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Accaparement de terres ou opportunité de développement ?

Le crédit-bail de terres à des intérêts agricoles étrangers est-il une mesure d'accaparement ou une opportunité de développement ? (© FAO/P. Johnson)
Le crédit-bail de terres à des intérêts agricoles étrangers est-il une mesure d'accaparement ou une opportunité de développement ?
© FAO/P. Johnson

Le secteur agricole en Afrique a un besoin vital d'investissements. A défaut, compte tenu des pressions exercées par la croissance démographique, l'épuisement des sols et l'insuffisance des infrastructures agricoles, des millions de petits exploitants semblent condamnés à une productivité réduite. Suite à la flambée des prix des denrées alimentaires en 2008, le crédit-bail de terres à des intérêts agricoles étrangers connaît un succès important et la productivité des champs ainsi détenus par des étrangers a été améliorée grâce aux travaux d'irrigation et autres investissements effectués. Mais est-ce là une bonne ou une mauvaise nouvelle en termes de lutte contre la pauvreté ? Dans les médias l'opinion apparaît divisée, mais de plus en plus de voix modérées laissent entendre qu'il y aurait un possible effet positif, le tout dépendant de la manière dont les accords fonciers sont conclus.

En avril 2001, une Conférence internationale sur l'accaparement des terres s'est tenue à l'Institut d'Etudes sur le Développement de l'Université du Sussex en Grande-Bretagne. Elle était co-organisée par le Future Agricultures Consortium et le Land Deal Politics Initiative (LDPI). Le New Agriculturist a demandé aux participants ce qui les préoccupait dans les transactions foncières, et comment celles-ci pourraient être réglementées et surveillées pour garantir un retour en faveur des populations pauvres.

Une pratique qui suscite de sérieuses réserves

Donner des terres à des investisseurs aura pour conséquence l'introduction de méthodes agricoles qui auront un impact sur la réduction de la pauvreté beaucoup moins important que si l'on favorise l'accès des populations agricoles locales à la terre et à l'eau. Cela oriente l'agriculture vers des cultures destinées à l'export, augmentant ainsi la vulnérabilité des pays concernés aux chocs des prix ; et même là où les régimes fonciers cherchent à protéger les utilisateurs de terres contre les évictions, cela accélère le développement d'un marché des droits fonciers avec des effets potentiellement dévastateurs pour les moyens d'existence.
Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation

La terre est la source principale de moyens d'existence pour plus de la moitié de la population mondiale (© FAO/Antonello Proto)
La terre est la source principale de moyens d'existence pour plus de la moitié de la population mondiale
© FAO/Antonello Proto

Ceux qui prennent la terre s'approprieront également les ressources en eau, les forêts, les zones humides, toutes les plantes sauvages indigènes et la biodiversité. De nombreuses communautés souhaitent des investissements mais aucune n'est prête à signer la perte de ses écosystèmes.
Shalmali Guttal, Focus on the Global South

Nous assistons à une multiplication massive des violations des droits humains. Je vise ici les évictions forcées, la contamination des eaux, la destruction des sols, le déplacement des communautés et la destruction des moyens de subsistance locaux. Les politiques de ce genre constituent des violations systémiques du droit à l'alimentation.
Sofia Monsalve, FoodFirst Information and Action Network

La terre est le principal outil de la production. C'est la source principale de moyens d'existence pour plus de la moitié de la population mondiale. Aliéner la terre sans procédure appropriée et sans réflexion quant à savoir où ces gens vont aller, ce qu'ils vont faire, cela pose un véritable problème.
Tania Li, Université de Toronto

Un bénéfice possible pour les petits agriculteurs ?

Nous devons examiner sérieusement les mécanismes institutionnels fragiles que l'on retrouve dans de nombreux pays en développement pour comprendre que peu importe le nombre de règles que nous promulguerons, il n'est concrètement pas possible de réglementer les transactions foncières de manière à garantir que les populations locales ne seront pas dépossédées.
Dzodzi Tsikata, Université du Ghana

Un bénéfice possible pour les petits agriculteurs ? (© FAO/Luca Tommasini)
Un bénéfice possible pour les petits agriculteurs ?
© FAO/Luca Tommasini

Certaines sociétés se préoccupent de leur image de marque et font de leur mieux pour développer des mécanismes d'investissement qui protègent et reconnaissent les droits des communautés locales. Toutefois, il semble que la plupart des sociétés visent délibérément pour leurs investissements des régions où les cadres de gouvernance sont faibles, où les communautés sont particulièrement vulnérables et où les droits et régimes fonciers ne sont pas bien établis.
Jenny Bromley, Global Witness

Si l'on peut mettre en place en premier une structure de bonne gouvernance, et j'insiste sur le « en premier », et si cette gouvernance peut inclure des droits d'occupation et de propriété pour les populations, il sera alors possible d'établir des liens entre les petits agriculteurs et les investisseurs commerciaux et d'aboutir à des scénarios où tout le monde serait potentiellement gagnant.
Greg Myers, USAID

Ce modèle industriel de l'agriculture est fondamentalement incompatible avec une agriculture à petite échelle dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est plus efficace et est la clé pour résoudre la question de la faim. La comparaison du pouvoir de négociation d'un petit agriculteur avec celui d'une société comme Cargill montre qu'il est impossible pour l'agriculteur de sortir gagnant de ces transactions.
Maryam Rahmanian, Centre pour le développement durable & Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire

Réglementer les transactions

Des directives volontaires ne sont pas suffisantes parce qu'elles supposent une série de forces sociales qui n'existent pas. Le fantasme selon lequel il y aurait des gouvernements qui auraient à cœur le bien-être des populations ne correspond en rien au monde réel.
Tania Li

