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Nnaemeka Ikegwuonu

Pour Nnaemeka Ikegwuonu, les informations diffusées ne doivent pas provenir des chercheurs, mais des communautés agricoles elles-mêmes (© Nnaemeka Ikegwuonu)
Pour Nnaemeka Ikegwuonu, les informations diffusées ne doivent pas provenir des chercheurs, mais des communautés agricoles elles-mêmes
© Nnaemeka Ikegwuonu

Le changement climatique sur les ondes, par et pour les agriculteurs

Nnaemeka Ikegwuonu est le directeur de la Fondation 'The Smallholders' au Nigeria, une organisation non-gouvernementale qui favorise le développement agricole durable et la conservation de l'environnement pour les petits agriculteurs en milieu rural, à travers des programmes radio éducatifs et des démonstrations pratiques sur le terrain. Il a également mis en place le projet 'changement climatique sur les ondes', une émission radio produite par les agriculteurs et fournissant des informations pertinentes sur les effets du changement climatique pour les petits agriculteurs des communautés isolées du sud-est du Nigeria.

Plus de 10 millions de petits agriculteurs illettrés vivant dans des communautés pauvres et reculées des Etats de Abia, Anambra, Ebonyi, Enugu et Imo au sud-est du Nigeria, n'ont pas accès aux informations sur l'atténuation et l'adaptation au changement climatique. Cette situation est alarmante parce que le climat évolue rapidement dans cette région, déstabilisant le cycle saisonnier auquel ils sont habitués et les systèmes naturels d'approvisionnement en eau. Avec la production agricole locale très dépendante de la pluviométrie, les agriculteurs de cette région - dont beaucoup sont des femmes - ont désespérément besoin d'informations pour les aider à adapter leurs systèmes agricoles. Le projet 'changement climatique sur les ondes', géré par la Fondation, souhaitait fournir ces informations dans le format le plus pertinent et le plus accessible possible qui s'avère être la radiodiffusion de programmes produits par les agriculteurs.

Imprévus météorologiques

Normalement, dans cette partie du Nigeria, la saison des pluies commence en février ou mars, mais de nos jours on n'est plus en mesure de déterminer le début de la saison des pluies. Cela conduit à des incertitudes dès le début de la saison agricole, entraînant des récoltes tardives ou même des mauvaises récoltes et, finalement, des pénuries alimentaires. Les petits agriculteurs sont confrontés à une hausse de températures quotidienne, ce qui pose un défi à la production et la reproduction animale. De plus, la forêt tropicale est brûlée et en net recul, exacerbée par les pratiques agricoles locales. Des pluies périodiques torrentielles et le ruissellement de surface qui en résulte réduisent la quantité d'éléments nutritifs du sol et des hectares de terres agricoles sont sur le point d'être détruits par l'érosion en ravines.

Les petits producteurs de cette région ne peuvent se préparer et s'adapter aux effets négatifs du changement climatique que si ils comprennent et connaissent ses impacts. Bien qu'il existe une grande quantité d'informations disponibles sur le changement climatique, la plupart ne s'adresse pas à cette audience d'agriculteurs. Notre objectif, à la fondation, est de nous assurer que les communautés avec lesquelles nous travaillons comprennent les messages concernant le changement climatique et puissent en tenir compte. Afin d'atteindre cet objectif, nous faisons en sorte que les informations ne proviennent pas de chercheurs ou de journalistes, mais des communautés agricoles elles-mêmes. Nous croyons également que la radio est le moyen le plus efficace pour atteindre les petits producteurs dans les communautés les plus isolées et pour leur permettre de communiquer leurs connaissances et leurs expériences.

Partager les informations grâce aux dramatiques radio

En 2009, nous avons participé à une compétition organisée par la Banque Mondiale baptisée « place du marché des projets de développement », sur l'adaptation au changement climatique. Ce concours a pour but de valoriser et financer des projets d'innovation sociale, économique ou environnementale et nous avons gagné un financement nous permettant de produire 20 épisodes de dramatiques radio visant à renforcer les capacités de gestion de risques climatiques des petits agriculteurs et à les encourager à élaborer et à adopter des techniques locales pour assurer leur subsistance.

La mise en œuvre a débuté fin 2010, avec d'abord la réalisation d'enquêtes dans 95 zones administratives locales dans cinq États, afin de référencer les connaissances des agriculteurs en matière de changement climatique. En travaillant avec les coopératives agricoles dans ces 95 zones, nous avons établi des 'clubs d'écoute d'agriculteurs' et leur avons fourni du matériel, y compris des radios solaires, des téléphones mobiles et des formulaires d'évaluation. Ces clubs d'écoute ont également appris à envoyer des commentaires par SMS après avoir écouté les feuilletons radiophoniques.

Cent cinquante agriculteurs ont ensuite été sélectionnés à partir de ces clubs pour tenir des discussions de groupe et développer ainsi les scripts des dramatiques radio. En avril et mai 2011, ces agriculteurs ont été formés au processus de production et d'enregistrement des 20 épisodes sur le changement climatique. En fait, chaque épisode de 30 minutes couvre une stratégie de gestion des risques climatiques spécifique, comme la gestion de l'eau et des sols; le contrôle des parasites et des maladies, la gestion du bétail et la restauration des forêts dégradées.

Depuis octobre 2011, ces épisodes ont été diffusés simultanément de façon hebdomadaire par cinq stations de radio : Heartland FM (Etat d'Imo), Coal City FM (Enugu), Pacesetter FM (Abia), Unity FM (Ebonyi) et Anambra Broadcasting Service (Anambra). Les épisodes sont également écoutés par les communautés dans quatre Etats voisins, et on estime qu'ils sont en fait suivis par 15 millions d'auditeurs chaque semaine.

Défis et ambitions

Le coût du temps d'antenne, plus élevé à cause de la commercialisation de la radio d'Etat, est un défi important. Toutefois, nous avons résolu ce problème grâce à l'établissement de partenariats avec les ministères de l'information des différents gouvernements et les stations de radio. En conséquence, une réduction de 75 % nous a été accordée. Nous avons également gagné de l'argent pour soutenir le projet avec la publicité inclue dans nos programmes ; 80 % de ces recettes vont au projet, et 20 % vont aux stations de radio. La gestion du projet à travers les cinq Etats est aussi un défi, mais la Fondation a déjà travaillé huit ans dans ces Etats et a pu acquérir soutien et bonne volonté grâce à ses expériences antérieures.

Nous appuyant sur le succès du 'changement climatique sur les ondes', nous sommes actuellement à la recherche d'un soutien pour traduire ces dramatiques radio dans différentes langues et produire des bandes dessinées en langue locale pour chaque épisode. En plus, nous aimerions étendre le projet dès l'an prochain à six autres Etats dans le sud du Nigeria, pour atteindre environ 20 millions d'auditeurs supplémentaires en huit langues locales. Une version Yoruba des épisodes serait alors disponible dans six autres États de la région sud-ouest. Ensuite nous chercherons à diffuser les programmes aux zones du nord du Nigeria en 2014, et à atteindre d'autres régions de l'Afrique de l'Ouest et d'Afrique Centrale pour fournir des informations adaptées et pertinentes sur la gestion des risques climatiques à plus de 100 millions de petits agriculteurs. Nous espérons y arriver !

Date de publication: mai 2012

 

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