en sciences du sol, discute avec des groupes de femmes agricultrices de l'importance des engrais disponibles localement, des semences certifiées, et d'autres intrants importants pour l'augmentation des rendements agricoles.

Près de la moitié des terres de culture du Rwanda souffrent d'une dégradation modérée à prononcée. Les deux tiers sont acides et épuisées, mais continuent d'être cultivées parce que les paysans n'ont pas d'autre endroit où aller et ne peuvent se permettre de laisser la terre en jachère. « La plupart des agriculteurs obtiennent des maigres récoltes, en dépit du fait qu'ils ont accès à des ressources qui pourraient reconstituer leurs sols et améliorer leurs résultats », souligne Olive Tuyishime. « Grâce à mes recherches, j'espère contribuer à la reconstitution de la fertilité des sols en collaboration avec les agriculteurs, et les aider à améliorer leurs produits en y intégrant ce qui est à leur disposition plutôt que de dépendre d'engrais commerciaux chers et nocifs », ajoute-t-elle.

Investir dans les femmes

Tuyishime étudie actuellement les effets des déchets organiques (biogaz) et des engrais inorganiques sur les propriétés du sol et les rendement du maïs. « Ceux qui ne récoltaient quasiment rien dans leurs petites exploitations comprennent maintenant l'importance de l'utilisation des intrants agricoles disponibles localement, tels que les déchets des récoltes », explique Tuyishime, assistante à l'Institut Supérieur d'Agriculture et de l'Elevage au Rwanda. Sa recherche est soutenue par le Ministère de l'Equipement au Rwanda qui encourage actuellement la production de biogaz en offrant des conditions de financement aux agriculteurs prêts à mettre en place des installations de biogaz (ou méthaniseurs) mais Olive Tuyishime fait aussi partie d'un groupe de 250 femmes agronomes à qui le programme AWARD (African Women in Agricultural Research and Development) a octroyé des bourses de recherche.

Bénéficiaire AWARD en 2009, Dr. Carolyn Tyhra Kumasi mène des recherches sur la conservation des sols et de l'eau qui affecteront les femmes en milieu rural (© AWARD)
Bénéficiaire AWARD en 2009, Dr. Carolyn Tyhra Kumasi mène des recherches sur la conservation des sols et de l'eau qui affecteront les femmes en milieu rural
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Ce programme de développement professionnel, lancé en 2008 avec le soutien de la Fondation Bill et Melinda Gates et l'USAID, vise à renforcer la recherche et les compétences en leadership des femmes africaines dans les sciences agronomiques, leur permettant de contribuer plus efficacement à la réduction de la pauvreté et à la sécurité alimentaire en Afrique sub-saharienne. « Investir dans les femmes en Afrique est un investissement intelligent en général. Mais investir dans les femmes impliquées dans la recherche en Afrique est un pari plus audacieux », explique Vicki Wilde, directeur du programme AWARD. « Au cours de leurs carrières, les femmes seront amenées à prendre des décisions à des niveaux de plus en plus élevés et elles auront besoin autant de compétences scientifiques que de compétences non techniques ou 'soft skills' qui ne sont pas enseignées en classe ou dans les laboratoires de recherche», ajoute-t-elle.

Un cheminement personnel

Chaque récipiendaire du programme commence avec AWARD à un différent moment de sa carrière et de son cheminement personnel et est accompagnée par un mentor, homme ou femme, chercheur confirmé qui se porte volontaire pour guider la 'mentorée' pendant deux ans. « C'est toujours un défi de s'assurer que les cours et les possibilités offerts correspondent au mieux à chaque femme pour qu'elle en tire un maximum de bénéfices », avance Karen Homer, responsable de la Communication du programme AWARD.

