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Louis S. Amédé

Louis S. Amédé (US Embassy, Côte d'Ivoire)
Louis S. Amédé
US Embassy, Côte d'Ivoire

Promotion de l'agriculture : le rôle des médias est essentiel

Louis S. Amédé, est originaire de la Côte d'Ivoire, et Coordonnateur Général du Réseau des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest et du Centre pour l'Agriculture (RJAOCA).

En Côte d'Ivoire, comme dans la plupart des pays d'Afrique, l'agriculture est le principal secteur de l'activité économique nationale. En effet, plus de 50% de la richesse créée au plan national y sont liés. Mais un regard synoptique sur les produits manufacturés les plus usités dans mon pays conduit à ce paradoxe qui n'en finit pas de m'inquiéter personnellement : ce que nous produisons, nous ne le consommons pas, sinon dans une proportion infime ; ce qui constitue le gros de notre consommation, nous n'en sommes pas véritablement les producteurs. Cette situation vaut pour la majeure partie des pays du continent. Elle justifie pleinement que cinquante ans après les indépendances, la Côte d'Ivoire, et bien d'autres pays africains, continuent d'être des producteurs/exportateurs nets de matières premières agricoles.

En finir avec ce statut de producteur/exportateur net de matières premières constitue aujourd'hui, pour la Côte d'Ivoire, l'un des grands défis à relever. Si le pays a au fil des années réussi la diversification horizontale de sa production agricole, il lui reste bien du chemin à parcourir en matière de diversification verticale. Il nous faut impérativement repenser notre politique de développement en général, et notre politique agricole en particulier. La dernière crise alimentaire internationale et l'envolée actuelle des cours des matières premières plaident fortement en faveur d'un positionnement de l'agriculture au top de l'agenda de développement des pays d'Afrique.

Agriculture est synonyme de richesse et non de pauvreté

Dans cette perspective, le rôle des médias est essentiel. L'agriculture représentant, dans les pays en développement, entre 20 et 60% du PIB et y occupant jusqu'à 65% de la main d'œuvre, elle y demeure la principale clé pour la réalisation de l'objectif de réduction de moitié de l'extrême pauvreté et de la faim à l'échéance 2015, fixé par les Nations Unies en 2000. Nous journalistes devons donc intégrer cette réalité, longtemps occultée. Elle nous impose juste de regarder et présenter l'agriculture comme une activité économique offrant de réelles opportunités financières et d'épanouissement social aux pratiquants. Rien que cela ! L'agriculture est une force motrice dont le dynamisme s'étend de la plantation au marché. Quand nous l'évoquons dans nos écrits et nos reportages, il nous faut ne pas céder à la tentation d'y rattacher des clichés qui établissent trop facilement un lien spécieux de causalité entre agriculture et pauvreté voire misère.

L'agriculture offre les mêmes opportunités de bien-être, sinon plus, que toutes les autres formes de business. J'en veux pour preuve que le succès économique de la Côte d'Ivoire et le développement de nombreuses régions du pays ont eu pour base l'agriculture. Nous avions d'ailleurs un slogan qui traduisait parfaitement la situation en indiquant très clairement que : « le succès de ce pays (la Côte d'Ivoire) repose sur l'agriculture ». Aujourd'hui encore, la création de richesses dans le pays est le fait du secteur agricole via des spéculations telles que le cacao, la café, l'hévéa, le palmier à huile, l'anacarde… Et l'agriculture continue d'être une source de revenus stables pour les différentes catégories d'agriculteurs. Cela est éloquemment traduit par le fait que l'investissement dans la plantation tend, à nouveau, à être la voie la plus prisée par les populations urbaines pour recycler leur épargne.

Pour le Président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick « en Afrique subsaharienne où vivent dans l'extrême pauvreté 229 millions de populations rurales, l'agriculture va au-delà des considérations de sécurité alimentaire simple… Une plus grande attention à l'agriculture contribuerait à booster la croissance économique globale et leur offrirait de multiples pistes de sortir de la pauvreté ». C'est dire si l'agriculture regorge, dans nos pays, d'opportunités d'épanouissement financier et social sur lesquelles il convient que les médias mettent un peu plus l'accent.

Au cours des 25 dernières années, l'aveuglement des institutions de Bretton Woods qui ont contraint nos pays sous programmes d'ajustement structurel (PAS) à accorder un intérêt minimum au secteur agricole, nous a fait perdre totalement de vue le potentiel du secteur agricole dans le développement de nos pays. Le temps est venu de rectifier le tir. La dernière crise alimentaire et les mouvements de contestation qui s'en sont suivis à travers le monde, ont rouvert les yeux de tous sur l'agriculture désormais élevée au rang de priorité sur l'agenda international. En Côte d'Ivoire, aujourd'hui plus qu'hier, l'agriculture devra reprendre sa place de pierre angulaire sur laquelle devra être bâtie notre stratégie de développement à long terme. Cela requiert bien évidemment que dans la formulation des politiques et des programmes soit adoptée une approche inclusive et participative de toute la chaîne de production agricole.

Rôle vital des journalistes

Les journalistes et leur médium ont un rôle déterminant à jouer à cet effet. Nous nous devons de fournir toute information pouvant contribuer à l'amélioration de la productivité du secteur agricole et des revenus des opérateurs qui y officient. Pour ce faire, nous devrions définitivement intégrer que les producteurs ne sont pas que des utilisateurs/consommateurs d'informations, ils en sont aussi devenus progressivement des producteurs. Conséquence de cet état de fait, aujourd'hui plus que jamais, le terrain est le champ de validation de toute stratégie, toute politique, toute technique, toute technologie… nouvelle. De ce fait les agriculteurs ont besoin de partager et échanger leurs expériences et connaissances pour faire avancer les choses. Les journalistes doivent leur offrir le canal nécessaire à cet effet.

De même, les journalistes devront donner, de plus en plus, voix au chapitre à tous les autres acteurs de la chaîne de production agricole : entreprises, scientifiques, chercheurs, les structures de financement agricole, les négociants… Ma conviction est que plus nous saurons, dans nos articles et reportages, traduire les fruits de nos collectes en informations adaptées aux besoins et à usage effectif pour les opérateurs agricoles, plus nous projetterons une image plus appropriée de l'agriculture dans les médias et peut-être seulement à ce moment, nous commencerons à voir prendre forme dans nos pays, une agriculture dynamique et plus intégrée, non confinée dans l'exportation de matières premières de base, mais intégrant toutes les échelles de la chaîne des valeurs.

Date de publication: avril 2011

 

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