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S.A.R. la Princesse Haya Al Hussein

S.A.R. la Princesse Haya Al Hussein lance un appel en vue  d' une réponse urgente et efficace à la faim dans le monde (© Richard Juilliart)
S.A.R. la Princesse Haya Al Hussein lance un appel en vue d' une réponse urgente et efficace à la faim dans le monde
© Richard Juilliart

Crise alimentaire mondiale : il est urgent d'agir

Dans le discours qu'elle a adressé au Fonds international de développement agricole (FIDA) lors de son conseil d'administration de février 2011, S.A.R. la Princesse Haya Al Hussein, Messager des Nations Unies pour la Paix, a lancé un appel afin d'obtenir une réponse urgente et efficace aux pénuries alimentaires catastrophiques et à la faim dans le monde. Elle a demandé aux gouvernements et autres donateurs de remplir leurs engagements en matière de programmes alimentaires. Un résumé de son discours est livré dans cette rubrique « Opinions ».

Lors de ma première visite sur le terrain pour le Programme Alimentaire Mondial (PAM) il y a six ans, je me suis rendue à l'Hôpital Central Reine Elizabeth de Blantyre, au Malawi. A cette époque, 5 millions de personnes au Malawi souffraient de la famine. Je me souviens du premier enfant que j'ai rencontré lors de cette mission. Jusqu'à cette petite fille, je n'avais jamais imaginé que la mort puisse avoir une présence physique et une odeur. Je n'avais jamais ressenti la solitude qui l'entoure, sa fatalité ni que l'on puisse accepter avec soulagement son arrivée. Nous nous sommes ensuite rendus dans un autre service. Quand je suis repassée devant le lit de cette petite fille, il était vide. Elle était morte et son corps fragile avait été emporté. Le lit paraissait avoir été inoccupé : quand on meurt de faim, on devient si maigre, si léger que l'on froisse à peine les draps.

La mort des personnes affamées, de la même manière, ne froisse que peu ou pas la vie des plus nantis. D'une certaine manière, dans ce monde qui offre tant de richesses et de possibilités, nous avons perdu le sens de la compassion et de l'entraide. C'est la faillite morale de nos systèmes. Nous pouvons en effet dépenser plus de mille milliards de dollars en armement et nous laissons mourir de faim 300 millions d'enfants…

Un signal d'alarme pour le monde ?

L'homme et la nature sont engagés sur une pente dangereuse. Inondations, incendies, sécheresses, corruption, incompétence et avidité convergent pour créer une crise alimentaire mondiale dévastatrice. Le prix de la nourriture a été l'un des détonateurs qui a fait descendre la jeunesse arabe dans les rues, du Maghreb au golfe arabe les voix se sont élevées pour demander un changement. Se nourrir est le premier des besoins vitaux pour l'homme. Et quand il n'est pas satisfait, les gens agissent. Si les événements au Moyen-Orient ont été décrits comme un signal d'alarme pour la région, il devrait retentir pour le monde entier.

Dans les zones rurales du Cambodge que j'ai visitées début février, un ménage dépense au moins 70 pour cent de ses revenus en nourriture, soit plus du triple comparé à une famille italienne. Pratiquement tous les pays du monde sont confrontés à des problèmes d'insécurité alimentaire, à des degrés divers. L'on a pu assister à plus de 60 émeutes au nom de la faim entre 2007 et 2009, d'Haïti jusqu'en Indonésie. Il y en aura bien plus maintenant que l'indice FAO des prix des aliments au niveau mondial a atteint un pic historique. Lorsqu'en 2000 nous avons adopté les Objectifs du Millénaire pour le Développement, il y avait 830 millions de personnes souffrant de la faim. Dix ans plus tard, le monde en compte 925 millions.

