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Nourrir le monde en 2050

Assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de tous les habitants de la planète : un combat de Titans (© FAO/Astrid Randen)
Assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de tous les habitants de la planète : un combat de Titans
© FAO/Astrid Randen

La population mondiale devrait atteindre les 9 milliards d'individus en 2050, et dans cette perspective, assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de tous les habitants de la planète apparaît de plus en plus comme une tâche impossible. En février 2012, l'Economist Group a organisé un sommet à Genève sur la thématique « nourrir le monde » au cours duquel des représentants de l'industrie agroalimentaire, du monde politique et de la communauté scientifique, ainsi que des acteurs de l'aide au développement international, ont exposé leurs idées progressistes. Les discussions ont notamment abordé la question du rôle du secteur privé dans le développement et le renforcement de la chaîne de production alimentaire, du champ à l'assiette, en ce compris l'aide apportée aux petits agriculteurs partout dans le monde et le soutien à la recherche en faveur des populations défavorisées.

Le New Agriculturist a invité les participants à partager leurs points de vue sur un certain nombre de questions relatives à la manière dont les secteurs public et privé devraient contribuer à la sécurité alimentaire mondiale : quels sont les défis et les perspectives des partenariats public-privé ? Qu'attend-t-on en particulier du secteur privé ? Quel rôle doivent jouer les gouvernements dans la création d'un environnement favorable au développement agricole et au commerce ? Cet article rassemble une sélection des réflexions émises.

Un nouveau rôle pour le secteur privé

Ces dernières années, le secteur privé a réellement commencé à prendre ses responsabilités en matière de production durable. Il réalise que ce n'est pas qu'une question de profits et de satisfaction des actionnaires. Il s'agit bien plus de disposer d'une licence de production, d'être un acteur respectable aux yeux de la société et d'investir sur le long terme.
Louise Fresco, Professeur, Université d'Amsterdam

Infrastructures, ouverture des marchés, accès aux capitaux, recherche et développement : jusqu'il y a deux ans environ, tout ceci semblait relever uniquement des gouvernements. Mais le secteur privé a maintenant pris conscience que cela relève également de sa responsabilité, tant sous la forme d'investissements concrets que par la création d'un environnement favorable.
Carel van der Hamsvoort, Responsable du département Recherche et conseil pour l'industrie alimentaire et agricole, Rabobank

Je pense que le secteur privé est perçu aujourd'hui comme une partie de la solution ; il y a dix ou quinze ans, il était vu par certaines personnes comme une partie du problème.
Paul Conway, Vice-président, Cargill

En nous appuyant exclusivement par le passé sur le secteur public, nous n'avons pas été efficaces et nous n'avons pas été capables de répondre au défi de la sécurité alimentaire dans le monde entier. Nous devons partir d'une nouvelle approche fondée sur une coopération forte entre le secteur public d'une part et le secteur privé d'autre part, approche que nous tentons de mettre en œuvre au sein du G20.
Bruno Le Maire, Ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Pêche, France

Qu'attend-t-on en particulier du secteur privé ?

En tant que membre du secteur privé, un des domaines clés sur lequel nous nous concentrons est la science. Comment faisons-nous progresser la science pour offrir des produits de qualité et comment aidons-nous les agriculteurs et les entreprises alimentaires à utiliser ceux-ci de manière à réellement améliorer la situation ?
Jim Borel, Vice-président exécutif, DuPont

La recherche agricole doit être mieux financée (© FAO/Olivier Asselin)
La recherche agricole doit être mieux financée
© FAO/Olivier Asselin

Du point de vue du secteur privé, ce que nous pouvons apporter ce sont des solutions et une expertise commerciale. Comme nous travaillons directement avec les agriculteurs, nous pouvons nous mettre à leur place, ce qui est un plus pour identifier leurs besoins et investir dans la recherche et le développement ainsi que dans des solutions orientées vers le marché.
Kavita Prakash-Mani, Responsable du Programme Sécurité alimentaire, Syngenta