Olive Tuyishime, elle, a grandi en regardant ses parents travailler dur dans leur petite exploitation à Butare, sans voir le fruit de leur travail. « Ils plantaient des pommes de terre, du manioc, des bananes, du café mais les rendements étaient très modestes, sans doute parce qu'ils n'utilisaient pas de variétés à haut rendement ou assez d'engrais et qu'ils n'avaient pas une connaissance suffisante des bonnes pratiques agricoles », se souvient-elle. Fascinée par l'agriculture, et en particulier par la fertilité des sols, Tuyishime a poursuivi une carrière en production agricole et horticulture. Avoir été sélectionnée par AWARD a transformé ses plans de carrière : « Après l'obtention de mon doctorat, j'espère devenir chercheuse indépendante en gestion de la fertilité des sols » affirme-t-elle.

Pas assez de femmes aux postes clé

Au cours de leurs carrières, les femmes auront besoin de compétences non techniques ou 'soft skills' qui ne sont pas enseignées en classe ou dans les laboratoires de recherche (© AWARD)
Au cours de leurs carrières, les femmes auront besoin de compétences non techniques ou 'soft skills' qui ne sont pas enseignées en classe ou dans les laboratoires de recherche
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Mais si les femmes qualifiées sont de plus en plus nombreuses en Afrique, elles ont toujours peu d'influence sur l'agenda de recherche et de développement agricole. On compte environ 14 % de femmes sur l'ensemble des postes de direction en recherche agronomique, ce qui est vraiment très peu. « De plus, il est stratégiquement important de renforcer les capacités d'une nouvelle génération de femmes africaines qui seront impliquées dans les instituts de recherche et soutiendront différentes disciplines scientifiques tout en étant sensibles à l'aspect 'genre', n'excluant pas les hommes, mais permettant de mieux soutenir parfois des innovations mises en place pour les femmes des communautés rurales et autres agricultrices », souligne Karen Homer.

« AWARD m'a permis d'apprendre des choses qu'aucune école n'aurait pu m'enseigner », affirme Alexandra Jorge, responsable de la banque de ressources génétiques de l'institut international de recherche sur l'élevage (ILRI), « telles que mieux me connaître et avoir confiance en moi, comment mettre en avant mes qualités et comprendre mes faiblesses ». Et enthousiaste, elle ajoute : « Grâce à cela, j'ai pu motiver d'autres bénéficiaires. Le programme me permet aussi d'explorer les possibilités et les réseaux qui m'entourent à tout moment. De plus, j'ai également mis à jour mes connaissances dans de nouveaux domaines de recherche, ce qui, dans mon travail, permet de mieux aider les agriculteurs à améliorer leur productivité et efficience ».

AWARD en Afrique de l'Ouest

Dr. Sheila Ommeh, bénéficiaire AWARD 2008, espère introduire une race de poulet résistante aux maladies en milieu rural (© AWARD)
Dr. Sheila Ommeh, bénéficiaire AWARD 2008, espère introduire une race de poulet résistante aux maladies en milieu rural
© AWARD

Entre 2008 et 2011, environ 2.200 chercheuses provenant de 450 institutions ont appliqué pour des bourses depuis le lancement du programme, alors que 250 bourses seulement étaient disponibles. « Neuf pourcent de femmes seulement ont bénéficié de bourses alors que tant d'autres pourraient profiter du programme », regrette Karen Homer. « Nous aimerions offrir davantage de bourses aux femmes dans plus de pays ». Toutefois, etant donné le succès rencontré par le programme, AWARD devrait prolonger ses activités pour cinq nouvelles années et envisage de développer un programme en Afrique de l'Ouest pour soutenir d'autres femmes encore dans le domaine de la recherche.

Les femmes sont l'épine dorsale de l'agriculture en Afrique, dit un dicton. Si les femmes sponsorisées par AWARD peuvent témoigner de l'importance de la recherche pour changer la vie des agriculteurs et devenir catalyseurs du changement, elles influenceront aussi les conditions de vie des agricultrices qui produisent, transforment et vendent les produits des récoltes. Celles-ci seront alors beaucoup plus susceptibles d'adopter de nouvelles technologies et de meilleures pratiques qui amélioreront les revenus familiaux.

Avec la collaboration de: Isaiah Esipisu

Date de publication: mars 2012

 

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