Plus que jamais, il faut investir dans l'agriculture

Il faut investir davantage dans l'agriculture et augmenter la production alimentaire, c'est une évidence. Mais cela fait des décennies que ceci ne constitue pas notre priorité. Tant que le prix des aliments ne grimpe pas dans les pays développés et que personne ne proteste ou ne se soulève, nous étouffons les cris de détresse et poursuivons notre existence paisible. Après que les crises alimentaires du milieu des années 70 se soient estompées, de grands donateurs et les banques de développement ont modifié leur politique d'aide et ont réduit de plus de 70 pour cent les fonds alloués aux projets agricoles. Ce fut une erreur fatale.

Pour beaucoup, la faim est une sensation inconnue, pratiquement abstraite. Qu'une fillette de huit ans en Zambie soit malingre et anémique, quelle différence pour nous dans notre monde d'opulence ? Ce n'est pas notre enfant. Elle vit ailleurs. Et pourtant, elle est notre enfant et son avenir nous concerne tous. L'anémie affecte le développement intellectuel de 40 à 60 pour cent des enfants dans les pays en développement et a ainsi des conséquences pour environ 2 milliards d'êtres humains. Selon l'OMS, éradiquer l'anémie permettrait d'accroitre la productivité nationale jusqu'à 20 pour cent.

Des progrès ont toutefois été engrangés. Impatients face aux faibles avancées réalisées par les agences d'aide traditionnelles et les banque de développement, des donateurs privés regroupés autour de la Fondation Gates ont investi des fonds importants pour soutenir le projet de Kofi Annan, l'Alliance pour une révolution verte en Afrique. Avec un financement de plus de 100 millions de dollars, l'AGRA est la plus importante initiative de lutte opérationnelle contre la faim en Afrique et elle est menée par des Africains.

L'Administration Obama, et c'est tout à son honneur, a doublé son budget alloué au développement agricole, le portant ainsi à 1 milliard de dollars. La Banque Mondiale a doublé son portefeuille de prêts consentis dans le domaine de l'agriculture. Les Pays arabes discutent d'un plan de 65 milliards de dollars destiné à encourager la production alimentaire face aux menaces de pénurie d'eau et l'importation massive de denrées. Plusieurs gouvernements africains ont développé de nouvelles approches, et seize d'entre eux se sont solennellement engagés à affecter 10 pour cent de leurs dépenses à l'agriculture. Huit pays ont dépassé cet objectif et dix ont atteint une croissance annuelle de leur production alimentaire de six pour cent.

Tenir nos engagements

Je suis convaincue que nous aurions déjà pu résoudre le problème de la faim si la communauté internationale avait eu la volonté d'en faire une priorité et s'y était engagée sérieusement. Cela n'a pas été le cas. La plupart de nos politiciens sont déconnectés de cette réalité, insensibles à la vie de ceux qui sont en train de mourir de faim. Les fonds qu'ils donnent ne sont pas à la hauteur des besoins. Et pire encore, ils ne respectent pas les promesses faites. C'est ce que j'appelle une faillite morale.

En 2009, le sommet du G8 en Italie avait débouché sur des promesses de nouveaux financements pour l'agriculture à hauteur de 22 milliards de dollars ; selon la FAO, moins d'un milliard de dollar a été engagé dans de nouveaux projets à la suite de ce sommet. Nous n'avons pas entendu le message que les crises alimentaires de 2008 ont lancé, nous avons étouffé ce signal d'alarme. Et aujourd'hui la situation est encore plus pressante. Où est passé notre sens de l'urgence ? Où est passé notre sens de l'engagement ? Où est passé notre sens de l'humanité ?

Si nos maisons étaient en feu, nous tenterions l'impossible pour les sauver. Notre maison est en feu. L'alarme incendie retentit et il n'y a pas moyen de l'arrêter. Nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas l'entendre.

Je ne veux accuser personne. Cette faillite morale est également la mienne. Cet aveu me rend honteuse, mais je le serais encore plus si je ne profitais pas de mon statut pour vous demander à tous, ici et ailleurs, d'en prendre conscience et de l'admettre. C'est le premier pas pour faire changer les choses.

Le discours de S.A.R. la Princesse Haya est disponible dans son intégralité (en anglais) sur le site internet du FIDA et sur le site officiel de S.A.R. la Princesse Haya Al Hussein.

Date de publication: juin 2011

 

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