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Francesca de Gasparis

Fransesca de Gasparis travaillait en étroite collaboration avec Wangari Maathai (© Green Belt Movement)
Fransesca de Gasparis travaillait en étroite collaboration avec Wangari Maathai
© Green Belt Movement

L'héritage de Wangari Maathai

Francesca de Gasparis, Directeur Europe du Green Belt Movement, a travaillé en étroite collaboration avec Wangari Maathai à propos de l'impact du changement climatique sur les forêts. Après le décès de cette dernière en septembre 2011, Fransesca partage ses vues sur l'engagement de Wangari en faveur des forêts et des femmes tout au long de sa vie mais aussi de l'héritage qu'elle laisse derrière elle.

Wangari Maathai n'est plus parmi nous mais elle nous a légué un héritage important. La sachant malade depuis longtemps, nous pensions qu'elle continuerait à se battre et ne nous attendions certainement pas à sa disparition soudaine. J'ai beaucoup appris à ses côtés et au cours du mois passé, principalement occupée à organiser ses obsèques nationales au Kenya et des cérémonies commémoratives, ce qui m'a frappé c'est l'ampleur de ses accomplissements, combien elle s'est montrée courageuse face au gouvernement d'Arap Moi à l'époque, qui l'a menacée, battue et mise en prison. Elle a réellement risqué sa vie plusieurs fois au nom des forêts.

Wangari utilisait souvent l'analogie selon laquelle un voyage commence par un simple pas et pour elle, ce pas, c'était planter des arbres avec les femmes des communautés rurales. Cela peut sembler très simple mais c'est ce pas là qui a entraîné la fondation du Green Belt Movement (GBM) ou mouvement de la ceinture verte en français, de même que des changements sociaux, une avancée vers la démocratie et enfin le prix Nobel de la Paix en 2004. Je pense sincèrement que Wangari avait un don pour identifier des problèmes complexes et surtout pour en expliquer les causes tout en emportant l'adhésion de tous. Elle avait ce pouvoir incroyable de tenir bon et de ne pas céder.

Une dirigeante humble et motivante

Wangari faisait preuve d'une grande humilité. Par exemple, après une longue journée de travail, elle avait toujours de la patience pour écouter et répondre aux innombrables questions que lui posaient les gens. En même temps, elle était exigeante et attendait beaucoup de ses collègues, elle avait aussi beaucoup d'énergie. Mais c'est pour cela que les gens s'engageaient auprès d'elle, parce qu'elle était vraie, déterminée, travaillait de longues heures comme les autres et était passionnée par son travail. En tant qu'éco-féministe aussi, Wangari était une inspiration. Elle soutenait le mouvement féministe mais appréhendait les choses du point de vue de l'environnement. En fait, quand je l'ai rencontrée, elle se présentait plutôt comme une écologiste et une pédagogue.

Le Prix Nobel de la Paix a bien sûr été un très beau cadeau pour elle et le Green Belt Movement mais cela représentait un coût également. Wangari a été à l'école entourée de religieuses et elle admirait leur engagement et leurs valeurs. Elle se définissait elle-même comme étant au service de l'environnement et des femmes vivant en milieu rural. Lorsqu'elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2004, elle a été très surprise et aurait dit « Je ne pensais pas que quiconque m'écoutait ». Elle était déjà très présente et influente dans les cercles environnementaux mais ne pensait pas être connue au delà. Le Prix Nobel a donc représenté une plateforme plus importante permettant une diffusion beaucoup plus large de son message mais aussi un investissement considérable en termes de travail et de voyages. De là sont nés les bureaux GBM à Londres et à Washington DC, permettant de communiquer son travail au plus grand nombre.

Le futur sans Wangari

Depuis son décès, on me demande souvent comment nous allons poursuivre sans elle. Wangari a rassemblé une équipe très dynamique autour d'elle et tous sont très engagés et connaissent bien les problématiques du GBM. Nous avons également le soutien d'un conseil d'administration international efficace et avons eu l'occasion d'envisager les affaires à poursuivre avec Wangari il y a quelques mois lors de la tenue d'une bonne réunion de stratégie. Vous entendrez certainement parler du GBM sur la scène internationale de même qu'en Afrique et surtout au Kenya où nous sommes particulièrement présents.

Nous venons, par exemple, de lancer une campagne nationale de plantation d'arbres au Kenya et internationale aussi, intitulée 'Je suis un colibri' et dédiée à Wangari. Elle était une conteuse extraordinaire and racontait souvent l'histoire de ce petit colibri pris dans un incendie de forêt qui transportait une petite goutte d'eau dans son bec et faisait l'aller et retour entre l'eau et le cœur de l'incendie. Et les éléphants, les lions et tous les autres animaux se demandaient à quoi bon perdre son énergie de cette façon, pourquoi le colibri ne restait-il pas sur le côté, là où il serait en sécurité ? Ce à quoi le colibri répondit : « Je fais de mon mieux ». Cette phrase, c'est le message de Wangari à tous, nous devons faire de notre mieux, toujours, et la campagne du colibri nous le rappelle et nous encourage à planter des arbres à travers le monde.

Bien sûr, ce sera difficile de travailler sur les problématiques soulignées par Wangari sans sa présence et sa sagesse pour réellement les transformer. Mais nous avons tous des compétences au sein de l'équipe, que nous mettons au service de GBM en souvenir de Wangari. Elle avait beaucoup d'humour et arrivait à motiver les gens avec ses histoires. Une de ses petites phrases préférées était d'ailleurs « Si l'homme peut aller sur la lune, pourquoi ne pourrions nous pas planter un arbre ? »

Date de publication: novembre 2011

 

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