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'Lutte filmée' contre le striga en Afrique de l'Ouest

Juliana Toboyee du Ghana crie « action ! » (© Marcella Vrolijks)
Juliana Toboyee du Ghana crie « action ! »
© Marcella Vrolijks

En réponse à la réduction généralisée de l'offre de services de vulgarisation agricole en Afrique, il est nécessaire d'explorer de nouvelles voies de communication si l'on veut partager des informations avec les communautés rurales. En Afrique de l'Ouest, l'Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) s'est appuyé sur l'expérience développée par le Centre du Riz pour l'Afrique (AfricaRice) pour produire une série de dix vidéos de formation paysan-à-paysan. Ces dix films sont actuellement présentés un peu partout dans les communautés rurales pour soutenir l'effort de formation à des techniques pratiques et abordables pour lutter contre une des mauvaises herbes qui affecte le plus sévèrement l'Afrique : le striga.

La participation importante des agriculteurs a été un élément déterminant dans la réalisation de ces films. Il faut relever avant tout que les connaissances et les techniques agricoles partagées dans ces vidéos sont le résultat d'un travail de longue haleine mené depuis des années dans les écoles pratiques d'agriculture. L'ICRISAT et ses partenaires ont monté ces écoles au début des années 2000 pour soutenir la recherche agricole dans les nombreuses pistes qu'elle explore pour lutter contre le striga. Ceci a débouché sur le développement d'un ensemble de méthodes de gestion intégrée du striga et de la fertilité du sol (integrated set of striga and soil fertility management practices - ISSFM) pour la culture du sorgho et du mil.

Au cours de ces quarante dernières années, les scientifiques des organisations internationales de recherche se sont énormément investis pour trouver des solutions contre le striga, une des mauvaises herbes les plus problématiques au monde, également connue sous le nom de 'plante-sorcière'. Ce parasite est particulièrement préoccupant pour les agriculteurs d'Afrique : il est la cause de dommages importants aux cultures de maïs, de sorgho, de mil, de riz et de fonio. Développer des variétés résistantes au striga a été une des pistes principales de la recherche menée dans cette lutte, mais les chercheurs ont également acquis des connaissances sur la manière dont une meilleure gestion de la fertilité du sol et d'autres options peuvent aider à contenir le striga.

« Silence, on tourne… »

Joel Aiki filme au Nigeria une femme en train de sécher des semences de niébé (© Marcella Vrolijks)
Joel Aiki filme au Nigeria une femme en train de sécher des semences de niébé
© Marcella Vrolijks

S'inspirant du projet d'éducation en milieu rural développé par AfricaRice et grâce auquel l'organisation a réussi à toucher plus d'un million d'agriculteurs par le biais de vidéos agricoles, l'ICRISAT a demandé en 2010 à Paul Van Mele, ancien responsable du projet d'AfricaRice, de former du personnel de son organisation et de ses partenaires à la réalisation de vidéos paysan-à-paysan. Au terme d'un travail effectué en collaboration avec des groupes d'écoles pratiques d'agriculture du Niger, du Nigeria, du Ghana et du Mali, une série complète de dix films, qui intègrent les questions de genre, a été tournée sous le nom de « Lutter contre le striga ». Chaque vidéo se concentre sur un aspect différent de l'ISSFM, et notamment l'examen des variétés, le compostage, les cultures associées de céréales et légumes, les interactions entre la culture et l'élevage, le stockage des semences de niébé et l'analyse cout-bénéfice.

S'appuyer sur l'expérience d'AfricaRice a permis de réaliser et produire ces vidéos en un temps record. Au final, il a même été possible de tourner les dix films en anglais et en français, et de faire en sorte qu'ils soient disponibles pour une diffusion à grande échelle en moins d'une année. Mais Van Mele concède que la réalisation de ces vidéos, pour qu'elles soient réellement efficaces, nécessite une préparation minutieuse ainsi qu'un important travail de coordination des équipes de tournage composées de membres issus des organisations internationales de recherche, d'ONG et des associations d'agriculteurs. Il est aussi apparu essentiel de convaincre les instances dirigeantes de tous ces organismes des défis que représentent la réalisation de ces vidéos paysan-à-paysan, afin d'obtenir l'implication pleine et entière de leurs collaborateurs.

