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Manioc, pratiques matrimoniales et diversité génétique

Au Gabon, le manioc est considéré comme une 'culture de femmes' (© IITA)
Au Gabon, le manioc est considéré comme une 'culture de femmes'
© IITA

Introduit en Afrique centrale au XVIe siècle par les Portugais, le manioc constitue la base de l'alimentation de nombreux pays africains. Au Gabon, il est cultivé sur l'ensemble du territoire et consommé par 80 % de la population. Le manioc est majoritairement reproduit par bouturage. Pratiquée seule, cette technique pourrait conduire à l'appauvrissement génétique des plantes et à la perte de leurs capacités d'adaptation. C'est le cas dans le nord du Gabon, où le patrimoine génétique du manioc a tendance à stagner, alors qu'au sud les populations de cette plante présentent une diversité génétique pouvant s'élever à dix fois celle observée dans le nord. Comment expliquer cette disparité régionale ?

Marc Delêtre, ethnobotaniste au Muséum national d'histoire naturelle, et ses collègues se sont penchés sur les rapports entre les coutumes matrimoniales et la configuration de la diversité génétique du manioc dans dix villages gabonais. Ils ont observé que la diversité des variétés diffère selon que les communautés villageoises soient de type patrilinéaire ou matrilinéaire.

Le manioc est considéré être une 'culture de femmes'. Ce sont elles qui le plantent, le récoltent, le transforment. C'est par elles également que se transmettent les clones de manioc, soit de mère à fille, soit de belle-mère à belle-fille. Dans les sociétés matrilinéaires du sud du Gabon, la jeune mariée qui va rejoindre son mari emporte avec elle différentes boutures que lui remet sa mère. De nouvelles variétés viennent ainsi s'ajouter à celles déjà cultivées sur place et enrichir la diversité au niveau des communautés. Dans le nord du pays, la nouvelle épouse n'apporte aucune bouture de chez elle et ne plante que des boutures de manioc qu'elle reçoit de sa belle-mère. Ce dernier système de transmission prive donc la communauté d'une importante source de diversité.

Ces règles de transmission ne sont pas sans incidence sur la diffusion des nouveaux cultivars de manioc. « Une nouvelle variété, si jugée intéressante (pour ces propriétés agronomiques, ses qualités culinaires ou simplement sa valeur esthétique), sera diffusée rapidement dans les sociétés matrilinéaires où les villages fonctionnent comme un réseau d'échanges; en revanche dans les sociétés patrilinéaires l'adoption d'une nouvelle variété sera éventuellement plus difficile ou plus lente », explique Marc Delêtre, qui cite l'exemple d'une variété de manioc jaune développée et diffusée par l'IITA qui n'a pratiquement pas été adoptée dans le nord du Gabon alors qu'elle a rencontré un très grand succès partout ailleurs dans le pays.

Ecrit par: Camille De Stoop

Date de publication: juin 2012

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