Des directives volontaires sont elles suffisantes pour les gouvernements ? (© FAO/Rocco Rorandelli)
Des directives volontaires sont elles suffisantes pour les gouvernements ?
© FAO/Rocco Rorandelli

Je ne pense pas que nous puissions faire confiance à nos gouvernements pour nous sortir de cette situation. Tant qu'il n'y aura pas de protestation massive ni de tollé général nous ne sommes pas prêts de voir le moindre changement. Nous ne verrons certainement pas cette situation réglementée.
Eric Holt-Gimenez, Directeur exécutif de l'Institut pour la politique alimentaire et le développement - Food First

Je ne pense pas que des directives volontaires à elles seules puissent suffire. Elles sont nécessaires mais pas suffisantes. Je pense qu'elles peuvent avoir une utilité si elles sont largement diffusées de sorte que les investisseurs privés et publics en aient connaissance mais également les associations d'agriculteurs, elles pourront alors servir de base de négociation.
Ruth Meinzen-Dick, Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI)

Nous devons trouver des moyens de contrôler, discipliner et freiner les intérêts financiers, les gouvernements, les bailleurs de fond, les agences internationales et les capitaux nationaux et transnationaux. Nous plaidons fermement en faveur de principes juridiques contraignants et forts.
Shalmali Guttal

Disposer d'instruments légaux à l'échelon international que vous pouvez utiliser pour tenter de demander des comptes aux gouvernements, est vraiment utile. Nous travaillons au niveau de l'ONU pour déterminer et préciser les mesures qui sont nécessaires et celles qui sont absolument inacceptables.
Maryam Rahmanian

Quelques recommandations clés

Rendre public le contenu des transactions foncières est la seule mesure qui ait véritablement un sens. Tant que les populations locales n'ont pas accès à cette information, il reste très compliqué de s'engager dans un débat réellement sérieux et de contester ces contrats. Mais pour permettre aux gens de se défendre eux-mêmes contre les transactions et de négocier, il faut protéger les droits des populations des zones rurales sur les terres et les autres ressources, et pour cela il est primordial de réformer les régimes fonciers coutumiers.
Ruth Hall, Institute for Poverty Land and Agrarian Studies (PLAAS), Afrique du Sud

Les impacts en terme d'eau de tout investissement devraient être explicitement précisés (© FAO/Giulio Napolitano)
Les impacts en terme d'eau de tout investissement devraient être explicitement précisés
© FAO/Giulio Napolitano

Les impacts en terme d'eau de tout investissement dans une transaction foncière devraient être explicitement précisés. On a besoin d'un mécanisme qui fasse que les utilisateurs d'eau préexistants soient l'objet d'un engagement dans toutes les transactions conclues, et il ne doit pas s'agir là d'un processus réalisé une fois pour toutes, mais d'une démarche continue.
Phil Woodhouse, Université de Manchester

Il faut mettre beaucoup plus en évidence le rôle joué dans l'accaparement des terres par la corruption et la faillite de gouvernance entre les dirigeants politiques au plus haut niveau et les élites économiques. C'est souvent cette corruption qui empêche le gouvernement de prendre les bonnes décisions en matière de protection des droits locaux et de l'environnement.
Jenny Bromley

Aucune des ces transactions foncières de grande envergure ne devrait être signée tant que l'on ne dispose pas d'un rapport transparent et complet sur les coûts réels et les opportunités effectives qui en découleront à long terme.
Tania Li

Alternatives pour une croissance qui profite aux pauvres

Une des erreurs que nous commettons est d'évaluer si le recours à des investissements commerciaux extérieurs est meilleur que le status quo. Mais le status quo est le résultat de nombreuses années de négligence vis-à-vis des petits agriculteurs. Ce que nous devons explorer c'est une troisième alternative : des nouvelles pistes pour une croissance agricole qui soient diversifiées, qui profitent aux pauvres et qui soutiennent l'agriculture à petite échelle.
Ruth Hall

Une réforme foncière est-elle le meilleur moyen de répondre à la pauvreté et aux problèmes de production alimentaire ? (© FAO/Giulio Napolitano)
Une réforme foncière est-elle le meilleur moyen de répondre à la pauvreté et aux problèmes de production alimentaire ?
© FAO/Giulio Napolitano

Le fait que ce soit un accaparement de terre signifie que c'est une pratique anti-démocratique et qui constitue une mesure rétrograde plutôt que redistributive. Ce dont nous avons besoin c'est d'une réforme foncière. Nous devons distribuer plus de terres au lieu de les concentrer. Je pense que cela répondra mieux à la pauvreté et aux problèmes de production et de distribution alimentaires.
Eric Holt-Gimenez

Les gouvernements devraient investir plus dans les populations rurales et soutenir les petits agriculteurs pour s'assurer qu'ils disposent de suffisamment de crédits, d'intrants et de main-d'œuvre pour leur activité et également que leurs récoltes soient commercialisées efficacement. De telles mesures ne se feront pas au mépris des femmes qui travaillent également comme agriculteurs et permettront aux jeunes de trouver dans les campagnes un certain niveau de vie pour l'avenir.
Dzodzi Tsikata

Je mettrais un terme aux crédits-bails et ventes de terres à des sociétés et aux gouvernements, et j'utiliserais ces terres pour soutenir la production alimentaire et agricole à échelle domestique par les petits agriculteurs. Les effets sur l'emploi et les produits de l'utilisation des terres et des écosystèmes doivent profiter en premier à ceux qui ont géré et pris soin de ces terres. Ce sont les petits producteurs qui nourrissent le monde.
Shalmali Guttal

Date de publication: septembre 2011

 

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Call me wind because I am asboltuely blown away. (posted by: Thena)

 

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