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PROLINNOVA-Niger : L'innovation locale avant tout

Le <em>Banda</em> traditionnel est un foyer ouvert monté sur trois pierres (© Jean-Marie Diop)
Le Banda traditionnel est un foyer ouvert monté sur trois pierres
© Jean-Marie Diop

Dans les pays du Sahel, ni les conditions difficiles, ni la pauvreté n'empêchent l'innovation paysanne. Les populations rurales testent en permanence de nouvelles idées et technologies en réponse aux changements dans leur environnement. Contrairement aux technologies externes, souvent coûteuses et inaccessibles pour de nombreux petits agriculteurs, des solutions générées à partir d'innovations locales utilisent les ressources disponibles localement. Toutefois, de nombreuses innovations locales passent inaperçues. Pour appuyer le processus de l'innovation locale et le développement des innovations paysannes, le programme international sur la promotion de l'innovation locale en agriculture écologique et la gestion des ressources naturelles ('PROLINNOVA') a été mis en place dans 19 pays à travers le monde dont le Niger.

Reconnaître et apprécier les connaissances autochtones

Reconnaissant la dynamique des connaissances autochtones et l'importance du renforcement des capacités des agriculteurs à s'adapter au changement, Prolinnova-Niger identifie, documente et évalue l'innovation locale en fonction de l'efficacité technique, la viabilité économique, la facilité de reproductibilité et de diffusion, la sensibilité au genre, le respect de l'environnement et l'acceptabilité sociale. Les innovations locales qui répondent à tous ces critères sont ensuite partagées plus largement à travers des ateliers, des séminaires, des visites d'échanges et autres réunions. Des innovations jugées prometteuses mais incomplètes peuvent alors être prises en charge au cours d'un processus appelé 'développement participatif de l'innovation' (DPI). Au cœur du DPI se trouve l'expérimentation conjointe au cours de laquelle les agriculteurs, les ONG, les agents de développement et les chercheurs étudient les moyens d'améliorer l'innovation. « Prolinnova cherche à promouvoir et à identifier les innovations locales et à travers les expériences conjointes, les développe afin d'assurer les moyens d'existence », explique Saidou Magagi, coordinateur adjoint de Prolinnova-Niger.

Au Sud-ouest du Niger, dans le département de Boboye, à 300 km de Niamey, au cours de la phase d'identification et de caractérisation des innovations paysannes et des innovateurs/innovatrices, une équipe pluridisciplinaire du programme Prolinnova-Niger (composée de paysans innovateurs, de chercheurs et d'agents de développement) a identifié dans le village de Boumba Kaina une innovation paysanne appelée Banda. Oeuvre de Maidariya Gomma, une femme innovatrice du village, l'innovation Banda (Banda innové) est un four local en terre cuite, destiné au fumage du poisson, une tâche généralement réservée aux femmes. Maidariya s'est inspirée du Banda traditionnel (un foyer ouvert monté sur trois pierres) pour développer son innovation Banda. L'équipe a jugé cette l'innovation intéressante techniquement et économiquement, mais selon Maidariya Gomma, « le four est ouvert et je dois y travailler de très près. Il faut beaucoup de bois et le poisson crame vite ».

Amélioration de l'innovation Banda

l'innovation <em>Banda</em> est un four local en terre cuite, destiné au fumage du poisson (© Jean-Marie Diop)
l'innovation Banda est un four local en terre cuite, destiné au fumage du poisson
© Jean-Marie Diop

En effet, les inconvénients présentés par l'innovation Banda sont nombreux : capacité de fumage limitée, consommation excessive de bois, pénibilité du travail, qualité de fumage insuffisante, impossibilité de fumer le poisson en temps pluvieux et venteux, dégâts causés par les chiens errants, brûlures fréquentes des enfants en bas âge encore sous la garde de leurs mamans fumeuses de poisson, exigence de surveillance et de temps de travail et faible marge bénéficiaire. Les villageois ont donc sollicité l'appui de l'équipe pluridisciplinaire de Prolinnova-Niger pour discuter de ces inconvénients, chercher des solutions ensemble et améliorer l'innovation Banda.

