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Des cliniques pour les plantes au Vietnam

Les cliniques des plantes ont vu le jour pour la première fois au Vietnam en 2007 (© CABI)
Les cliniques des plantes ont vu le jour pour la première fois au Vietnam en 2007
© CABI

Dans un bâtiment polyvalent d'une municipalité située au cœur du delta du Mekong au Vietnam, des agriculteurs attendent calmement d'être reçus par un docteur. Chacun d'eux a amené un échantillon d'une plante malade de son exploitation, et espère obtenir des conseils qu'il pourra partager avec les autres agriculteurs de sa communauté dont les cultures souffrent de la même affection. Dans leurs élégants uniformes verts citron, les 'médecins des plantes' organisent les consultations. Plusieurs agriculteurs sont venus pour un problème identique concernant leurs longaniers, ils sont pris à part ensemble pour une petite conférence. Les autres sont reçus individuellement, et ils repartent avec une prescription écrite détaillant le traitement à suivre.

Ces cliniques des plantes ont vu le jour pour la première fois au Vietnam en 2007, dans le cadre d'un partenariat entre le projet Global Plant Clinic du Centre international pour l'agriculture et les sciences biologiques (CABI) - projet rebaptisé « Plantwise » - et le Southern Horticultural Fruit Research Institute (SOFRI), organisation basée à My Tho à 150km au sud de Hô-Chi-Minh-Ville. Des équipes ont été formées à l'identification des symptômes et à la gestion d'un hôpital, et l'on a rapidement pu constater l'impact positif de ce projet, dont le coût reste relativement faible. « Les activités de la clinique des plantes permettent de transmettre aux agriculteurs les techniques développées par le SOFRI, et d'améliorer ainsi les connaissances de ceux-ci dans la manière de gérer leurs cultures », explique Nguyen Van Son, médecin des plantes. « Et grâce à cela, ils augmentent leurs revenus, réduisent leur utilisation de produits chimiques et protègent l'environnement ».

De nouveaux bâtiments, mieux adaptés aux activités de la clinique, ont été construits : ils offrent un espace de consultation et un petit dortoir pour permettre aux agriculteurs venus de loin de se reposer. Les consultations ont lieu un après-midi par semaine. Bien que l'équipement soit rudimentaire, cela suffit généralement aux médecins pour poser un diagnostique et prodiguer les conseils nécessaires pour le traitement. Si les causes de la maladie ne peuvent être identifiées sur place, des échantillons sont alors envoyés à un laboratoire pour des examens approfondis.

Petite clinique deviendra grande

19 médecins des plantes qualifiés officient aujourd'hui au Vietnam (© Eric Boa/CABI)
19 médecins des plantes qualifiés officient aujourd'hui au Vietnam
© Eric Boa/CABI

Depuis 2007, le SOFRI a continué d'investir dans les cliniques des plantes : l'institut a formé de nouveaux collaborateurs et a également participé à un programme de formation de médecins des plantes au Cambodge. Le Vietnam compte à ce jour 19 'médecins des plantes' qualifiés. Dans six provinces du pays, ils reçoivent les agriculteurs dans des cliniques éphémères, créées souvent en réponse à une demande locale spécifique. Des consultations hebdomadaires ont par ailleurs lieu au siège du SOFRI ainsi que dans une clinique fixe dans une autre province. Les cliniques éphémères s'installent dans les centres urbains ou les villages, et leur présence est annoncée via un réseau d'informations pour agriculteurs. L'activité des cliniques des plantes est principalement supportée par le SOFRI, mais ces dernières ont pu également compter sur l'aide d'entreprises agrochimiques privées locales qui ont financé l'édition de fiches d'information sur les ravageurs et les maladies qui affectent le plus couramment les plantes.

Les engagements du SOFRI sont le reflet de l'intérêt particulier que le Vietnam a pour ses agriculteurs et l'importance qu'il accorde à faire en sorte qu'ils aient accès aux conseils nécessaires. Se déployant le long des côtes de l'Asie du Sud-Est sur plus de 1500 km, le pays connaît des climats fort variés, lui permettant de produire une grande variété de fruits et légumes différents. Son économie florissante attire d'importants investissements étrangers et les agriculteurs sont prêts à exporter leurs produits vers les marchés mondiaux plus lucratifs, mais pour cela, la lutte contre les ravageurs et les maladies est une priorité. Pour l'instant, les cliniques des plantes sont actives uniquement dans le sud du Vietnam ; les instances gouvernementales de Hanoi sont toutefois très intéressées à développer cette approche à l'échelle nationale.

Vers un service de sécurité sanitaire des végétaux à l'échelle nationale

Des cliniques éphémères accueillent les agriculteurs dans les centres urbains et les villages (© CABI)
Des cliniques éphémères accueillent les agriculteurs dans les centres urbains et les villages
© CABI

Pour CABI, les cliniques ne doivent pas seulement avoir pour vocation de fournir des informations et des conseils personnalisés aux agriculteurs : l'organisation voit ce projet comme un maillon important du développement d'une politique nationale de sécurité sanitaire des produits agricoles au Vietnam. En effet, les cliniques collectent et inventorient des données inestimables, notamment en ce qui concerne la prévalence des maladies et les infestations de ravageurs. Ces données une fois intégrées dans des modèles analytiques, peuvent faire apparaître des tendances qui pourront servir utilement à l'élaboration de stratégies agricoles régionales et nationales. Par exemple, il y a quelques années 'la maladie du balai de sorcière', venue de Thaïlande via le Cambodge, a affecté les longaniers (Dimocarpus longan) vietnamiens et entrainé une perte totale de la production chez de nombreux agriculteurs. Selon CABI, si une telle menace avait pu être documentée, les autorités auraient pu agir plus efficacement pour la contrecarrer.

CABI envisage ainsi le développement des cliniques des plantes comme une étape dans la mise en place d'un système intégré de sécurité sanitaire des végétaux. Selon Philip Taylor, collaborateur du projet Plantwise, améliorer les relations entre les chercheurs, les agents de développement, les fournisseurs d'intrants et les organes de réglementation de l'industrie permettra de mieux soutenir les agriculteurs. Un des objectifs du projet Plantwise pour le futur consiste à rapprocher ces différents acteurs tant dans leur propre intérêt que dans celui des agriculteurs avec lesquels ils travaillent. Entre temps, l'approche en matière de vulgarisation développée dans le cadre des cliniques des plantes a gagné l'approbation d'agriculteurs indépendants et pragmatiques, et Taylor est convaincu que dans peu de temps, celle-ci deviendra un phénomène national au Vietnam.

Date de publication: mai 2012

 

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