Augmenter la productivité agricole nécessite un financement plus important de la recherche agricole ainsi que le développement et la mise à disposition des agriculteurs de technologies appropriées, à côté des connaissances traditionnelles et du renforcement des capacités. Les entreprises privées sont devenues des acteurs majeurs de la recherche agricole internationale, et particulièrement depuis ces deux dernières décennies qui ont vu le financement des centres nationaux de recherche agricole diminuer.
Morgane Danielou, Représentante du secteur privé, Comité des Nations Unies pour la sécurité alimentaire mondiale

Le secteur privé joue un rôle crucial car le système de recherche internationale - le partenariat du CGIAR - est particulièrement sous financé par les gouvernements. Les investissements privés qui remontent toute la chaîne pour assurer la formation des agriculteurs en vue de la production de produits de meilleure qualité, sont donc extrêmement importants.
Nina V. Fedoroff, Professeur de sciences de la vie, Université de l'Etat de Pennsylvanie

Nous sommes au milieu d'une crise financière et économique de grande ampleur. Il y a une pénurie des financements publics et nous avons besoin de l'aide financière du secteur privé. Nous avons besoin de la contribution des laboratoires privés, des sociétés privées et de la recherche privée, à défaut de quoi nous courons le risque de ne pas disposer des solutions adéquates pour répondre au défi de la sécurité alimentaire.
Bruno Le Maire

Répondre aux besoins spécifiques des petits agriculteurs

Le secteur privé doit adopter et diffuser une vision commune, claire et à long terme, axée sur la promotion des achats locaux auprès des petits producteurs, et soutenue par des politiques, des actions et des investissements conjoints notamment en termes de développement d'une recherche agricole et de services de vulgarisation adaptés.
Denise C. Coitinho Delmuè, Secrétaire exécutive, Comité permanent de la nutrition de l'ONU

Les petits agriculteurs doivent pouvoir accéder plus facilement aux marchés (© FAO/Ami Vitale)
Les petits agriculteurs doivent pouvoir accéder plus facilement aux marchés
© FAO/Ami Vitale

Si l'on veut augmenter la productivité dans toutes les exploitations, et plus particulièrement celles des petits agriculteurs, il faudra offrir plus de formations, des intrants de meilleure qualité, un accès au crédit et à de meilleures conditions de stockage et de transport, des prix intéressants pour les récoltes, de l'information, etc. Les entreprises des différents secteurs doivent toutes s'investir.
Kavita Prakash-Mani

Le secteur privé investit énormément dans les questions liées à la qualité des produits, également dans l'intérêt des plus pauvres. Certaines innovations n'ont pas d'exigence d'échelle. Par exemple, développer des tomates de meilleure qualité, qui ne se gâtent pas trop vite, profite autant aux pauvres qu'aux grandes exploitations agricoles.
Louise Fresco

L'une des choses les plus importantes pour les petits agriculteurs est l'accès à l'information. Les agriculteurs commencent à disposer d'applications téléphoniques leur fournissant des informations sur le temps et les marchés, et ils jouissent également d'un meilleur accès à la tarification.
Jim Borel

Les petits agriculteurs ont besoin d'un meilleur accès aux marchés, du développement et de l'adoption de technologies appropriées, d'innovations institutionnelles et d'un meilleur accès aux capitaux naturels, financiers, sociaux et humains. Le secteur privé peut offrir aux agriculteurs et à leurs exploitations de toutes tailles un accès aux choses dont ils ont besoin pour leurs cultures, et notamment les intrants, les technologies, le savoir, et les crédits les mieux adaptés, ainsi qu'un marché.
Morgane Danielou

Partenariats public-privé : défis et perspectives

Nous devons trouver des compromis et collaborer parce que le secteur privé recherche le profit, les gouvernements veulent faire avancer l'équité sociale et le développement, et les agriculteurs veulent augmenter leurs revenus ; pour faire en sorte que tout cela arrive, il faut toutefois faire des compromis pour créer des partenariats réels et constructifs.
Jikun Huang, Directeur, Centre pour l'étude des politiques agricoles, Académie des sciences, Chine

L'efficacité des services de vulgarisation dépend des fonds qui leur sont alloués (© FAO/Noah Seelam)
L'efficacité des services de vulgarisation dépend des fonds qui leur sont alloués
© FAO/Noah Seelam