Un four amélioré, mieux structuré a d'abord été construit et ensuite expérimenté en le comparant avec l'innovation Banda. Celui-ci consiste en un four cimenté, de forme rectangulaire, ayant 2 mètres de hauteur et comprenant à l'intérieur, deux clayettes superposées où sont déposés les poissons à fumer. La hauteur du four a été rehaussée pour augmenter la capacité de fumage. Une toiture a été montée pour protéger le Banda contre la pluie et le vent. Le Banda amélioré dispose également de deux fenêtres : une grande fenêtre supérieure pour l'introduction et la sortie du poisson, et une petite fenêtre inférieure pour l'aération du four et l'approvisionnement en bois de chauffe. Les deux fenêtres supérieure et inférieure sont munies d'un système de fermeture, ce qui permet aussi de mieux contrôler l'aération du four.

Expérimentation conjointe du Banda amélioré

Quatre paysans expérimentateurs (2 hommes et 2 femmes volontaires ou choisis par la communauté) ont accepté ensuite de comparer un Banda amélioré et un Banda innové. Cette expérimentation conjointe était également accessible à tout membre du village intéressé à son suivi et évaluation. Ils ont constaté que les capacités de fumage des Banda améliorés, quelle que soit leur taille (grande ou petite), étaient nettement supérieures à celles des Banda innovés. Les petits et grands Banda améliorés consomment respectivement 100 et 167 kg de bois/tonne de poissons fumés contre 500 et 1000 kg de bois/tonnes de poissons fumés pour les petits et grands Banda innovés respectivement. L'amélioration opérée sur le Banda innové se traduit donc par une réduction de la consommation en bois de chauffe, qui contribuera à la sauvegarde de l'environnement au niveau local. De plus, les Banda améliorés ont permis de fumer de plus importantes quantités de poissons en 24 heures comparés aux Banda innovés. « L'amélioration opérée sur le Banda innové se traduit également par une plus grande quantité de poissons fumés par unité de temps et ceci crée une libération de temps que les femmes fumeuses peuvent consacrer à d'autres activités », commente Jean-Marie Diop, backstoppeur de Prolinnova-Niger.

Si cette expérimentation conjointe sur le fumage peut encore être approfondie et les qualités chimiques et nutritives du poisson fumé étudiées en fonction, par exemple, de l'espèce ligneuse utilisée ou des aromatisants présents lors du fumage, Maidariya Gomma se félicite déjà de l'amélioration de l'innovation qu'elle avait mise en place. « Quand Prolinnova est entré en scène avec ses partenaires, nous avons travaillé ensemble pour produire un nouveau four et les clients ont constaté la meilleure qualité du poisson au marché », constate-t-elle. « Ils sont maintenant prêts à payer plus cher pour mon poisson fumé ».

<em>Banda</em> amélioré présenté dans l'expérimentation conjointe au cours du DPI (© Jean-Marie Diop)
Banda amélioré présenté dans l'expérimentation conjointe au cours du DPI
© Jean-Marie Diop

Pour une plus grande diffusion

Une telle expérience de développement participatif d'une innovation, bien que réussie, demeure tout de même un « cas isolé ». En effet, le défi à relever reste la propagation à plus grande échelle du processus qui sous-tend cette initiative. « Cela nécessite, sans aucun doute, un changement d'attitude et de comportement des principaux acteurs en recherche-développement agricole », souligne Diop. « Les chercheurs et les agents de développement doivent apprendre à reconnaître et à valoriser les innovations que les paysans développent. Ils doivent également réfléchir sur les rôles des différents acteurs dans le processus de l'innovation en milieu rural ». Enfin, il serait important de développer et d'institutionnaliser le partenariat et la méthodologie qui promeuvent l'innovation locale. « Cette expérience a également montré que l'approche innovation locale/paysan innovateur peut être une approche alternative de recherche-développement », conclut Jean-Marie Diop.

Etant donné les faibles coûts de la plupart des innovations, et le respect de l'environnement qu'elles affichent, PROLINNOVA espère un échange d'informations plus intense parmi les acteurs impliqués dans le développement rural afin que les petits exploitants d'autres pays soient en mesure d'en bénéficier librement et gratuitement.

Ecrit par: Jean-Marie Diop, Saidou Magagi, Adam Toudou, Sabo Seini et Abdou Mamane

Date de publication: mai 2012

 

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