Trouver son public, sur le terrain …

Des centaines de personnes ont assisté à un visionnage en plein air à Koutiala au Mali (© Tom van Mourik)
Des centaines de personnes ont assisté à un visionnage en plein air à Koutiala au Mali
© Tom van Mourik

Un autre défi de taille : assurer la diffusion des vidéos et leur visionnage à grande échelle. Au départ, l'ICRISAT et ses partenaires ont présenté les vidéos lors de visites d'échange entre agriculteurs, et plusieurs ont également été montrées et débattues lors de séances communautaires de visionnage en plein air. Ces séances se sont déroulées le soir et ont attiré de larges foules d'hommes, de femmes et d'enfants. Christine Keita, une agricultrice malienne qui apparaît dans la vidéo consacrée au compostage, était enthousiaste au vu de la réaction du public. « Des agriculteurs de différentes régions sont venus pour voir comment nous luttions contre le striga », se rappelle-t-elle. « Bien que nos champs étaient bientôt prêts à être moissonnés, avec la vidéo nous avons pu leur montrer les différentes étapes nécessaires pour faire un bon compost et comment s'en servir. Ils étaient tous très intéressés ; ils m'ont posé beaucoup de questions. Comme j'avais appris énormément à l'école pratique d'agriculture, j'étais très fière et me sentais parfaitement à l'aise pour leur répondre ».

Pour assurer la promotion des vidéos, le projet a également contacté un grand nombre d'organisations à vocation agricole et les a motivées à partager et montrer ces vidéos aux communautés avec lesquelles elles travaillent. Inclure les vidéos de formation pour agriculteurs dans la stratégie de communication du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA) a été une initiative particulièrement efficace à cet égard. Ce premier travail de diffusion a suscité une forte demande de traduction des films dans des langues locales. Avec l'aide d'experts linguistes, d'agents de développement et de radiodiffuseurs, cette demande a pu être récemment satisfaite : les vidéos sont maintenant disponibles en DVD multilingues offrant le choix entre six des principales langues d'Afrique de l'Ouest (Bambara, Bomu, Hausa, Mooré, Peulh et Zarma).

… et sur la toile

La participation importante des agriculteurs a été un élément déterminant dans la réalisation des films (© Paul Van Mele)
La participation importante des agriculteurs a été un élément déterminant dans la réalisation des films
© Paul Van Mele

Le partage des vidéos se fait désormais également par internet. Chacun peut ainsi télécharger et regarder ces films en se connectant sur le site créé par l'ONG Access Agriculture, qui a utilisé à cet effet les technologies de streaming les plus avancées. Access Agriculture a également pour objectif de financer de nouvelles productions ainsi que de multiplier le nombre de langues locales dans lesquelles les films sont traduits. Et là où il n'y a pas d'accès internet, afin d'assurer que les DVD se retrouvent dans tous les villages où les agriculteurs pourront organiser eux-mêmes des séances de visionnage à leur meilleure convenance, une distribution de disques à grande échelle est programmée via des canaux aussi variés que les réseaux de radios rurales, les agences de recherche et de développement, les associations d'agriculteurs et les organisations humanitaires.

L'ICRISAT de son côté continue de travailler avec les équipes déjà formées pour réaliser de nouvelles vidéos. Selon Van Mele, il faut avant tout améliorer les compétences en écriture. « Beaucoup de gens peuvent être initiés à l'utilisation d'une caméra vidéo et des logiciels de montage », dit-il. « Ce dont on a besoin maintenant c'est d'une formation renforcée dans le développement des scripts pour que ceux-ci d'une part correspondent à la réalité que vivent les agriculteurs et d'autre part présentent les connaissances scientifiques et traditionnelles de manière à capter l'attention des agriculteurs et les inciter à appliquer ces techniques. Pour que cela soit efficace, une passion pour l'agriculture est un prérequis ».

Date de publication: mai 2012

 

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