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Haven Ley

Haven Ley souhaite que les femmes influencent les programmes de recherche et de développement (© Bill & Melinda Gates Foundation)
Haven Ley souhaite que les femmes influencent les programmes de recherche et de développement
© Bill & Melinda Gates Foundation

Les femmes, catalyseurs du changement en agriculture

Responsable de programme dans le cadre du développement agricole pour la Fondation Bill et Melinda Gates, Haven Ley a la responsabilité d'accorder des subventions aux projets travaillant avec des femmes dans le domaine de l'agriculture. Alors que les femmes produisent la majorité des aliments dans les petits systèmes de production, elles n'ont pas de statut bien défini et d'accès aux ressources clés. Haven Ley partage son point de vue sur la façon de favoriser une meilleure équité hommes-femmes dans le secteur du développement rural.

Ce sont les femmes qui permettent en général aux plus pauvres de se nourrir étant donné que la majorité des agriculteurs dans les pays en développement sont des femmes. Elles ne cultivent souvent que sur des parcelles de moins de deux hectares et sont en moyenne entre 20 et 30 % moins productives que les hommes cultivant sur des superficies semblables, affirme un récent rapport de la FAO. Cela représente une véritable occasion manquée si l'on pense à la lutte quotidienne pour la sécurité alimentaire, c'est même dramatique.

Si les femmes sont moins productives que les hommes, c'est, entre autres, parce qu'elles accèdent plus difficilement aux titres fonciers et au crédit, ce qui entraîne une baisse des investissements dans les variétés à haut rendement et les engrais. Ensuite, les contraintes au niveau des communautés et même de l'Etat ne les encouragent pas non plus. Bien souvent ceux-ci ne donnent pas aux femmes l'occasion de se faire entendre, de demander les ressources dont elles auraient besoin. Pourtant, alors qu'il n'existe pas de solution miracle, certaines interventions, des institutions et de nombreuses femmes elles-mêmes changent la donne dans certains de ces domaines.

Nos objectifs

A la fondation Gates, nous voulons nous concentrer sur deux domaines clés pour les femmes en matière de développement agricole. Premièrement, nous souhaitons que les femmes influencent les programmes de recherche et développement. Cela pourrait signifier, par exemple, donner la priorité aux céréales qui cuisent plus rapidement ou ont un meilleur goût. Plus en aval, nous voulons nous assurer que nos bénéficiaires développent des stratégies sensibles au genre, intelligentes, des stratégies agricoles qui aident les femmes à accéder aux ressources dont elles ont besoin, afin qu'elles bénéficient réellement de ces projets.

Ensuite, nous croyons aussi fermement au fait de donner une voix et une plate-forme aux femmes. Grâce au programme AWARD, nous soutenons le développement des femmes chercheurs qui peuvent témoigner de l'importance de la recherche pour changer la vie des agriculteurs. Elles deviennent elles-mêmes des catalyseurs du changement, telle Lindiwe Sibanda du FANRPAN* qui a été très active lors du récent sommet de Durban sur le changement climatique. Porte-parole influente des petits producteurs en Afrique, elle soutient les femmes pour obtenir de meilleurs services. Ainsi, nous investissons en elle et son organisation afin qu'elle obtienne la plate-forme et la visibilité dont elle a besoin pour vraiment parler au nom des femmes.

Hilary Clinton a également remporté notre soutien, pour son message soulignant l'importance d'investir dans les femmes. Et notamment, pour l'initiative publique-privée Global Alliance for Clean Cookstoves, qu'elle soutient et qui aide les femmes à passer moins de temps lors du ramassage du bois de chauffage, afin de leur permettre d'investir de façon plus productive dans leurs activités agricoles. Ce genre de solution modulaire, impensable dans le passé que ce soit du côté des bailleurs de fond, des décideurs ou même du grand public, prend aujourd'hui beaucoup d'importance.

Avec nos partenaires, nous espérons aussi pouvoir étendre les activités du programme AWARD en Afrique francophone où pour commencer nous encouragerons les femmes à poursuivre leurs études au-delà du niveau baccalauréat.

Le droit à la propriété

La propriété et le contrôle des avoirs par les femmes est un autre domaine qui suscite l'attention. Les bailleurs de fond s'intéressent à la manière dont la propriété des actifs influe sur la production des ménages, ainsi que sur l'estime de soi et l'influence des femmes au sein du ménage. Heifer International, par exemple, permet aux femmes d'acquérir une vache. Celle-ci permet de nourrir la famille sainement et le surplus de lait permet de gagner un revenu excédentaire qui sera investi dans l'éducation des enfants ou d'autres besoins.

Pendant longtemps, il nous manquait des données pour soutenir ce type d'initiatives. Actuellement on constate que posséder quelques actifs permet d'engranger des bénéfices importants en terme de productivité agricole. Le projet BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee) au Bangladesh est un bon exemple. Les femmes ont reçu un certain nombre d'actifs, y compris des vaches laitières, des pompes à pédale et des élevages de volailles. En plus de gagner des revenus immédiats ou de la nourriture, les femmes ont également utilisé ces actifs comme garanties pour accéder à des facilités bancaires ou de crédit, améliorant encore leurs gains potentiels et leur statut au sein du ménage.

Hommes et femmes ensemble

En ce qui concerne la terre, nous avons d'excellentes données provenant de différents pays montrant que lorsque les femmes possèdent ou ont accès à la terre, elles sont beaucoup plus susceptibles d'adopter de nouvelles technologies et les meilleures pratiques. Elles sont aussi beaucoup plus susceptibles de mieux traiter les sols car elles envisagent des stratégies de croissance à long terme pour leur exploitation, donc les rendements augmentent. Et pourtant, si en théorie, l'accès à la terre est acquis pour les femmes dans de nombreux pays, il est souvent nié dans la pratique par le droit coutumier.

De même, lorsque les femmes acquièrent des actifs, le résultat final n'est pas toujours ce que nous espérons. En Afghanistan, par exemple, une intervention de la FAO visant spécifiquement des femmes chefs de ménage leur a fourni 10 poulettes, certains vaccins et un poulailler pour démarrer une petite unité avicole. Des groupes de femmes choisissaient une veuve, en mesure de voyager plus librement, pour commercialiser les œufs. Dès les groupes ont commencé à gagner de l'argent, ils ont pu acheter d'autres poulettes et donc augmenter leurs élevages. Toutefois, on observe que lorsque l'élevage passait à environ 100 oiseaux, les hommes reprenaient habituellement l'entreprise, réalisant qu'elle était devenue commercialement rentable.

En conséquence, la FAO et d'autres organisations ont appris qu'il fallait impliquer les hommes dès le début d'une intervention et qu'on ne pouvait envisager un programme qui ne ciblerait que les femmes. Si les hommes s'intéressent à la viabilité commerciale de l'entreprise, cela leur permet aussi de jouer un rôle et de participer au projet. L'idéal est donc d'encourager les femmes à contrôler les revenus du ménage avec leurs maris, ce qui renforcera leur pouvoir d'action et permettra d'améliorer les conditions de vie de la famille.

*Food, Agriculture and Natural Resource Policy Analysis Network

Date de publication: janvier 2012

 

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