Les partenariats public-privé sont extrêmement importants, mais ils sont difficiles à mettre en place notamment à cause du fait que les philosophies des organisations publiques et privées sont radicalement différentes. Je pense que le secteur privé démontre clairement, du moins dans le domaine agricole, son intention de se positionner dans une approche philanthropique mais je n'ai pas l'impression que le secteur public pour sa part ait suffisamment conscience qu'il doit favoriser la création d'activités commerciales prospères et durables y compris au niveau des agriculteurs.
Nina V. Fedoroff

De nombreuses grandes entreprises sont déjà en quête de collaborations avec des organismes de recherche, des services de vulgarisation, etc., en association avec les autorités publiques. Nestlé par exemple met en place des chaines d'approvisionnement dans les économies émergentes. Au Pakistan, Nestlé a financé des conteneurs réfrigérés dans plus de 3.000 villages. C'est un exemple d'initiative privée dans un domaine qui était communément admis comme relevant du gouvernement.
Carel van der Hamsvoort

Des partenariats efficaces entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile, et au sein de ces entités, sont particulièrement utiles pour répondre à des défis complexes et interdépendants. Ces partenariats se sont avérés d'un intérêt vital dans des domaines où aucun acteur agissant seul ne peut répondre avec succès à des problématiques telles que les infrastructures rurales, un des éléments essentiels qui garantit aux agriculteurs l'accès au marché.
Morgane Danielou

Développer un environnement favorable pour la production alimentaire

En définitive, c'est le secteur privé qui produit la nourriture mais il est essentiel que les gouvernements définissent un cadre légal garantissant la production de nourriture de qualité.
Louise Fresco

Le rôle le plus important des gouvernements est de créer un bon environnement et cela commence en donnant aux agriculteurs de subsistance des doits de propriété incontestables. De l'aide doit également être fournie pour permettre aux agriculteurs de subsistance de devenir des acteurs de l'industrie agroalimentaire. Après, c'est une question de clarté de la réglementation. Dans certains cas elle concernera les infrastructures, la formation et les services de vulgarisation, dans d'autres cas, il s'agira de la recherche dans le secteur public et du développement.
Paul Conway

Le secteur privé soutient l'accès des petits producteurs aux intrants, à des meilleurs prix et aux marchés pour les aider à améliorer leur productivité (© FAO/Alessandra Benedetti)
Le secteur privé soutient l'accès des petits producteurs aux intrants, à des meilleurs prix et aux marchés pour les aider à améliorer leur productivité
© FAO/Alessandra Benedetti

Le secteur privé n'a pas besoin de financement direct. Il lui faut d'autres acteurs qui assument leur rôle et créent un environnement favorable qui permette de lever les barrières qui entravent la croissance agricole. Ceci implique notamment le développement de politiques réglementaires adaptées qui encouragent et récompensent les engagements en termes d'innovation et d'entreprise commerciale, des investissements dans les infrastructures comme les routes, le développement d'un marché financier efficace et équitable, des investissements dans l'enseignement de base et la santé, et des investissements dans le recherche et le développement agricole.
Kavita Prakash-Mani

Les investissements faits par les gouvernements nationaux et locaux dans les infrastructures telles que les routes, les antennes relais de téléphonie mobile, et les autres domaines fondamentaux, constituent des incitants publics importants pour permettre à ces partenariats de fonctionner. Le développement des compétences des petits agriculteurs est également un domaine parfait pour des investissements publics, le travail d'ONG ou de sous-traitants. Fondamentalement, les états doivent aussi offrir aux agriculteurs de subsistance une protection sociale minimale de sorte qu'ils puissent travailler efficacement et disposer des ressources financières de base.
Morgane Danielou

Ce que le secteur public doit faire, c'est créer un environnement qui incite les entreprises à investir, en offrant par exemple des exonérations fiscales ou en allouant des subsides en vue du passage à une économie ouverte. Je pense que l'autre rôle du public est de créer des marchés ouverts et libéraliser le commerce. Il est essentiel de pouvoir produire la nourriture là où nous pouvons le faire de la manière la plus efficace, et cela ne peut pas se faire sans une ouverture des marchés.
Carel van der Hamsvoort

Date de publication: avril 2012

 

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